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Sénégal
25 mai 2022
ACTUALITE CONTRIBUTION Nationale VIE CHRETIENNE

Un prêtre plaide pour une christianisation de la pratique du ngalakah

A quelques jours de la distribution du ngalax, Abbé Albert Sène, vicaire général de l’Évêque du diocèse de Thiès et docteur en droit canonique, plaide pour une « christianisation » de la pratique de ce mets sénégalais fait à base de pâte d’arachide, de mil et de jus du fruit de baobab. Convaincu par cette idée, ce prêtre fait quelques propositions pratiques dont la bénédiction par les pasteurs de ce plat avant de le partager. En effet, véritable symbole du dialogue islamo-chrétien, reflétant également le sens du partage, il fait partie des traditions sénégalaises de la fin du Carême.

Le ngalax n’est plus à présenter et ce ne sont pas nos frères Musulmans sénégalais qui diront le contraire ! Certains d’entre eux sont tristes à l’idée que sa distribution tombe en période de Ramadan. Il y a beaucoup de blagues à ce propos sur les réseaux sociaux.

Au-delà de ses bienfaits sur la santé, si on le consomme avec modération, le ngalax est symbole de convivialité, de dialogue islamo-chrétien et de partage. Il constitue donc un héritage et une richesse à conserver. Toutefois, sa pratique suscite, depuis quelques années, des controverses dans les milieux catholiques avec des questions du genre : le ngalax est-il opportun ? Quel jour doit-on le préparer ? N’a-t-il pas tendance à prendre le dessus sur la prière, la méditation et les célébrations du Vendredi saint ?

Pour trouver une solution à ces questions, consultons la tradition et les manières de faire de l’Eglise au cours de ses 2000 ans d’existence. On sait que beaucoup de fêtes juives et de pratiques païennes ont été christianisées pour faciliter une conversion véritable grâce à une vraie inculturation. Qu’il nous suffise de citer la fête de la Pâque juive qui faisait mémoire de la sortie d’Egypte, de la libération de l’esclavage et de l’entrée en Terre promise. Les chrétiens ont reconnu dans la mort et la résurrection de Jésus l’accomplissement de ce que préfigurait cette sortie d’Egypte : la libération du mal et de la mort et l’entrée dans la vie donnée par Dieu. C’est ainsi que la Pâques chrétienne est née. C’est également durant le repas pascal que Jésus a institué l’Eucharistie en nous donnant son Corps et son Sang, révélant ainsi qu’il est le vrai Agneau pascal. La Pentecôte était également une fête juive qui commémorait le don de la Loi au Sinaï. Jésus l’a christianisé en envoyant ce jour-là l’Esprit saint qui est la nouvelle Loi inscrite, non sur des pierres, mais dans les cœurs.

À la suite du Christ, toutes les générations de chrétiens ont christianisé beaucoup de fêtes païennes. Noël était une célébration païenne des fêtes liées au solstice d’hiver (fête germanique de Yule, fête de MithraSaturnales romaines, etc.) : les chrétiens l’ont progressivement remplacée par la naissance du Christ qui est le vrai « Soleil de justice » qui éclaire tout homme venant dans ce monde (cf. Jn 1,9).

En conséquence de tout cela, la pratique du ngalax qui est l’une de nos grandes richesses en tant que Catholiques sénégalais ne pourrait-elle pas être christianisée ? Assurément oui ! Et pour étayer mon propos, je voudrais, sans être exhaustif, donner quelques propositions :

  • Les Pasteurs pourraient proposer aux fidèles des prières adaptées à dire lors de la préparation du ngalax à la maison. Ces prières feront le lien entre le Christ qui a donné sa vie et le chrétien qui veut, à son image, partager une nourriture qui donne la vie.
  • Une fois la préparation terminée, chaque famille, à l’heure fixée par les prêtres, pourrait aller au presbytère ou dans un endroit du quartier avec un peu de son ngalax pour recevoir la bénédiction du prêtre. Les Pasteurs feront une cérémonie brève et appropriée pour cela.
  • De retour à la maison, ce ngalax béni sera mélangé avec celui de la maison avant d’être distribué aux voisins et amis.

À la longue, cette pratique entrera dans le patrimoine de l’Eglise car elle sera une composante normale des célébrations du Vendredi ou du Samedi saints.

Bon ngalax à toutes et à tous !

Abbé Albert SENE

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