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12 mai 2021
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Vocation sacerdotale et vision du monde : défis et adaptation aux nouvelles réalités

Dans un monde où la vocation sacerdotale est moins comprise qu’il y a quelques années, et où il faut s’adapter à certains changements sociaux, nous avons aujourd’hui décidé de donner la parole à de futurs prêtres pour mieux comprendre leur réalité. Ils ont ainsi accepté de nous parler des défis qu’ils rencontrent et de leur adaptation. Un reportage de Marie Renée Faye

« Les parents préfèrent maintenant que leurs enfants se marient. »

Il faut dire que l’entrée au séminaire de leurs fils n’a pas été acceptée dès le début par les parents ou la famille élargie qui a essayé de les décourager. Certains parents n’ont même juste pas pris au sérieux la décision de leur fils. Il a alors fallu à certains séminaristes négocier et faire comprendre à leurs parents que « ce n’était pas un vain sacrifice de laisser leur fils suivre son Seigneur », et cela a porté ses fruits étant donné qu’ils seront bientôt ordonnés prêtres.

« Tu veux vraiment choisir de ne pas avoir d’enfant, tu es malade ! »

Ce n’est pas non plus toujours évident avec les jeunes de leur âge. Il est ressorti que certains jeunes laïcs voient le fait d’être prêtre comme une chose dépassée ou, comme le nous dit Abbé Amaye, « ils ne cernent pas toujours ce désir de dépouillement pour se faire tout à tous ». Pour le cas du Frère Paul par exemple, certains amis « sont restés perplexes et n’arrivent pas jusqu’à présent à comprendre comment leur ami ou connaissance qui ne leur avait jamais manifesté une volonté allant dans ce sens pouvait brusquement se lancer dans une telle aventure ». Il continue : « Pour certains, nous sommes très courageux d’avoir choisi une vie si ardue et complexe et nous méritons même un grand respect. Pour d’autres, nous avons fui une certaine responsabilité familiale voulant choisir le célibat qui, pour eux, est plus simple et a moins de charges (rire). »

« Beaucoup de ceux avec qui j’ai grandi ont du mal à me voir dans ce nouveau contexte. Du coup, ils confondent souvent les registres. »

Les relations des séminaristes avec leurs amis avec qui ils ont grandi ne sont pas non plus évidentes. Ce problème ne se pose pas pour les amitiés qui se sont liés après leur entrée au séminaire. Le souci, qui se comprend bien d’ailleurs, c’est que nous laïcs, ne savons pas toujours comment parler avec cet ami avec qui nous avons partagé nos jeux et folies d’enfance, et qui maintenant porte une soutane. Est-ce toujours le même jeune ou doit-on juste lui parler comme un futur prêtre ? Nos rapports amicaux doivent-ils forcément changer ? La réponse est non pour les séminaristes. Il faut juste accepter et s’adapter à la nouvelle vie du futur prêtre, comme nous le ferions pour nos amis mariés.

Mais l’un des plus grands défis auxquels font face les futurs prêtres ainsi que ceux qui ont déjà reçu le sacrement de l’ordre est le manque de ressources financières. Ils comptent sur la générosité des fidèles, mais estiment ne pas recevoir assez d’aide de ce côté. Pour pallier à ce problème, le diocèse de Thiès par exemple envoie certains de ses séminaristes en stage d’apprentissage en électricité, mécanique, menuiserie, etc. Cela leur permet de pouvoir produire des choses à revendre pour ce faire un peu d’argent, même si la production est limitée par le manque temps dû à leur formation au séminaire. En outre, le grand séminaire de Sébikotane vend des jus concentrés naturels de fruits (sirops) ainsi que des fruits et du charbon pour financer ses activités[1].

Pour d’autres comme Abbé Dominique Diagne qui a été ordonné prêtre le 2 janvier 2021 à Popenguine, le plus grand défi venait de lui-même. Son aspiration est de devenir la meilleure version de lui-même en tant que prêtre : « disposé, disponible et joyeux pour l’annonce de l’Évangile ».

Les séminaristes, ainsi que les prêtres, doivent aussi s’adapter comme les laïcs aux mutations que connait nos sociétés et apprendre à s’adapter aux différentes situations. Avec Internet, plus de fake news et plus d’attaques contre l’Église catholique sont diffusés et les prêtres doivent être prêts à répondre aux différents questionnements des fidèles. Il faut des prêtres-experts dans certains domaines et c’est l’une des raisons pour lesquelles la formation a été rallongée. Pour Abbé Amaye, il est maintenant important que les prêtres aient une plus grande expertise sur tout ce qui concerne l’Église catholique (liturgie, droit canon, etc.). Il leur faut aussi s’adapter aux nouvelles technologies afin de marcher avec leur temps et rejoindre plus facilement les fidèles en dehors de l’église. Ils ont appris à se servir des réseaux sociaux pour annoncer l’Évangile.

En ce sens, comment ne pas citer Abbé Dominique Diagne, encore appelé Abbé Do Trinitatis ou Abbé TikTok[2]. Sa devise sacerdotale correspond bien à ce qu’il est en train d’accomplir à travers les réseaux sociaux : « Communiquer aux âmes les richesses spirituelles de la parole de Dieu et des sacrements avec le secours de Maire et Joseph, pour la seule gloire de la Sainte Trinité ». Ayant fait son mémoire sur les perspectives et défis de la fonction d’enseignement de l’Église catholique dans l’archdiocèse de Dakar, Abbé Dominique a décidé d’utiliser les nouvelles technologies pour rejoindre le plus de fidèles possible à travers le monde. Ses exhortations sous forme de vidéos en français, wolof et sereer sur TikTok, Whatsapp et Youtube sont très appréciés par les jeunes, mais aussi les plus âgés. Abbé TikTok, qui compte actuellement plus de 3000 followers sur ce réseau social et plus de 1000 sur Youtube, choisit ses thèmes en fonction des questions que des laïcs ou des non-chrétiens lui ont déjà posées, mais aussi « selon l’inspiration de l’Esprit Saint ».

Abbé Amaye[3] fait de son côté des #Tweetexhortation. Ce sont des tweets sous forme de commentaires des lectures du jour. Il s’est inspiré de Mgr. Hervé Giraud, Archevêque de Sens-Auxerre et Prélat de la Mission de France, qui lui fait des #Twittomélie.

 

Cette présence sur les réseaux sociaux ne fait pas oublier à nos prêtres et futurs prêtres l’importance de « rester connectés dans la prière » comme nous le dit Abbé Joseph Ciss.

Nos futurs prêtres conseillent aux jeunes qui aimeraient entrer dans le sacerdoce de ne pas avoir peur et de rester focus sur leur projet. Ils devraient aussi invoquer l’Esprit Saint afin de ne pas se laisser influencer par leur entourage et la société en général. « Il est vrai que ce n’est pas du tout facile, le chemin est long et parfois épineux, mais le Seigneur soutient toujours ses enfants », Fr. Paul Ndour.

Ils nous demandent de prier pour eux afin qu’ils puissent faire face à tous les défis qui pourront se présenter sur leur chemin. N’oublions pas non plus de les soutenir financièrement.

« La vocation à la vie sacerdotale ou religieuse ne peut être comprise que par la foi. A vrai dire, c’est Dieu qui appelle à devenir prêtre ou religieux et comme Dieu n’est pas visible c’est-à-dire qu’il ne descend pas du ciel pour dire « tel va au séminaire, tel autre va au monastère ! », il passe donc par une expérience de foi de la personne qu’il appelle ou il peut aussi passer par quelqu’un d’autre pour révéler cet appel. Je n’ai cité que deux possibilités et je suis limité. Or, Dieu a ses multitudes de possibilités qu’il utilise quand il veut, comme il veut, et sur qui il veut. » Fr. Paul Ndour

 

Merci à :

  • Abbé Joseph Aly Ciss du grand séminaire François Libermann de Sébikotane ;
  • Abbé Jean Pierre Amaye Tendeng de la paroisse Saint Augustin de Lyndiane à Ziguinchor, actuellement en formation à Rome en droit canonique ;
  • Frère Paul Birame Ndour de la communauté des Pères du Saint-Sacrement, paroisse Sacré-Cœur de Gandiaye, dans le diocèse de Kaolack ;
  • Abbé Dominique Diagne, vicaire de la paroisse Saint Jean Baptiste de Niakhar, dans la région de Fatick, archidiocèse de Dakar.

Marie Renée FAYE /Fidespost

[1] Vous pouvez contacter les responsables du grand séminaire de Sébikotane pour acheter leurs produits.

[2] @abbedotrinitatis sur TikTok.

[3] @Don_Amayos sur Twitter.

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