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Sénégal
5 décembre 2022
ACTUALITE CONTRIBUTION Nationale SYNODE SUR LA SYNODALITÉ VIE CHRETIENNE

Un prêtre corrige des bergers du Renouveau : « Vous êtes contre les « logies », voilà pourquoi vous êtes à la dérive »

« C’est vraiment l’Esprit Saint qui est l’âme de l’Église, et il faut s’en souvenir quand vient la tentation de juger celle-ci en fonction de la faiblesse et des limites des hommes qui la composent et la gouvernent. C’est être incohérent avec la foi chrétienne et douter de l’Esprit Saint que de ne pas aimer l’Eglise, et de ne pas avoir confiance en elle, de se complaire à mettre en évidence que les imperfections, les énormes péchés et les pauvretés humaines de ceux qui la représentent et de la juger comme de l’extérieur. Cela revient à la combattre et à contribuer à son anéantissement. Car on refuse Alors de se considérer et de se sentir comme l’un de ses enfants » (Cardinal Robert Sarah, Catéchisme de la vie spirituelle, 46-47).

Le 17 Septembre 2022 un « enseignement  » fût donné sur la page YouTube d’un certain Jérémie Mansaly. Le thème proposé était ceci: « Le rôle de l’Esprit Saint dans l’Eglise ». Les invités durant ce temps de partage furent JEAN MATTHIEU ÉVRA « berger diocésain du renouveau  » de Ziguinchor, FLORENCE DIONE « bergère » du groupe de la cathédrale de Thies et EMMANUEL MANÉ « berger » du groupe de la paroisse Marie Reine de Thiès. Tous des responsables qui se réclament de ce mouvement et de l’Eglise Catholique. Comme d’habitude, c’est le principe protestant de la Sola Scriptura ( l’Écriture Seule) et celui de la Sola Fide ( la Foi seule) qui ont guidé ce temps d’enseignement – qui en réalité ne peut pas être qualifié d’enseignement car il n’y a pas de cohérence interne et une référence explicite au magistère de l’Eglise et toute la riche tradition de l’Eglise – suivi par des chrétiens. En suivant le déroulement de cet « enseignement », nous sommes frappés par la dispersion des acteurs, leur ignorance du mystère de l’Église, leur pseudomysticisme, leur arrogance spirituelle, leur désintéressement de tout ce qui est formation humaine et spirituelle, leur rejet implicite du sacerdoce ministériel au profit du brouillage de charge et de fonction dans l’Eglise, une manière de chercher le pouvoir et de créer un élitisme spirituel au sein du peuple de Dieu. En plus, ils ont la prétention d’évaluer l’Eglise du Sénégal du point de vue de son ouverture à l’Esprit. Cela suppose qu’ils connaissent de fond en comble l’agir de l’Esprit et comment il guide l’Église. Bref, ils s’agrippent sur les imperfections de l’Église pour enseigner leur doctrine. Comme l’a déclaré le Cardinal Sarah plus haut, ils n’ont pas confiance à l’Église et ils ne sentent pas être des fils et des filles de l’Eglise. Nous pensons que c’est un manque d’Espérance de se tenir dans les réseaux sociaux et de dénigrer l’Église prétendant qu’elle n’est pas conduite par l’Esprit Saint. De la même manière, il n’est pas honnête de se dire être catholique et rejeter beaucoup de pratiques ecclésiales. Vous ne pouvez justifier que vous n’êtes pas des protestants. Ce qui nous motive à répondre à cet enseignement est son caractère protestataire qui peut égarer nos frères et sœurs qui veulent vivre leur fidélité à l’Eglise catholique, la seule qui subsiste depuis que l’effusion du Saint Esprit a fortifié les apôtres ( Act 2), qui devaient sillonner le monde ( Mt 28,16) entier jusqu’à donner leurs vies pour le Christ et son Église. Malgré ses rides et les soulèvements démoniaques, elle reste inébranlable. Elle n’est pas une églisette fondée par un prophète qui prétend venir du nombril de Dieu. Elle peut vivre l’agonie comme le Christ, mais nous croyons que l’Esprit est toujours sa force de résurrection. Il faut vivre des siècles d’expérience spirituelle pour prétendre évaluer l’Eglise.

Nous allons reprendre quelques points soulevés lors de ce temps pour donner notre point de vue.

1. FORMATION OU OUVERTURE À L’ESPRIT?

Une spiritualité libre sans connexion avec laquelle Mère Église engendre une sorte de satisfaction qui peut aller jusqu’au gnosticisme. Les gnostiques en effet se réclament d’une connaissance supérieure et intime donnée par l’Esprit. Ils fractionnent les chrétiens en deux: ceux qui ont une foi aveugle et eux qui ont une élévation dans les sphères de l’Esprit. Ils créent ainsi une élite d’illuminés. L’Eglise affirme avec force que le christianisme n’est pas pour un petit groupe et que ce n’est pas cette connaissance supérieure qui la constitue, mais la Foi. C’est la foi qui connaît et qui va à la compréhension de ce qu’elle connaît. Il y a bien une gnose (connaissance) chrétienne mais qui ne remplace pas la foi et la grâce comme secours divin à l’homme.

En commentant Éphésiens 2,8-9, Saint Thomas d’Aquin affirmait que : « Ce qu’un homme doit croire, en outre, ne peut venir de lui-même à moins que Dieu le lui ait donné ». L’assentiment de foi n’est pas donné par une recherche volontaire. Elle vient de Dieu qui appelle et montre avec des signes crédibles que ce qu’il dit est vrai. Alors faut-il simplement se limiter à croire? Dans le traité De Veritate, Saint Thomas nous montre l’équilibre à adopter: « cela ne doit pas empêcher la compréhension de celui qui croit d’avoir quelque pensée discursive de comparaison sur les choses qu’il croit (De Veritate 14.A1.2) ». La raison doit accompagner notre processus de foi pour ne pas tomber dans le fidéisme et le fondamentalisme. La relation à Dieu contient des interrogations et des recherches sur celui qui fait battre notre cœur. Le Cardinal américain Avery Dulles dit avec raison que: « Toute civilisation a connu des penseurs préoccupés par la question du fondement ultime de la réalité, du sens des choses et des valeurs (Théologie de la révélation, artége, 111) ». L’acte de croire ne repose pas sur les miracles et les prophéties. Ceux-ci sont des signes qui garantissent la crédibilité de ce qui est exposé (Denzinger 3009). L’acte de foi engage la conscience du croyant et sa liberté. Il est aussi la grâce donnée par Dieu pour l’accomplir et en même temps l’intervention de Dieu pour donner au croyant une certaine intelligence ou connaissance du mystère. En outre, la foi a un contenu. Ce contenu est précis car il désigne la foi comme l’accueil du Kerygme. Ce dernier tient pour vraie la signification de toute l’œuvre salvifique du Christ (Gregory Woimbée). Dans les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc), Jésus est vraiment un maître (didascalos) et son message comme un enseignement (didascalia). La foi en Jésus de Nazareth est une adhésion de toute notre existence incluant le fait de donner son assentiment à un événement, à une doctrine (enseignement), à une proclamation, le kérygme. Chez Jean, la foi précède et suit la connaissance qui reste dans le cadre de la foi, à l’intérieur d’elle (Woimbée). La foi qui a une dimension personnelle possède aussi une dimension herméneutique au sein d’une communauté de foi à laquelle le croyant appartient. Il est facile de dire aujourd’hui que le salut est personnel pour se démarquer de tout ce que l’Église vit et fait pour construire sa propre manière de voir. Face à la gnose et aux courants hérétiques, l’Église précise de plus en plus le contenu de la foi. C’est la foi prêchée par l’Église que nous trouvons dans les symboles de foi (Symbole des Apôtres et Symbole de Nicée-Constantinople). Le contenu des symboles est objectif devant notre foi qui est personnelle et subjective. Ce qui signifie que nous devons adhérer pour éclairer notre foi à ce contenu. Saint Irénée a raison de dire que «la tradition apostolique est la norme de la foi droite ». L’autorité apostolique est une référence car elle montre l’authentique foi qui vient de l’Écriture en même temps les erreurs à éviter. Il est erroné de dire qu’il faut simplement être rempli du Saint-Esprit. S’agissant de la formation, on peut bien se poser ces questions ? Qui doit former? Comment construire la trajectoire de formation ? De quel contenu a-t-on besoin aujourd’hui ? Les formations bibliques de type évangéliques ne sont pas complètes du point de vue catholique. L’Écriture est interprétée dans l’Église au sein de la grande tradition ecclésiale, sous l’autorité du Magistère (Dei Verbum 9-10). Vouloir une interprétation simple de l’Écriture ne veut pas dire qu’il faut être simpliste pour cautionner des aberrations et des contresens. Ne peut former que celui qui est formé. Avoir le désir de se former est une chose, accepter de se former par l’Église en est une autre. Comment accepter la formation théologique, philosophique si on ne parle que de surnaturalisme et de monde spirituel. Les ennemis de l’Évangile ne sont pas les anthropologues chrétiens et ceux qui ont étudié les « logies ». Ils ont étudié non pour être des païens mais pour comprendre la foi et aider les autres à comprendre pour mieux vivre la foi au quotidien. Étudier la théologie et les autres « logies » permet aussi d’éviter les aventures téméraires dans le domaine de la foi. La foi en quête d’intelligence doit être l’entreprise de tout chrétien qui veut être témoin.

2. RELIGION OU NOUVELLE CRÉATION?

Il est facile d’entendre aujourd’hui cette affirmation : « Jésus n’est pas venu instaurer une religion mais une relation « . C’est méconnaître le sens des mots que d’affirmer avec fierté ignorante cette phrase. C’est à l’intérieur de la pensée chrétienne que cette tendance d’opposer foi et religion est venue. Pour elle, la religion est dangereuse pour la foi et que tout effort serait de purifier la foi des pesanteurs de la religion pour qu’elle soit pure. D’origine protestante, cette ligne de pensée autorise des chrétiens à bouder le culte communautaire et s’isoler dans une spiritualité désincarnée. Revenons au mot religion. Qu’est ce que c’est? J’emprunte les idées du dominicain Michel Labourdette concernant la définition de la religion. Le penseur Cicéron rattache religion à RE-LEGERE qui évoque le fait de relire, reconsidérer. Cette première approche nous fait comprendre que l’homme veut sortir de l’impermanence du temps pour se fixer dans une relation solide, une source intarissable pour soutenir son être dans le temps.

Saint Augustin dans le traité De vera Religione rattache le mot religion à RE-LIGARE : relier, rattacher. La religion est donc toute démarche pour se lier à Dieu, une divinité, une transcendance. Ce que l’homme veut s’allier est plus grand que lui, ce qui est capable de lui procurer le « salut ». Le caractère Relationnel est nécessaire à toute relation. Toujours Saint Augustin dans De Civitate Dei (Cité de Dieu X,3) nous enseigne que religio peut être compris au sens de re-eligere : re-choisir. Cette définition suggestive a une note chrétienne. Notre mal n’est pas seulement notre solitude humaine, il est également l’expérience d’une tension dramatique : le Péché. La religion dans ce sens constitue un retour à Dieu par la conversion du cœur, l’expérience de l’amour pardonnant de Dieu. Quand on parle de religion, on doit parler des attitudes de l’homme face à ce que la religion lui indique. L’attitude religieuse est complexe et elle comporte une certaine connaissance, un sentiment qui pénètre et nourrit une certaine perception de la réalité. La connaissance qu’engendre l’attitude religieuse, est une connaissance de l’ordre de la croyance. Celui-ci englobe des idées reçues par tradition qui doivent nourrir et soutenir l’expérience religieuse vécue. L’attitude religieuse ne saurait suffire sans une praxis qui indique l’engagement de l’homme. La connaissance et le sentiment religieux demandent des actions qui confirment l’authenticité de l’expérience. D’où les rites que nous trouvons dans les religions. Il y a aussi le phénomène de la Magie qui au lieu de communier au divin, l’utilise pour avoir une emprise sur la réalité. Une manière aussi de masquer les angoisses de l’existence. La connaissance religieuse prolongée en actes ne suffit pas encore. Si pour beaucoup de religions le divin est lointain, il pense le rejoindre avec un réseau de moyens pour entrer en communication avec lui. Ce sont des moyens objectifs. Ces moyens sont chargés de mystères et représentent une réalité qui dépasse le physique. C’est toute l’organisation du Sacré. Des choses et phénomènes ( actes, personnes, objets, lieux, temps) seront spécialisés pour évoquer le divin. Le sacré évoque un ordre à part, hors de l’ordinaire et du profane. Il n’y a de sacré que par rapport à l’homme qui le constitue de par son expérience religieuse et sa croyance. Mais s’il arrive à une religion de quitter le respect les valeurs les plus humaines au profit du sacré en soi, elle tombe dans la superstition qui paralyse la religion.

Ce que nous venons de décrire jusque-là peut-il être appliqué pour le christianisme ?

Dans les discours comparés des religions il n’est pas rare d’entendre même dans la bouche de responsables et de journalistes ce refrain : les trois religions du Livre pour évoquer l’Islam, le Judaïsme et le Christianisme. Ainsi ils considèrent que les trois sont des religions abrahamiques et non adamiques. Le Christ « contrairement à d’autres personnages religieux comme Bouddha, Moïse, les prophètes, les apôtres qui n’incluent pas leurs personnes dans la doctrine qu’ils prêchent et qui restent des messagers extérieurs à leur message (disproportion message/messager), se présente dans les évangiles comme celui en qui coïncident l’absolu et l’historique. Ses contemporains ont du faire un choix devant la signification unique de sa personne (Romano Guardini, l’Essence du Christianisme, 1945, Paris, 87) ». Jésus-Christ est inséparable de son message. C’est pourquoi le Christianisme croit que la Parole de Dieu a été communiquée aux hommes d’une manière définitive et complète par l’Évangile, qui ne peut être réduit à un livre. C’est la Bonne Nouvelle du Salut accompli en Jésus-Christ. La Parole de Dieu ne doit pas être réduite aux bibles que nous possédons. C’est une incompréhension de passer tout son temps à dire que la Bible déclare… Dans le christianisme, l’attitude religieuse est d’abord l’accueil de cette Bonne Nouvelle. Loin d’être une vérité infuse ou acquise à force de pratiquer, elle est une Vérité extérieure à ce que l’on peut penser et imaginer. C’est le premier pas de Dieu qui vient nous trouver dans notre incapacité à tenir dans la fidélité d’une alliance. L’attitude religieuse naît de la foi comme réponse à l’aventure unique de Dieu au milieu de sa création. Nous n’oublions pas la grande pédagogie de Dieu qui avec le peuple de l’ancienne alliance a préparé les cœurs à l’avènement unique de son Verbe ( He 1,..). La création acte d’un Dieu bon est une « sortie » de Dieu, une extase, c’est-à-dire l’ouverture de la liberté infinie pour placer des libertés finies devant soi. Elle ( la création) s’oriente vers la vie d’enfant de Dieu, mais qui ne s’accomplit qu’en Rédemption en Jésus-Christ car nous sommes pécheurs. La Rédemption ne détruit pas la création mais elle l’assume et en accomplit le dessein. Nous parlons ainsi parce que notre foi naît et grandit au sein de la grande tradition ecclésiale. L’Église est le premier sujet qui croit et transmet ce qu’elle croit aux générations au long des siècles. La religion comme vertu englobe la vie théologale qui en est à la fois la source et le sommet. Le plus sublime culte que nous pouvons rendre à Dieu c’est de le connaître, de le désirer, de l’aimer, de l’espérer. Dieu est la fin de l’activité religieuse, il est le Sujet à qui cette activité est référée. Jésus-Christ est au cœur de toute l’activité religieuse chrétienne catholique. Dire qu’on nous enseigne une religion c’est méconnaître tout le déploiement de l’œuvre de la rédemption dans l’Eglise. L’activité religieuse chrétienne s’adresse bien à Dieu mais par la médiation d’un culte. La. Vertu chrétienne de religion suscitée par la foi au Dieu qui crée et qui sauve (Créateur et Rédempteur) est une vertu surnaturelle. La Foi, l’Éspérance et la Charité sont de l’ordre des grâces, surnaturelles et qu’il n’y a pas de vis à vis de Dieu de foi, espérance et charité qui sont acquises naturellement. La nature humaine sans la grâce est capable d’une aventure religieuse. Mais la vie surnaturelle englobe et assume la tendance religieuse de l’homme. Le culte est l’aide pour entrer en profondeur dans la vie surnaturelle. Le culte nous permet d’offrir à Dieu révérence et honneur non pas pour lui mais bien pour nous. Le culte est constitué de signes, des choses corporelles, des instruments pour provoquer des actes spirituels par lesquels nous sommes unis à Dieu. L’homme n’est pas seulement esprit, il est corps animé par une âme spirituelle. L’homme est un et indivisible. C’est une vérité humaine qui doit être enrichie par cette vérité chrétienne: le Verbe s’est fait chair ( Jn 1,..). Dieu ne condamne pas la matière. Il entre dans le temps humain pour accomplir l’œuvre de notre rédemption. Le Christ manifeste et rend rend présent son œuvre de salut durant le  temps de l’Église par la liturgie jusqu’à ce qu’il vienne (1 co 11 , 26 CEC 1076). Durant ce temps le Christ vit et agit dans son Église d’une manière nouvelle par les sacrements. Ceux-ci communiquent les fruits du mystère pascal. La liturgie est une œuvre divine et l’action sacrée de l’Église par excellence dont aucune autre pratique ne peut égaler (Sacrosanctum Concilium 7). La liturgie est une réponse de foi et d’amour aux bienfaits que le Père ne cesse de gratifier son Église par l’œuvre du Christ dans la puissance du Saint Esprit (CEC 1083). L’Église par sa liturgie implore l’Esprit Saint afin qu’elle soit toujours signe et instrument. C’est l’Esprit qui unit l’Eglise à la passion et à la résurrection du Christ-Prêtre pour la gloire de Dieu et le salut de l’homme ( Eph 1,6). La liturgie terrestre participe à la liturgie céleste. En célébrant le mystère du Christ, nous tendons vers l’accomplissement. Dans l’Eucharistie où il est présent, c’est toute l’action divine dans l’histoire du salut qui est présente. Le Mémorial de notre rédemption c’est tout ce que le Seigneur a accompli et qui trouve son sens dans sa mort et résurrection. Ce Mémorial ne peut être un souvenir béat. C’est aussi une actualisation, une re-présentation et une tension vers le total accomplissement. Il n’y a pas une liturgie sans médiation sacramentelle, des signes et des symboles. Une liturgie purement spirituelle ne respecte pas l’homme qui a une dimension corporelle. En plus, la liturgie possède une dimension sociale. C’est en communauté que nous célébrons. Ne pas aller à la messe sous prétexte que le prêtre n’est pas saint, qu’il n’est pas spirituel ou il y a des sorciers dans l’assemblée dominicale est vraiment une incompréhension notoire. Le temps de la célébration n’est pas seulement une exaltation, elle est aussi contemplation du mystère qui appelle l’humilité et le silence. Affirmer que l’Église du Sénégal n’est pas conduite par l’Esprit Saint est une preuve que l’on veut construire une Église à notre goût avec nos ressentis. Accepter l’Église telle qu’elle est, c’est un acte de foi qui convoque l’amour et l’Espérance de voir son rayonnement. Si nous changeons nous tous, l’Église sera renouvelée.

3. L’ÈGLISE EST CORPS ET ÉPOUSE DU CHRIST MALGRÉ SES RIDES

Parler du Christ seul sans l’Église c’est méconnaître que celle-ci contient le Christ qui par elle. Le solus Christus (seul le Christ) de type protestant ne peut pas être brandi comme un drapeau sans Église comme communion et institution. Il y a un solus Christus catholique mais qui inclut toujours l’Église (Kasper) puisqu’elle est les membres du Christ. Quand Saint Paul parle du Corps du Christ, ce n’est pas une comparaison, il parle d’une réalité (1Co 12,12). Paul ne parle pas d’une réalité politique ou sociologique. La manière dont il comprend l’Église comme Corps du Christ est inséparable de sa compréhension du baptême et de l’Eucharistie. Jésus-Christ descendant d’Abraham (Ga 3,16) est lié à tous ceux qui ont le baptême et constituent le peuple de Dieu. Par le baptême, nous formons le Corps du Christ dans l’unique Esprit de Jésus-Christ (Rm 12,4; 1 Co 12,12-27; Ga 3,38). Plus encore, nous devenons Corps du Christ dans la communion à l’unique Corps eucharistique du Christ (1 Co 10,17). Pour Paul, le « Corps du Christ est une réalité Sacramentelle : plus exactement, une réalité pneumatologique médiatisée de façon sacramentelle » (Walter Kasper, l’Église Catholique, son être, sa réalisation, sa mission, cerf, 2014, 192.). Des conséquences éthiques résultent de cette vision sacramentelle de l’Église. Les chrétiens membres du Christ ne doivent pas être attachés à autre chose (1Co 5,15). De même, leur solidarité doit être manifeste (Rm 4-8; 1 Co 12,12-27; Ga 6,2). Ils se conforment à la tête (Col 1,15-18) et dans ce monde ils associent leur souffrance à celle du Christ pour recevoir la gloire (Rm 8,17). Après le concile Vatican II, les fonctions sont-elles interchangeables ? Quand on croit tout est inspiration sans médiation académique, on dira toujours des aberrations. L’Église corps du Christ a divers membres et diverses fonctions. Pour son édification, l’Esprit distribue pour les services variés des dons et richesses (LG 7). La grâce accordée aux apôtres est première. Ceux et celles qui reçoivent des charismes doivent s’ouvrir pour que ceux-ci puissent être authentifiés. L’image de l’Église comme Épouse du Christ se comprend dans le lien très fort entre le Christ et l’Église. De façon similaire, avec l’unité et la réciprocité que nous trouvons dans le livre de la genèse concernant l’homme et la femme (Gn 1,27; Gn 2,23-24), l’Église est unie au Christ comme la relation époux/épouse. Cette relation Christ -Église contient des insuffisances dûes aux péchés qui ne sont pas du côté du Christ mais des membres de l’Église. L’infidélité était toujours un péché reproché par Yahweh à Israël (Os 2, 16-24; Es 54,4-8). Dieu est-il toujours en colère contre son Épouse? Il appelle toujours son Épouse à la réflexion pour voir son péché et son repentir. Jésus lui-même dans les paraboles relatives au royaume de Dieu se présente souvent comme l’Époux (Mc 2,19 s; Jn 3,29; Mt 22,2-14; Mt 25,1-13). En Saint Jean c’est aux noces de Cana qu’il pose le premier signe messianique (Jn 2,1-12). Paul, en considérant le rapport Christ-Église parle d’un grand mystère (Eph 5,32). Christ va t-il abandonner son Église parce qu’elle est infidèle ? Le Christ demeure fidèle malgré les défauts et les rides de l’Église. Il s’est livré pour elle et la purifie par le bain du baptême (Ep 5,25-27; CEC 823-829). »Là où est l’Église, là est aussi l’Esprit de Dieu; et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce. Et l’Esprit est vérité « . Cette assertion de Saint Irénée de Lyon nous fait voir que toute la doctrine de l’Eglise est intimement liée au don de l’Esprit. Manifestée pour la première fois lors de la Pentecôte comme créature de l’Esprit (Act 2,1-13), l’Église s’est vue dynamiser par l’Esprit. C’est lui qui fait l’unité et ouvre toujours à l’Église des chemins nouveaux (Act 4,31-32; 6,5.10;10,19;11,12;13,2;14,27; 15,28). L’Esprit fait la communion de l’Église (2 Co 13,13).

Croire que l’Esprit agit doit nous amener à croire qu’il conduit l’Église partout où elle est plantée. L’Église n’a jamais été conduite par des hommes et des idées humaines. Dans toute célébration, l’Eglise a recours à l’Esprit, tous les sacrements se célèbrent dans l’Esprit. D’où sont venues les interprétations délirantes qui disent que l’Eglise catholique du Sénégal n’est pas encore conduite par l’Esprit? Si nous avons l’Esprit, nous devons accepter l’organisation ecclésiale et les moyens de salut qu’elle nous propose (CEC 837). Quand on est simplement de corps dans l’Église, notre cœur est ailleurs. Cela veut simplement dire que l’on broute ailleurs et qu’on a un problème avec la dimension hiérarchique de l’Église. Il ne faut pas croire que l’Église va changer son organisation à cause d’un prophète qui cherche à éliminer le sacerdoce ministériel pour instaurer une Église intérieure sans médiation hiérarchique. Les « enseignements » qui cherchent à convaincre les gens que le culte marial est une illusion ecclésiale sont typiquement des églises de réveil. Se réveiller spirituellement aujourd’hui est synonyme de mettre une croix sur tout ce qui est chemin de Croix, pèlerinage marial, chapelet, engagement paroissial. Se réveiller aujourd’hui est synonyme de faire des choses parallèles comme pour faire compétition avec la paroisse. Il est facile de fustiger les chrétiens qui sont dans le syncrétisme. Et les chrétiens qui sont tombés dans l’idolâtrie des charismes ? Qu’en est-il de ceux et celles qui érigent leur personnalité en lieu de culte? Et ceux et celles qui courent derrière la gloire? Et les personnalités narcissiques qui manipulent les foules ? Autant d’idolâtries qui nous interdisent de masquer la complexité de la réalité. Devant Dieu et son mystère, nous devons tous fuir deux idolâtries: réduire Dieu à mon expérience spirituelle quel que soit sa profondeur, réduire Dieu à mes concepts théologiques. Dieu est toujours au-delà. Marchons dans la sainteté sans tomber dans le gnosticisme et le pélagianisme (Gaudete et exsultate,36-62, Evangelii Gaudium,94).

Abbé Raphaël Faye

Diocèse de Thiès

10 commentaires

MALACK 26 septembre 2022 at 13 h 39 min

C’est bien de mettre les choses au clair. Mais c’est meilleure de se rapprocher de ces responsables pour travailler avec eux. Les réseaux sociaux ne seront jamais une meilleure instance pour dire que vous allez corriger ces bergers. Car la correction fraternelle ne se fait pas à travers des réseaux sociaux.

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adrien Coly 26 septembre 2022 at 16 h 38 min

excellent!

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Élisabeth 26 septembre 2022 at 18 h 45 min

Merci mon père 🙏🙏🙏🙏

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Pad 26 septembre 2022 at 20 h 34 min

Très belle contribution

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Thiaw 26 septembre 2022 at 22 h 14 min

Je voudrais féliciter monsieur l’Abbe pour cette réponse bien documentée et éclairée. Je partage le même avis que nos bergers et bergères du renouveau charismatique doivent être formés tant au niveau théologique et spirituel sans pour autant négliger le rôle important du renouveau charismatique dans la vie de l’église. Il y a un beau travail qui se fait et qui porte vraiment du fruit mais aussi il y a des failles surtout au niveau de l’encadrement des membres et sur le contenu de certaines prédications.
Une certaine dérive vient aussi de certains prêtres-accompagnateurs du renouveau charismatique qui en ont un fait un business spirituel. On ne peut pas servir Dieu et l’argent. Un des problèmes se trouve ici: l’argent et la recherche d’une renommée purement humaine. Personne n’y est épargné.

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Giscard sagna 26 septembre 2022 at 23 h 48 min

Paix et joie abbé Raphaël! Merci vraiment pour ces éclaircissement vraiment dans nos groupes respectives on a besoins de prêtre comme vous pour édifié le peuple. Il arrive dès fois qu’on reçoivent des enseignements venant de certains (e) berger que en fin de compte je me demande si est que réellement ces gens là sont des chrétiens catholiques .. soyez puissamment bénis. Vous avez eu le courage de leurs dire la vérité par ce que ils ne qe

Se disent pas la vérité entre eux.

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Pascaline MENDY 27 septembre 2022 at 12 h 48 min

Merci Abbé, , nous catholique, nous avons vraiment besoin de ces genres d’interventions et d’éclaircissements parce que c’est ainsi que beaucoup de nos frères et sœurs sont aujourd’hui dans la perdition be comprenant pas les rouages de l’Église catholique ou n’ayant simplement pas la foi nécessaire pour comprendre l’essence du catholicisme. Cet enseignement doit être partagé au max.

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Franck 28 septembre 2022 at 21 h 37 min

Excellent article. Tous les groupes doivent être accompagnés par un prêtre. Les bergers également devraient être mieux formés et arrêter de se prendre pour des illuminés, pour certains.

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Simon Pierre Biagui. Ma Theoloy Systematicematique 1 octobre 2022 at 2 h 19 min

Que le Saint Esprit nous inspire la sagesse de nous faire eduquer dans la theologie l’exegese pour etre de bons temoins du Christ dans l’Eglise Catholique au Nom de Jesus.

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ALAIN 7 octobre 2022 at 11 h 19 min

Abbé, nous louons votre intervention mais pour mieux accompagner les groupes de prière, ils nous faut des prêtres pour notre formation et notre encadrement. Merci

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