25 C
Sénégal
1 mars 2021
FidesPost
ACTUALITE CONTRIBUTION Nationale

« Xam xam, xaaxam » ou « les épines du savoir » (Par Abbé Séraphin-Raphaël Ntab)

« Xam xam, xaaxam1 » ou « les épines du savoir » 

J’ai toujours été fasciné par les hommes et les femmes qui, du fait de leur culture, semblent en savoir beaucoup plus qu’il n’en fallait. Ils savent presque tout et ont toujours leur mot, juste, précis, agréable à entendre et très attendu, à dire sur tous les sujets. Quelle grâce, me suis-je souvent exclamé ! Cependant, ces hommes et ces femmes, souvent donnés pour modèles d’intelligence et de réussite, ne disent pas tout de la culture et du savoir qui ne cachent que trop mal leurs multiples pièges. En d’autres termes, savoir, croire savoir et « savoir savoir » peuvent comporter de grands risques pour l’homme. À côté de ceux qui ignorent, d’une part, et de ceux qui ignorent savoir, d’autre part, il en est qui croient savoir, d’autres qui savent tout court et d’autres encore qui savent savoir. Où donc se situer dans ceci qui dit à souhait le labyrinthe que constitue le savoir ? Cette question mériterait que l’homme d’aujourd’hui se la pose tous les jours. En réalité, en ces temps où l’exaltation de la primeur de l’information, du savoir et de la connaissance sont monnaie courante, il convient de garder le juste mot et la juste attitude pour éviter de se faire écorcher par les épines du savoir.

« Xam xam, xaaxam », loin d’être un simple jeu de mots, est un appel à l’introspection. Que certains sachent vraiment, c’est évident. Chaque jour nous en donne quelque nouveau signe. Que d’autres croient savoir, cela crève l’œil. Ce sont ces hommes et ces femmes, de plus en plus nombreux, qui, bien que ne sachant pas, sont dans l’illusion de savoir. On peut les voir, dans toute leur splendeur, à travers les médias, les réseaux sociaux, l’un ou l’autre écrit, et j’en oublie. Et qu’en est-il donc de ceux qui savent savoir ? Ils sont là, assis sur leur trône, libres de toute contrainte, qui étalent fièrement, et sans la moindre once d’humilité, leurs connaissances, prêts à en redonner généreusement à qui leur en redemande. Mais alors, que dire de ceux qui savent tout court ? Ils savent, et tel le miel qui ne se sait pas sucré, adoptent une attitude d’humilité et d’ouverture qui leur garantit la possibilité d’en savoir davantage. Ceux-là mériteraient toute notre attention. En effet, ils nous enseignent que le savoir et la connaissance sont sans cesse à acquérir et que l’homme qui ignore savoir accroît ses chances d’en savoir encore et encore. Serais-je en train de faire l’éloge du « tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien » Socratien2 ? À vous d’en juger. En tout état de cause, il urge que les hommes et les femmes d’aujourd’hui, tellement sujets à la spontanéité à donner des informations et des enseignements qui reposent sur des fondements peu fiables, parce que peu solides et souvent loin de la vérité, apprennent que le vrai savoir ne ment ni ne se gonfle d’orgueil ni non plus ne fait pas de mal, car il dit Dieu, source de toute connaissance, au milieu de notre monde. La vie nous apprend chaque jour à savoir tout ce que l’on dit, mais à ne jamais dire au grand public, par charité et non par faiblesse, tout ce que l’on sait.

« Xam xam, xaaxam », la réflexion continue…pour aller plus haut et plus loin, en vue du bien de tous3.

Abbé Séraphin-Raphaël NTAB

Diocèse de Kolda

1En Wolof, « xam xam » (proncer « ham ham ») signifie « savoir, connaissance » et « xaaxam » (proncer « haaham ») les ronces, les épines. Il n’est guère difficile de remarquer à quel point ces mots, qui traduisent deux réalités tout à faits différentes, sont phonétiquement proches. Loin d’être un expert de la langue Wolof, j’ai souvent entendu résonner en moi ce jeu de mot que je propose à travers ces lignes qui, je l’espère, pourraient aider à mieux naviguer dans le vaste champ du savoir qui doit savoir ignorer quelque chose ; et tout est dans ce « quelque chose ».

2 Comprendre « de Socrate ».

3 Ceci n’est qu’une esquisse de réflexion née d’une préoccupation personnelle. La réflexion peut et doit se poursuivre grâce à la bonne volonté d’hommes et de femmes, d’ici et d’ailleurs, qui en savent beaucoup plus que moi.

Laissez un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire la suite