38.5 C
Sénégal
25 mai 2022
ACTUALITE CONTRIBUTION EGLISE UNIVERSELLE VIE CHRETIENNE

Un monde épris de signes (Par Abbé Séraphin-Raphaël Ntab)

Notre monde est épris de signes. Qu’il suffise d’ouvrir les yeux et les oreilles pour s’en convaincre. L’on court par-ci par-là, à la recherche de quelque signe qui dise ou redise la présence de Dieu dans notre histoire. La foi de certains même en dépend. C’est ainsi qu’il n’est pas rare d’entendre : »J’attends un signe », ou « Le Seigneur m’a donné un signe », ou « Je ne vois pas de signe de la présence de Dieu dans ma vie », ou encore  » Ceci, cela est le signe que ».

Si le signe en soi n’est pas une mauvaise chose, si le Seigneur peut en donner à qui il veut, sa quête effrénée pourrait entraîner des dérives.

En effet, il y a le risque pour le chrétien, qui court sans cesse à la recherche de signes, de passer à côté du signe par excellence qu’est Jésus-Christ, sans le voir, parce que tout simplement aveuglé par des signes extérieurs et quelques fois trompeurs qui se nourrissent de la curiosité, de la fragilité et de la  dispersion du croyant. Le drame serait, ici, de vivre plus dans l’avenir, qui réside dans le  plan secret de Dieu, que dans le présent, qui nous est donné en présent, c’est-à-dire en cadeau précieux.

Si le signe, perçu comme une preuve, devient la condition sine qua non de notre foi, il y a bien là le signe que notre foi en Jésus-Christ souffre d’un malaise et que nous n’arrivons pas encore à réaliser que, vrai Dieu et vrai homme, il est le signe véritable de la présence de Dieu dans le monde, faisant ainsi de chacun de nous des signes vivants de sa présence. Et si nous sommes déjà des signes vivants ‘ordonnés’ au grand signe qu’est Jésus-Christ, pourquoi courons-nous tant ? Pourquoi sommes-nous si enclins à rechercher le merveilleux et à quêter les choses cachées ? Pourquoi sommes-nous si plongés dans le futur dont, bien souvent, hélas, nous voulons décider à la place de Dieu à qui il appartient exclusivement ? Seul celui qui sait apprécier le présent que Dieu nous donne peut envisager avec sérénité l’avenir qu’il nous promet.

Que Dieu continue de nous parler, cela ne fait pas l’ombre d’un doute, car notre Dieu est un Dieu qui parle, qui communique et se communique de mille et une manières. Il nous parle à travers des signes qui exigent, pour être déchiffrés sans risque d’erreur, le sens du discernement, afin de bien distinguer ce qui vient de Dieu de ce qui vient de nous, ce qui est vraiment de Dieu et ce qui relève des vibrations de nos sentiments et de notre imagination, souvent fruit de notre histoire, de nos attentes, de notre sensibilité, de nos craintes, de la maturité de notre foi, etc. C’est assez dire qu’il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir interpréter le langage des signes et qu’à ce niveau, la plus grande humilité est requise.

Dans un monde profondément marqué par le culte du signe, du miracle, du merveilleux, etc., revenons, sans jamais l’instrumentaliser, à Jésus-Christ en qui toutes choses, celles du ciel et de la terre, sont récapitulées (cf. Ep 1,1-10). Ce faisant, nous réaliserons à quel point nous pouvons nous égarer en allant si loin du Christ qui nous dit chaque jour : »Je suis là et tu ne me vois pas. Tu me cherches bien loin de toi-même et des autres, dans les éclairs et le tonnerre, dans le merveilleux et le tonitruant. Je suis bien Là. Fais-moi confiance et mets ton doigt ICI. » L’humilité intrinsèque à notre foi exige que nous puissions accepter qu’un signe soit visible ou invisible, compris ou incompris, car derrière chaque signe se cache toujours un mystère.

Que Dieu qui, en se faisant homme s’est fait histoire, fasse grandir en nous la foi qu’il est toujours dans notre histoire, où il fait de chacun et de chacune de nous un signe merveilleux de sa présence dans le monde.

Abbé Séraphin-Raphaël NTAB

Laissez un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire la suite