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21 avril 2021
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Pâques : Résurrection n’est pas réincarnation (Par Fr Pierre-Marie Niang)

Pour couper court à toute tentative de récupération idéologique de la solennité que nous célébrons en ce(s) jour(s) le(s) plus saint(s) de notre calendrier liturgique, pour porter fermement la contradiction à ceux-là qui pensent que notre foi chrétienne serait une reprise de la religion égyptienne ancienne[1], nous avons choisi de nous arrêter sur la notion de réincarnation afin de mieux expliciter celle de la résurrection qui est au cœur de notre foi chrétienne comme l’affirme l’apôtre Paul[2]. Notre méditation pascale voudrait donc montrer la différence intrinsèque entre résurrection et réincarnation.

En effet, avec tout le Nouveau Testament en général et avec l’apôtre Paul en particulier, nous osons affirmer que la réincarnation n’est pas et ne peut être une doctrine chrétienne[3]. De ce fait, dire et affirmer le contraire comme le font certains critiques du christianisme en se fondant de surcroit sur le Nouveau Testament, est une grave imposture spirituelle que nous voudrions démasquer.

Mais pourquoi donc la doctrine de la réincarnation est foncièrement et fondamentalement hétérodoxe ? La doctrine de la réincarnation[4] soutient que le corps de l’homme est « éternel ». C’est d’ailleurs ce semblant d’éternité qu’on perçoit à travers les momies minutieusement conservées dans les nécropoles que sont les pyramides de Gizeh[5], cité de mort.

Mieux, la réincarnation nie radicalement la vérité que nous avons proclamé au début du carême. Selon cette doctrine l’homme n’est pas poussière et ne retourne pas à la poussière du moins immédiatement après sa mort. Doctrine opposée au processus naturel de retour de l’homme à la poussière, elle pousse l’homme à recourir à l’embaumement ou à la momification pour conserver son corps qui comme tout autre élément de la nature est destiné à la destruction.

Et c’est là où le rappel de l’auteur sacré en Marc 16. 1, vient à point nommé. Avant que les femmes ne viennent pour les rites d’embaumement du corps de Jésus, ce dernier était déjà ressuscité. C’est ici, que nous nous appuyons pour soutenir l’impossibilité de toucher au corps de l’homme après sa mort[6]. Même mort, le corps de l’homme (je ne dirais pas le cadavre) doit être entouré du respect qui sied à sa dignité intrinsèque. Ce corps que nous traitons avec respect[7] ne peut et ne doit être violenté comme c’est le cas surtout dans les pratiques de momification du corps[8].

La dignité intrinsèque du corps de l’homme même mort ne nous permet pas d’adhérer à des thèses selon lesquelles, l’homme peut revenir à la vie sous une autre nature ou identité qui n’était pas les siennes. On dit même qu’il peut migrer vers d’autres cieux et embrasser une nouvelle race qui non plus, n’était pas la sienne dans son ancienne vie.

Par ailleurs, l’hétérodoxité de la doctrine de la réincarnation est telle qu’elle ruine notre foi en l’incarnation. En effet, dans le mystère de l’incarnation nous affirmons que le Verbe s’est fait chair. Le Verbe s’est fait corps. Un corps semblable au nôtre. Et la théologie du corps qui en découle, et sur laquelle nous voudrions insister soutient que le corps, notre corps n’est pas uniquement une « enveloppe charnelle »[9] que l’âme rejetterai systématiquement après s’être séparé de lui (à la mort). La séparation du corps et de l’âme à la mort ne signifie pas que cette dernière est définitive. Cette séparation est en vue de retrouvailles glorieuses au ciel. La mort n’est donc pas synonyme de divorce et de rejet systématique de l’âme vis-à-vis du corps.

C’est pourquoi nous osons affirmer que le tombeau (pyramide) n’est pas la dernière demeure de l’homme. Nous soutenons à la suite de Paul que notre corps est destiné à la gloire[10], à la transfiguration à l’image du Christ[11]. Notre corps, après la mort doit « resplendir comme le soleil »[12]au ciel.

Et ce corps même retourné à la poussière, même totalement désagrégé, est le même que nous retrouverons dans la gloire. Ce corps, notre corps qui ne ressemble pas à un autre, restera et demeurera le nôtre. Il est impossible qu’il soit substitué ou remplacé par un autre « corps » qui ne nous ressemble pas. Notre corps en soi, pose une dissemblance profonde avec l’autre. Le faire migrer vers une autre entité (humaine, animale ou végétale) c’est lui subtiliser son identité propre. Faire migrer l’homme après sa mort vers une de ces trois entités que nous avons signalé plus haut, c’est lui refuser le fait que toute créature est singulière en son corps et en son âme.

En effet, Jésus ressuscité s’est présenté à Marie Madeleine puis à ses disciples avec son propre corps que les derniers nommés ont pu toucher pour constater que ce n’était pas ni un fantôme ni un revenant ni une ombre qui passait[13]. Cette thèse du recouvrement de notre propre corps après la mort était déjà défendable dans l’Ancien Testament[14]. Le Nouveau Testament le confirme et l’affirme avec toute la splendeur de la vérité qui sied, par et à travers la glorieuse résurrection de notre Seigneur et sauveur Jésus Christ.

Avec Michel Deneken, nous pouvons dire que la proclamation de la résurrection est ce qui singularise la foi chrétienne[15]. Car, tout comme à l’incarnation, l’annonce de la résurrection est aussi le fait de l’ange. Et Adolphe Gésché souligne que cette annonce faite par l’ange dans le contexte de l’écriture tient lieu de « révélation »[16]. Ici, la preuve de la résurrection n’est pas le tombeau vide contrairement aux Pyramides remplies de morts. L’exégèse actuelle le montre bien. Mais c’est bien dans ce contexte du tombeau vide qu’a eu lieu pour la première fois l’annonce de la résurrection par l’ange lui-même. Il est donc important de percevoir le fait que l’annonce de la résurrection n’est pas le fait d’un homme ou d’une femme[17].

Et dans le continum de la révélation, toutes les apparitions obéissent à la même logique de Dieu qui se révèle : c’est lui donc qui apparait ! C’est lui qui se laisse voir. Des femmes au tombeau jusqu’à la dernière apparition, il y a cette logique du Christ qui se révèle. Les femmes ont beau crier et se tordre dans tous les sens mais leur recherche est restée vaine[18]. Leur investigation n’a pas débouché sur le résultat escompté. Même à la résurrection, on retrouve la même logique de Dieu qui vient à l’homme.

En lien avec cette compréhension de la révélation chrétienne qui surgit même dans notre compréhension du mystère de Pâques, on peut dire que ressusciter n’est pas re-vivre, ressusciter est plutôt l’affirmation de la transfiguration de l’homme dont le destin divin est réaffirmé comme ce fut le cas à l’incarnation. Ressusciter qui n’équivaut pas à « revivre » est le lieu de notre glorification.

Glorieuses fêtes de Pâques

Frère Pierre-Marie Niang, o.p.

[1] C’est à l’intérieur de cette religion que sont logés la plupart des cultures africaines qui revendiquent de plus en plus le devoir d’exister. Et pour les partisans du retour à la tradition africaine, le devoir de mémoire passe par une critique violente et virulente du christianisme. C’est surtout à ces panafricanistes d’un autre genre que nous voudrions répondre en essayant d’amortir leur critique salace de la foi chrétienne en contexte africain regardée comme source d’aliénation.

[2] 1 Co 15, 14

[3] 1 Co 15 que nous pourrions intituler l’hymne à la résurrection est ce que l’apôtre des Nations a prêché et rien d’autre. Même dans la tradition des Pères de l’Église, on ne trouve aucune trace de la profession de foi en la réincarnation. « Dans les milieux chrétiens des premiers siècles, la doctrine de la réincarnation, qui n’a aucun appui dans les Écritures, n’a été soutenue par personne. Ceux qui ont tenté de la professer comme Origène au VIe siècle se sont vu rappelé à l’ordre par le concile de 542 à Constantinople ». Cf. Paul Poupard, dir., Dictionnaire des religions, Paris, PUF, 1984, p. 1418.

[4] La réincarnation est la croyance selon laquelle l’âme, ou l’élément psychique, ou le corps subtil se dote lui-même, à chacune des existences successives, d’un corps différent et se trouve ainsi « réincarné ». selon cette croyance, il y aurait donc une succession de naissances et de morts proses en compte par le même individu. La réincarnation est le fait de passer d’un corps à un autre (métensomatose). Elle peut même prendre le sens que nous connaissons bien de « nouvelle naissance » (palingénésie). Cf. Paul Poupard, dir., Dictionnaire des religions, Paris, PUF, 1984, p. 1418.

[5] Il est intéressant de voir comment les pyramides sont remplies de morts. De notre point de vue, les Pyramides au-delà de leur signification historique ne sont rien d’autres que des lieux de mort. Ils sont aussi un symbole de mort spirituelle parce que logo de beaucoup de cercles ésotériques canaux d’idéologie mortifère.

[6] Il nous semble qu’ici, nous pouvons trouver un point de rupture nette du christianisme avec la religion égyptienne. En effet, les chrétiens n’ont jamais pratiqué la momification. Ils n’ont jamais adopté les rites funéraires propres à l’Egypte ancienne. Ils n’ont jamais non plus pratiqué l’embaumement des corps de leur défunt.

[7] C’est le mot qu’emploi le prêtre dans le rite du dernier adieu. Ce respect se dit dans la bénédiction du corps et son encensement.

[8] C’est le lieu aussi de réfléchir sur les pratiques culturelles supplémentaires accomplies sur nos défunts. L’évangile prouve à merveille que le lavage mortuaire suffit à elle seule pour accompagner le défunt dans sa dernière demeure.

[9] Cette affirmation rejoint aussi bien les positions platoniciennes que néo-platonicienne qui elles aussi soutiennent que le corps serait seulement le tombeau de l’âme. Cf. Paul Poupard, dir., Dictionnaire des religions, Paris, PUF, 1984, p. 1418.

[10] Ph 3, 21. C’est ici le sommet de notre processus de christologisation entamé depuis notre baptême.

[11] Cf. Jean Damascène, Homélie sur la transfiguration, 2, 3, 13, 17-18. Cyrille d’Alexandrie, Homélie sur la transfiguration, 9.

[12] Mt 13, 43 ; Rm 8, 18 ; Col 3, 3-4.

[13] Lc 24, 39 svt

[14] Voir le livre du prophète Ezéchiel les chapitres 40 à 50. Pour le Nouveau Testament, voir Jn 5, 21.

[15] Michel Deneken, La foi pascale, Paris, Cerf, 2002, p. 10.

[16] Adolphe Gesché, Le Christ, Paris, Cerf, 2001, p. 133.

[17] Ex 32, 25. Voir Schenke, le tombeau vide et l’annonce de la résurrection Mc 16, 1-8.

[18] Jn 20, 11-18.

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