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Sénégal
24 octobre 2020
FidesPost
CONTRIBUTION

Sur le nouveau « pacte des Catacombes » : défendre l’Amazonie mais aussi l’Afrique

Le 20 octobre 2019, un certain nombre de participants au synode sur l’Amazonie (évêques, prêtres et laïcs) ont signé un nouveau Pacte des Catacombes (pour mémoire, un premier pacte avait signé en 1965). Le titre de ce pacte : le « Pacte des Catacombes pour la maison commune : pour une Église au visage amazonien, pauvre et servante, prophétique et samaritaine ».

Une Eglise au visage amazonien

Sur les 15 engagements du pacte, le premier est le suivant : « Assumer, face à l’extrême menace du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles, l’engagement à défendre la forêt amazonienne sur nos territoires et par nos attitudes. C’est d’elle que proviennent les dons de l’eau pour une grande partie de l’Amérique du Sud, la contribution au cycle du carbone et à la régulation du climat mondial, une biodiversité incalculable et une riche diversité sociale pour l’humanité et pour la Terre entière ». Cet engagement n’a pas de correspondance dans le texte de 1965; mais on imagine bien qu’il ne tombe pas du ciel. Le Pape Paul VI tout comme le saint Pape Jean-Paul II se sont intéressés à la problématique écologique. Jean-Paul II avait averti que « La destruction de l’environnement humain est très grave », et le Pape Benoît XVI avait renouvelé l’invitation à « éliminer les causes structurelles des dysfonctionnements de l’économie mondiale et à corriger les modèles de croissance qui semblent incapables de garantir le respect de l’environnement ». Et puis, l’histoire retiendra que c’est avec Laudato’Si du Pape François que l’écologie reçoit ses lettres de noblesse à l’intérieur de l’Eglise. « La terre, notre maison commune, semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir », écrit-il. Il faut avoir tout cela en tête pour comprendre l’enjeu de l’engagement des évêques dans ce nouveau pacte des catacombes, sans oublier, bien sûr, que pour la théologie biblique chrétienne, c’est de la terre que le premier homme est sorti.

L’Amazonie, mais aussi l’Afrique…

En Amazonie, peut-être plus que partout ailleurs, la menace écologique est très forte. Là, les terres sont spoliées, les droits ancestraux dépouillés, les familles réduites à la famine et aux maladies, etc…Mais comment oublier que pour beaucoup de choses, l’Afrique est solidaire de l’Amérique Latine. De fait, comment oublier que la forêt du bassin du Congo, en Afrique centrale, est le deuxième massif forestier tropical après la forêt amazonienne. Couvrant plus de deux millions de km², elle est partagée entre six pays (le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, la République démocratique du Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale) et aujourd’hui, en raison de la surexploitation du bois, notamment par les entreprises étrangères, la déforestation est importante. Les dégâts sont écologiques avec une diminution de la biodiversité mais les conséquences sont aussi économiques avec la perte de ressources financières à long terme.

La part de l’Eglise en Afrique en faveur de « notre maison commune »

Il est possible que les questions environnementales ne constituent pas, pour le moment, les préoccupations majeures des évêques africains. Et pourtant, l’Eglise en Afrique a un rôle éminemment important à jouer pour lutter contre le réchauffement climatique. Pour ce faire, elle doit travailler d’abord à la décolonisation du christianisme africain en déconstruisant les images ambivalentes dont certains missionnaires et certains colons se sont servi pour imaginer « leur Afrique », où le réel et le palpable côtoient très souvent le rêve, l’illusion et le fantasme. Si on part du postulat selon lequel la puissance occidentale a provoquer la disqualification des autres cultures et religions, ainsi que des formes d’organisation sociales des autres peuples, on mesure les dégâts causés aux cultures africaines dans leur rapport la nature. Or, les cultures traditionnelles africaines ont toujours été respectueuses de l’équilibre entre l’homme et son environnement. Que faire aujourd’hui ?
Il nous faut remettre en valeur une certaine théologie de la création sur la base du récit de la Genèse, tout en étant attentif aux mythes et aux symboles africains qui ont toujours façonné l’imaginaire africain. L’histoire a desservi le mythe et, partant, tous les peuples qui structurent leur vie et leur pensée sous le modèle mythique. Le philosophe André Lalande avait défini les mythes comme étant « des récits fabuleux, d’origine populaire et non réfléchie ». Pour les sociétés modernes, les mythes relèvent de l’illusion, de l’imaginaire, et par conséquent dépourvus de sens. Or, comme l’écrira Mircea Eliade, « c’est l’irruption du sacré dans le monde, racontée par le mythe, qui fonde réellement le monde ». Pour nous, donner place aux mythes, c’est investir les imaginaires africains pour voir le sens des « mots » et des « choses ». Pourquoi faut-il faire cela ? Parce que les « sociétés s’instituent d’abord dans leurs imaginaires » (Felwine Sarr). Cela veut dire qu’il faut réinterroger les différents discours de la tradition orale tels que les proverbes, les contes, les récits épiques dans leur « dire » du rapport de l’homme avec son environnement en contexte africain. Cela permettra d’ouvrir d’autres voies au savoir et à la connaissance et de penser la foi chrétienne dans une autre dynamique que celle valorisée par la raison occidentale. Les mythes des origines, de la création et la cosmogonie qui permettent d’expliquer l’origine, l’essence et le sens du monde, toutes ces choses sont symbolisées, chez la plupart des peuples africains, par des éléments naturels comme l’eau, la terre ou le feu, par des animaux-totems incarnant l’être primordial, par des figures ancestrales, héroïques ou légendaires. Ils sont à ré-explorer. Que de mythes africains les missionnaires n’ont-ils pas mis de côté, les considérant comme des « fables » sans sens. « Si la branche veut fleurir, qu’elle honore ses racines » enseigne la sagesse africaine. Il nous faut réapprendre le langage des collines et des plaines de nos villages. Nous reconnecter avec ce temps là où, selon le récit de l’écrivain Ngugi Wa Thiong’o, dans la rivière de vie, « les arbres écoutaient, gémissaient avec le vent et restaient silencieux. Oiseaux et bêtes entendaient et écoutaient paisiblement. Parfois seulement, ils répliquaient avec joyeuse acclamation ou des cris de colère ». Tant pis, si « l’homme blanc (qui) ne sait pas parler la langue des collines » considère cela comme de l’animisme. Il faut déconstruire la bibliothèque coloniale qui s’est construite autour du rapport des Africains au monde. Le philosophe camerounais Gaston-Paul Effa considère que l’animisme est le chaînon manquant dans la pensée occidentale. Dans « Le Dieu perdu dans l’herbe », il nous emmène dans les méandres limpides de cette pensée d’Afrique qui n’est ni totalement une religion ni totalement une philosophie, mais qui nous apprend à mieux habiter le monde. C’est la nature qui rend l’homme humain. Mieux habiter le monde, c’est le défi le plus important de notre temps ! Travaillons à le relever ! Ensemble !

P. Jean-Paul Sagadou

dans Prions en Eglise Afrique

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