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4 décembre 2021
FidesPost
ACTUALITE Recensions - Ouvrages

Recension : Céline Hoyeau, La trahison des pères. Emprise et abus des fondateurs des communautés nouvelles. Éditions Bayard 2021.

L’auteur, journaliste au quotidien La Croix associe, dans ce livre, une expérience personnelle de membre d’une communauté nouvelle et de professionnelle de la communication. Avec rigueur et recul, elle retrace la trajectoire et les témoignages concernant un certain nombre de fondateurs de communautés nouvelles : Saint-Jean, L’Arche, Le Verbe de Vie, Fondacio, Bethléem, Les Foyers de charité, les Béatitudes, les Focolari, les Fraternités monastiques de Jérusalem (même si tous ne sont pas concernés de la même façon). Elle met aussi en lumière les déviances et abus spirituels, sexuels, psychologiques, de conscience des frères Marie-Dominique et Thomas Philippe, leur sœur Cécile, leur oncle Thomas Dehau, Jean Vanier, un de leur fils spirituel, mais aussi Ephraïm, Olivier Fenoy, Thierry de Roucy, Georges Finet, Pierre-Marie Delfieux, André-Marie Van der Borght…

L’intérêt de l’ouvrage est le point d’orgue de nombreuses années d’enquête. Les faits rappelés ont été agrémentés d’une analyse généalogique ; cette méthode d’écriture est comme un point d’enquête qui devrait permettre à d’autres de prendre le relais pour (enfin, un jour), grâce aux rapports d’audition des témoins des cellules d’écoute et des résultats des commissions d’enquête, de faire la lumière sur la genèse et le développement de ces tragédies.

Divisé en sept (7) chapitres, l’ouvrage, d’emblée, se focalise sur « la chute des étoiles » en citant nommément les auteurs des faits et en mettant l’accent sur le choc que suscitent les révélations de ces figures emblématiques du renouveau ecclésial catholique.

Et c’est là que le thème du second chapitre prend tout son sens ; pour un bon nombre de fidèles, ces figures charismatiques apparaissaient comme des « phares dans la tempête postconciliaire », permettant de retrouver le « sacré », la beauté liturgique, autant qu’une vie intérieure comme recherche de soi. À l’inverse, voilà que nombre de ces fondateurs étaient aussi des « maîtres de l’emprise » (chap.3), avec des variantes plus ou moins délirantes, perverses, narcissiques, manipulatrices, avec des liaisons embrouillées à l’autorité. Cependant, ils n’auraient pu prospérer sans des disciples admiratifs, idéalistes, des « miroirs complices » (chap.4), sans une certaine naïveté de certains catholiques plus prompts à diviser le monde de façon binaire plutôt que d’assumer la complexité du réel.

L’auteure souligne aussi le rôle de la hiérarchie catholique à travers ses « défaillances » (chap.5), le manque de contrôle de ces électrons libres faisant cavaliers seuls, tout en réussissant à se faire inviter à Rome…

En évoquant « l’arbre et les fruits » ; Céline Hoyeau fait la part des responsables d’Église qui se disent : « des abus certes, des faiblesses morales, mais quand même !! ». Heureusement qu’aujourd’hui, l’attitude de la hiérarchie est plus pragmatique. Néanmoins, il y a encore la pédagogie transmise, par-delà la mort des fondateurs et les écrits qui restent…

Enfin, le dernier chapitre propose ainsi une réflexion tentant de mieux comprendre ce qui s’est passé en établissant une « généalogie » des abus. Le « système S. Jean » a conduit plus de 30 frères de la communauté à abuser à leur tour… Au final, un ouvrage à lire afin que le tragique de ces faits connus permette une prévention salvatrice.

Homère Yague

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