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Sénégal
29 novembre 2022
CONTRIBUTION VIE CHRETIENNE

Pardonner comme Dieu : est-ce possible ? (Par P. Jean-Paul Sagadou)

Beaucoup d’hommes et de femmes portent des blessures dans leur vie qui rendent le pardon difficile, voire impossible. Alors, que faire avec les « soixante-dix fois sept fois » de Jésus qui appellent à un pardon inconditionnel, sans mesure et sans limites ? Quel est le sens et la valeur du pardon ?

Pardonner, nous le savons par expérience, n’est pas un acte facile. Demander pardon n’est guère plus simple, car cela nous oblige à nous reconnaître coupables et donc à accepter de nous humilier devant notre prochain. La question du pardon réveille en nous, elle aussi, bien des résistances intérieures. Si c’est nous qui sommes offensés, notre premier réflexe n’est pas de pardonner, mais plutôt d’exiger une réparation. Ce désir de justice, voire de vengeance, monte en effet plus spontanément en nous lorsque c’est nous qui sommes les victimes. Ne nous arrive-t-il pas, à nous aussi, de considérer dans ce cas le pardon comme une preuve de faiblesse, voire de lâcheté ?

Lorsque, à l’inverse, nous nous trouvons dans la situation de l’offenseur, de l’agresseur, nous cherchons là encore fréquemment des échappatoires pour éviter de reconnaître nos torts. Nous tentons de justifier nos fautes en accusant les autres d’en être les premiers responsables ; ou encore en cherchant à acheter la complaisance d’autrui par telle ou telle concession, mais sans jamais nous abaisser jusqu’à reconnaître nos responsabilités et encore moins en demander le pardon.

Face à toutes ses attitudes qui gangrènent une vie de communauté, Jésus nous dit que pour bâtir l’unité de l’Église, il n’existe qu’un seul chemin : celui d’un amour fraternel qui soit capable d’aller jusqu’au pardon inconditionnel et sans mesure.

Cette pratique du pardon n’est donc pas accessoire, mais essentielle. Elle est vitale pour toute vie communautaire, et tout particulièrement entre les époux, entre les enfants et leurs parents… La relation humaine est un tissu fragile que le pardon doit souvent recoudre. Le pardon est un acte risqué, mais il n’est pas, comme beaucoup le pense, l’acte des faibles, mais celui des forts, puisqu’il doit être posé avec courage et lucidité dans les situations difficiles, douloureuses où règnent souvent l’injustice, la violence, la division. Car le pardon n’est pas un acte qui s’apparente à l’oubli, à l’indifférence, encore moins à la naïveté. Il constitue au contraire un acte de liberté face au mal. Celui qui pardonne pose un regard clairvoyant, lucide sur l’origine et les finalités du mal qui vient l’agresser. Il distingue le mal commis de la personne qui le commet. Il haït le mal, mais continue d’aimer la personne qui, d’une certaine manière, y est « soumise ». Posé avec cette lucidité, le pardon est la seule réponse capable de briser le cercle vicieux du mal. Le pardon propose à la personne malfaisante une autre logique moins inhumaine. Il permet aussi à celui qui est offensé de ne pas se laisser dominer par le mal qu’il subit et qui voudrait l’enfermer dans une logique de stricte justice, voire de vengeance.

Le pardon est la seule réponse qui peut empêcher le mal d’avoir le dernier mot, tout en ouvrant une possibilité de restaurer une vraie relation entre les personnes qui se sont blessées mutuellement.

Jean-Paul Sagadou

Assomptionniste

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