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Sénégal
15 janvier 2021
FidesPost
ACTUALITE CONTRIBUTION Nationale

Place et rôle de l’école dans le dialogue interreligieux et l’éducation à la paix au Sénégal

Quels sont alors la place et le rôle que le système éducatif (écoles dites française et daras) joue dans ce concert ? C’est l’objet des réflexions ci-dessous, émanant d’un éducateur et membre actif du dialogue interreligieux de surcroît.

  1. Cadre géographique

Dans la quasi-totalité des écoles sénégalaises, des cultures, des ethnies, des races et des religions différentes se côtoient pour la plupart de 7H 30 à 17h 30. Soient 10 heures par jour. Ce sont déjà 41, 66 % d’une journée de 24 heures ! Cette proximité faite de partages dans le travail et la détente (sports et moments de pause) favorisent les brassages autant entre apprenants que dans le personnel d’encadrement et entres les membres de ces deux groupes.

  1. Enjeux

Les parents sont certes les premiers éducateurs de leur progéniture. Ils ont comme collaborateurs privilégiés les formateurs au sein de l’école. Et ceux-ci, dans les écoles qui se respectent, comprennent les enseignants et le personnel technique de surface et toute autre personne intervenant dans l’école. Ces formateurs, dans les normes, ne remplacent point les parents dans le double labeur d’instruction-éducation. Ce sont des accompagnateurs, des facilitateurs. Ils sont impliqués et sollicités de plus en plus tôt dans le processus d’évolution des individus et des groupes. Leur responsabilité s’en trouve d’autant plus étendue dans le temps et sur les domaines concernés. En effet, ici plus qu’ailleurs,  « il ne faut laisser nulle place où la main ne passe et repasse » ! Les garderies d’enfants et les cases des Tout-petits sont passées par là.

  1. Méthodologie

Alors, sous peine de fabriquer des monstres, ces formateurs auront à cœur d’éduquer d’abord par l’exemple à la cohabitation pacifique, au respect de l’autre, à l’enrichissement réciproque par les différences respectives. Ici, le génie pour les écoles confessionnelles consistera à conserver leur identité tout en mettant à l’aise les membres de la collectivité éducative qui ne partagent pas la foi de l’institution. Ecoles catholiques ou musulmanes sont soumises à la même exigence. La programmation de cours de morale pour les musulmans en lieu et place de la catéchèse pour les chrétiens dans les écoles de l’enseignement catholique est une réponse pratique, concrète, à cet impératif. Le fait que dans ces écoles les associations de parents d’élèves s’appellent APEC (Associations des Parents de l’Enseignement Catholique) relève de la même logique d’identification où les mots ont bien leur sens. Ici, l’on ne parle plus d’APE seulement ! Cette exigence de rester soi-même dans ses valeurs fondamentales doit toujours être défendue, au sens de protégée, sous peine de décevoir les parents d’élèves. Fidélité justifiée à sa foi, diplomatie et délicatesse seront toujours conjuguées au présent. A titre d’illustration, le jour où l’enseignement catholique perdrait les références supérieures qui font de lui ce qu’il est et qui lui valent le respect et la confiance de beaucoup de parents non catholiques, ces derniers seraient les premiers à manifester leur déception. Et ils ne manqueraient pas de la marquer par une désertion progressive des établissements de l’institution.

  1. Quelques exemples

Dans toute école soucieuse d’éducation à la paix et de dialogue interreligieux, l’on veillera jusques dans la planification des activités parascolaires. Ce serait par exemple mal venu dans une école confessionnelle chrétienne d’organiser quelque réunion extraordinaire un vendredi à l’heure de la prière musulmane, ou un jour où les musulmans ont des obligations religieuses (Korité, Tabaski etc.). De même, ce serait faire preuve de limites regrettables que de convoquer des élèves et/ou des parents dans une école publique ou privée laïque un dimanche matin ou jour de fête d’obligation tel que l’Ascension ou l’Assomption. Les chrétiens accomplissent à ces laps de temps, leur devoir d’adoration et de louange au Dieu unique (Allahu waahid), plus grand que tous et tout (Allahu Akbar). Une distribution de prix un dimanche matin serait, de façon concrète, une illustration malheureuse de telles erreurs ! Toujours dans le sillage des illustrations, il y a l’organisation d’une journée de dialogue interreligieux. Certaines écoles le font déjà. Mais cela ne s’improvise pas. Il y a des personnes-ressources mieux indiquées que d’autres pour organiser et animer ces journées faites non de prosélytisme mais simplement de découvertes réciproques de nos valeurs supérieures communes pour la Gloire de Dieu et la paix dans notre Sénégal.

  1. De l’apprentissage de l’arabe par les enfants chrétiens sénégalais

Dans la quête de moyens et de stratégie du dialogue interreligieux, particulièrement pour le dialogue islamo-chrétien, l’apprentissage et la maîtrise de la langue arabe par les enfants sénégalais chrétiens me paraissent tactiques. Ici les motifs sont multiples. La langue arabe est devenue très importante au niveau mondial. Et aujourd’hui, la maîtrise de l’anglais et de l’arabe est précieuse dans la recherche d’emploi dans les organismes internationaux. L’appropriation de cette langue par des chrétiens sénégalais contribuerait fort heureusement à faire le distinguo entre la langue arabe et l’islam pour lequel il sert de langue liturgique. En outre, cela permettra aux concernés d’accéder et de lire les textes chrétiens tels que la Sainte Bible en arabe et d’autres textes religieux chrétiens en arabe wolofisés (Wolofal).La compréhension de l’arabe par un chrétien sénégalais lui facilite beaucoup le contact et les échanges avec des gens qui ont autorité en islam au Sénégal : maîtres coraniques, enseignants franco-arabes, marabouts etc. Enfin, il y a des écoles catholiques où l’arabe est enseigné telles que le Cours Ste-Marie de Hann et l’institution Ste-Jeanne d’Arc. Des chrétiens professeurs d’arabe pourront postuler dans ces écoles et les établissements publics ou privés où l’arabe est enseigné sans oublier les multiples opportunités d’emplois ailleurs.

  1. Freins à l’apprentissage de l’arabe par les jeunes chrétiens sénégalais

Malheureusement les écueils ici sont énormes. De multiples embuches se dressent contre la promotion de la langue arabe parmi la jeunesse chrétienne sénégalaise. Malgré les injonctions des inspections départementales de l’éducation(IDEN), certains enseignants d’arabe font de ce cours un cours coranique. Beaucoup de parents chrétiens ne veulent pas que leurs enfants fassent de l’arabe eu égard d’abord à cette confusion. Mieux ou pire ? Nous connaissons un établissement catholique ou un groupe d’élèves a fait de l’arabe de la 6è secondaire à la 3è. Parmi les apprenants, il y avait des élèves catholiques très brillants dans la matière. Ceux-là ont voulu continuer l’arabe jusqu’au bac. Malheureusement Madame le préfet de 2nde de l’école et la direction générale elle-même leur ont opposé un refus catégorique pour motif de non rentabilité. Ces autorités administratives n’ont pas voulu ouvrir ce cours tant qu’elles n’ont pas plus de 5 auditeurs ! Sur le plan uniquement pécuniaire, cela peut se comprendre. Mais face aux opportunités et aux enjeux, cela est-il défendable ?..

  1. Perspectives

Bilan d’étape ou de fin de parcours ? Ces réflexions se veulent simplement un partage sur des sujets capitaux pour le devenir du Sénégal. Alors, si elles donnent des idées fertilisantes à des APE et à des Apec, à des chefs d’établissement scolaire, à des inspecteurs départementaux d’éducation et à des directeurs diocésains de l’enseignent, alors le moment de leur diffusion aura été salutaire.

fngor2587@yahoo.fr

Consultant en Education et sociologie du Développement

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