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Sénégal
26 novembre 2022
ACTUALITE CONTRIBUTION Nationale

Qu’il est beau, mon peuple ! (Par Théo EKWALLA)

Ces trois jours de rêves consécutifs à la victoire de nos vaillants Lions du football ont été l’occasion de voir tout un peuple debout à l’unisson pour fêter à sa juste manière cet évènement historique. Et il nous a été donné de voir ce peuple, dans toutes ces composantes, exprimer son bonheur de la manière la plus naturelle, se congratuler, courir dans tous les sens, se hisser sur toutes les élévations possibles pour ne rien perdre des images inédites qui défilaient sous ses yeux. Et la journée d’hier a été un autre moment tout aussi historique de cette fraternité dans le bonheur, dans cette joie libératrice, apaisante, qui nous a fait oublier nos différences, nos divergences, nos maux et autres travers qui, comme des boulets à nos pieds, entravent notre coexistence pacifique, notre désir de vivre ensemble.

On a vu ce peuple exulter de joie, s’organiser naturellement et en toute liberté pour recevoir comme il se doit nos Lions du football qui ont ramené le trophée continental du Cameroun où se jouer la phase finale de cette prestigieuse compétition. Des images ont défilé sous nos yeux de ces foules pacifiques, heureuses, exubérantes à souhait et qui se rendaient, par tous les moyens possibles vers les zones prévues pour le passage du cortège des Lions. Et le seul étendard visible partout fut le drapeau du Sénégal dont tous se réclament, fort heureusement. Les supporters, venant de partout, se sont déplacés à leurs frais, ont déployé les couleurs nationales sous toutes sortes de supports, se sont déguisés sous toutes les formes possibles pour marquer leur participation pleine et entière à cette fête, unique en son genre, cette fête qui réunit tout le monde, cette fête que l’on attendait, que l’on imaginait depuis longtemps et qui nous échappait.

Enfin, le Sénégal entre dans la Cour des Grands du Football avec la manière et à un moment où tous l’espéraient du fond du cœur et de l’esprit. Encore bravo à nos valeureux Lions du Football pour cette performance qui porte notre pays au niveau des meilleurs de cette discipline.

Et il me vient alors à l’idée d’interpeler la classe politique avec ses dizaines de partis, de toutes obédiences, pour leur suggérer modestement de tirer des leçons de tout ce qui a été vu et entendu ces jours-ci. En effet, le peuple s’est retrouvé fraternellement, de manière patriotique, au-delà des appartenances politiques et religieuses, sans ces gardes du corps arrogants et encagoulés qui, très récemment encore, inspiraient la peur et la terreur dans certains cortèges de la campagne électorale. Il n’y a eu point de discours partisans, point de discours politiciens pour haranguer des foules et les opposer à d’autres. Nos politiciens devraient aussi s’interroger sur l’utilité de ces nombreux partis politiques qui divisent plus qu’ils ne rassemblent. Non ! Je ne suis pas du tout d’accord que ces partis politiques pléthoriques soient le signe distinctif d’une démocratie vivante. Comment donc comprendre que nos politiciens ou acteurs politiques passent leur temps à s’invectiver, à se lancer des reproches de toutes sortes, souvent avec des mots et expressions que la morale et le bon sens nous interdisent de répéter, et qu’ils s’accordent des moments de répit à l’occasion de décès, de baptêmes et autres manifestations qui les obligent à se retrouver ? Et on les voit, comme si de rien n’était, se congratuler, se rappeler aux bons souvenirs et se tortiller de plaisir devant les caméras comme pour dire que malgré leurs divergences, ils restent de bons amis qui partagent de temps à autre, quand l’occasion se présente, un plat de « tiébou diène » et se délectent d’un bon bissap bien frais. Il faut arrêter cette théâtralisation de la vie politique qui enlève toute crédibilité à cette nomenclatura jalouse de ces pouvoirs et privilèges. Il faut que notre classe politique prenne l’exemple du peuple qui, malgré les difficultés inhérentes à la vie, aspire simplement à la paix et à la joie de vivre. Les partis politiques ont des intérêts partisans qui ne participent en rien au rassemblement, à l’union des peuples et des cœurs. Et nous avons besoin d’être ensemble, solidairement pour transcender les vicissitudes existentielles. Et il me plaît de magnifier cette décision prise par Son Excellence, Monsieur Macky Sall, Président de la République, qui aurait pu, s’il le voulait, chercher à tirer à lui seul les dividendes politiques d’un tel évènement. Contre toute attente, et comme divinement inspiré, il a appelé tout le monde, toute la classe politique à venir à ses côtés partager et participer pleinement à cette manifestation de portée nationale, une manifestation qui transcende nos appartenances claniques ou partisanes. Et la fête fut belle, je dirais même très belle !

Ne relevez point dans mes propos une quelconque outrecuidance ou impertinence. Cela ne me ressemblerait pas. Je ne m’érige point en donneur de leçons, car je n’en ai ni la stature encore moins l’autorité. Toutefois, il s’agit pour moi d’un cri du cœur que m’inspirent ces journées historiques que vivent le Sénégal. En simple observateur que je suis de la vie politique et sociale de notre pays, je pense modestement que nous nous devons impérativement de revoir de fond en comble notre modèle de démocratie, beaucoup plus inspiré par des modèles occidentaux qui ne collent en rien avec nos us et coutumes, avec nos valeurs ancestrales ou simplement avec notre organisation sociétale. Le constat est là à nos yeux. Ce semblant de démocratie coûte très cher à la Nation. Elle nous oblige constamment à des compétitions électorales qui font que nous passons notre temps dans les jeux de politique politicienne. Et plus de soixante années après les indépendances, nous sommes encore à rechercher le ou les modèles de développement qui nous sied. Cessons donc de tromper nos peuples avec ces discours à l’antipode de leurs intérêts intrinsèques. Que cette Coupe continentale que nous ramènent si opportunément nos Lions soit le départ d’une nouvelle façon de vivre, une nouvelle façon de faire de la politique, pour le peuple, par le peuple et avec le peuple.

Prenons véritablement en charge les préoccupations de nos populations notamment les jeunes qui, nous l’avons noté au sortir des dernières élections territoriales et départementales, ont lancé comme un message à l’intelligentsia politique afin d’exprimer leur ras de bol de ne pas voir leurs préoccupations véritablement prises en compte. Et c’est ce qui les a amenés, de mon point de vue, à ces votes aveugles, pour une liste ou une autre, au lendemain desquels la plupart d’entre eux découvrent que celui qui a été élu est un illustre inconnu, sans expérience aucune avec toutes les conséquences que cela implique au plan de la gestion et de l’administration de nos collectivités territoriales. Il ne faut pas tout casser et recommencer imperturbablement. Comme dans le mythe de Sisyphe. Si c’est cela la démocratie, j’admets alors, en toute sincérité, n’avoir rien compris du jeu politique. Sur ce plan, l’avenir nous édifiera du bien-fondé de cette tabula rasa, de ce vote « boul falé » qui a caractérisé les élections du 23 janvier dernier.

Pour ceux qui auraient pris le temps de parcourir ces lignes, je voudrais d’ores et déjà solliciter leur compréhension et leur indulgence. Il faut toutefois que nous apprenions, à nous dire la vérité, les yeux dans les yeux, en toute simplicité. Une vérité positive, objective, sans heurter la susceptibilité de qui que ce soit. Il y va du devenir de notre pays et de son beau peuple.

Théo EKWALLA

Directeur Général de

OPEF SENEGAL

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