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15 janvier 2021
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Oui, Jésus est né vers …Et après ? (Par Frère Pierre-Marie Niang)

A l’approche de la solennité de Noël, on voit ressurgir les mêmes interrogations sur la véracité du jour et de l’année de naissance de Jésus. On va même jusqu’à remettre en cause le caractère chrétien de Noël en l’assimilant à une fête païenne pour les raisons que nous allons élucider.

Il est clair que Noël, aussi merveilleux, extraordinaire et surréaliste qu’il puisse paraître n’est pas un mythe1. Il n’est pas non plus un conte de fée pour enfant. Il est loin d’être une fable comme celle de La Fontaine ou comme celle dont regorge nos traditions africaines. Noël ne relève pas d’un imaginaire aussi fécond qu’il soit. Noël ne relève pas de l’obsession pour expliquer les origines ou l’essence du christianisme. Enfin, Noël n’est pas uniquement le souvenir et l’évocation de tradition culturelle propre à des aires géographiques qui savent exactement à quoi il rime. On ne saurait donc commencer un discours sur Noël en disant, « léboon » ! ( Il était une fois…).

Noël n’est donc ni un conte de fée pour enfant ni une légende. puisque son historicité est prouvée et même éprouvée. D’ailleurs, c’est ce à quoi sert l’évocation des personnages politiques de la Rome antique dont font cas Luc et Mathieu dans leurs récits biographiques respectifs appelés : les récits de l’enfance2. C’est de là que nous pouvons repérer, surtout dans le Prologue de l’évangile de Mathieu, l’ascendance royale de Jésus issu de la lignée et de la descendance de David selon la prophétie d’Isaïe3.

Les empereurs Auguste, Quirinius4, Hérode le grand5 et même Ponce Pilate sont des personnages politiques qui ont bel et bien existé6. Et effectivement, les travaux extra-bibliques7 peuvent mêmes nous permettre d’appuyer ce que l’évangéliste Luc et Mathieu8 signalent dans leur narration qui a aussi valeur d’histoire et de géographie et donc de science, de scientificité.

En effet, Jésus né « dans une province lointaine de l’Empire romain, dans un milieu rural pauvre de la Haute Galilée » appelé Bethleem9. Seulement si l’historicité, la « géographicité » et la localité de la naissance de Jésus sont prouvées, nous ne savons pas de façon exacte, la date et l’année de naissance de Jésus10. Avec Jésus, on est un peu comme dans la situation de nos parents ou grands-parents pour qui la date de naissance est né vers …

Néanmoins, tout comme nos parents ou grands-parents, et tout comme pour Jésus, la non connaissance du jour et de l’année de naissance de Jésus, ne saurait être un problème, comme voudraient nous le faire croire certains critiques de la fête de Noël.

En effet, il se trouve que nous possédons des preuves bibliques tangibles comme la généalogie de Jésus en Mathieu et en Luc qui montrent que Jésus est très réellement né de la Vierge Marie par l’opération du Saint Esprit11.

Dès lors, si pour nos parents du XIXe voire du XXe siècle, on a pu marquer né vers…, imaginez alors plus de 2000 ans auparavant comment c’était encore plus périlleux, plus difficile de faire établir un acte d’état civil pour Jésus. Mieux, qu’il y ait erreur sur la datation exacte de l’année chrétienne comme le soulignait Benoit XVI12 n’impacte en rien l’importance du mystère que nous célébrons en ces jours.

Mais alors pourquoi le 25 décembre ? C’est là où l’importance de la tradition évangélique a tout son sens. Nous parlons de tradition évangélique parce qu’en réalité les Pères de l’Église qui l’incarnent sont des grands commentateurs de l’Évangile en particulier. C’est donc la tradition qui note la véracité, l’historicité, la « géographicité » et la localité de la naissance de Jésus dans l’Évangile et les sources extra-évangéliques qui nous font fêter Noël. En effet, c’est au IVème siècle plus précisément en 354 qu’est officialisée la fête de Noël par le pape Libère, souverain pontif entre 352-366. Ce dernier, en instaurant la fête de Noël voulait très certainement christianiser la fête païenne du « Sol invictus »13. Cela ne signifie pas qu’on épouse l’esprit païen pour lequel la solennité de Noël a été mise à cette date. Bien au contraire.

Il est donc clair que Noël, au-delà de tout ce que nous venons de voir, évoque un mystère, celui de l’Incarnation. Il est le mystère plus ou moins accessible à l’intelligence de l’homme qui constate l’irruption de Dieu dans son histoire.

Peut-être que c’est bien là, que le mystère de Noël dérange et nous dérange dans notre approche de Dieu et de son intelligibilité. En effet, comment comprendre que Dieu dans sa toute-puissance, dans sa sublime grandeur, dans son absolue transcendance, dans sa majesté inouïe, dans l’immensité de sa gloire, lui qu’aucun qualificatif ne suffit à qualifier parce qu’inqualifiable ? Comment se fait-il alors que Dieu vient à nous ?

Comment se fait-il donc que Lui qu’on n’a jamais vu et qu’on ne peut voir sans mourir, comment se fait-il que ce Dieu désormais, se laisse appréhender au moyen d’un vocabulaire profondément humain ? Comment Dieu peut-il se faire si petit, si faible, si vulnérable, si pauvre ? Comment peut-il s’abaisser à ce point ?

Il me semble que c’est là véritablement que Noël dérange. Car finie désormais, l’image d’un Dieu, d’un Messie triomphant et triomphateur. Finie, l’image d’un Dieu qu’on nomme grand. Il n’a rien de ce que certains nomment et prénomment l’Éternel des Armées.

Noël trace et retrace alors les contours d’une nouvelle relation de l’Homme avec Dieu. L’homme ne le recherche plus en dehors de lui, puisque Dieu lui-même s’annonce. L’homme n’est plus relié à Lui. Il n’est plus l’esclave de Dieu. Mais Il est bien avec nous, l’Emmanuel. Il est parmi nous. Il est pour nous en ce qu’il nous sauve, lui Jésus. Mieux, il vit en nous du moment où il s’identifie à chacun de nous.

Alors, ce type de relation, on ne la nomme pas religion. Elle n’est pas une doctrine. Ce n’est même pas le christianisme ! Oui le message de Noël est clair : il ne faut plus avoir peur de Dieu. Il faut bannir la crainte dans notre relation avec Dieu. Voilà la folie de Noël. Voilà le scandale de Noël. Normal alors que Noël en scandalise plus d’uns. Et c’est exactement la réaction de ceux-là qui se croit investis de la mission de « moraliser » même Dieu. Les hommes n’en parlons pas. Au fond, ces défenseurs de la religion et d’une certaine « image » de Dieu, sont bien ceux-là qui fustigent la célébration de Noël.

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ».

Frère NIANG, o.p.

1 Voir les thèses de Bruno Bauer, Arthur Drews ou Salomon Reinach (XIXème siècle) ou Paul-Louis Couchoud (XXème siècle) ou encore Michel Onfrey, pour lequel Jésus a existé au même titre qu’Ulysse ou Zarathoutra.

2 Du fait de leurs contextes socio-religieux respectifs, les deux portraits se distinguent par des perspectives différentes sur l’enfant. Mathieu est dans une perspective judéo-chrétienne tandis que Luc est dans une perspective pagano-chrétienne.

3 Is 11, 1 svt. C’est d’ailleurs, la notion de « surgeon » en hébreu « netzer » qui donnera le nom du village de Jésus : Nazareth.

4 Il était le gouverneur de Syrie à cette époque.

5 Jean-Christian Petitfils nous renseigne que Hérode serait mort entre l’an 4 ou 2 avant notre ère. C’est ce qui nous donne la certitude d’affirmer que Jésus ne serait pas très exactement né en l’An 1 de notre ère comme cela a toujours été avancé. Ce mauvais calcul proviendrait de l’erreur d’un moine du VIème siècle appelé Denys le Petit. Jésus est donc forcément né sous le règne d’Hérode le Grand qui a duré de 37 à 4 avant notre ère.

6 La référence à ces autorités de l’Empire romain voudrait signaler que Rome occupe ces territoires juifs depuis l’an 63 avant notre ère. C’est une dynastie iduméenne des Hérodiens qui gouvernent ces territoires. Mt 2, 16 qui traite justement de l’épisode du massacre des petits enfants de Bethleem a lieu sous le principat d’Hérode le Grand.

7 Le plus célèbres parmi les auteurs extra-blibliques est certainement Flavius Joseph, un juif romanisé, né en 37, qui nous dit ceci : « A cette époque, vivait un sage qui s’appelait Jésus. Sa conduite était juste et on le connaissait pour être vertueux. Et un grand nombre de gens parmi les Juifs et les autres nations devinrent ses disciples. Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. Mais ceux qui étaient devenus ses disciples continuèrent de l’être. Ils disaient qu’il leur était apparu trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant ».

8 Lc 1,5 ; 2, 1-2. Jésus est né sous Hérode le Grand.

9 Selon Jean-Christian Petitfils, saint Justin de Naplouse, vers l’an 160 est le premier à parler d’une grotte vénérée proche du village de Bethléem. L’archéologie a confirmé très exactement ces données.

10 Voir Benoit XVI, Jésus de Nazareth, III, L’enfance de Jésus, 2012. Voir aussi Gundrun Nassauer qui soutient que nous n’avons jamais à notre disposition toutes les sources sur un événement à décrire. C’est ainsi qu’on fait naître Jésus l’an 6 ou 5 de notre ère. Voir enfini Jean-Christian Petitfils, Jésus, Paris, Fayard, 2011.

11 Gudrun Nassauer signale que le récit de la naissance de Jésus que nous offre Luc « contraste avec les récits gréco-romains de la conception des fils divins par des femmes humaines (…) Par des oppositions habiles avec ces motifs (la naissance d’un enfant dans les légendes gréco-romaines voire même égyptienne), Luc montre à ses lecteurs qui est Jésus, le fils de Dieu ». Elle note enfin cette attitude moderne qui se dit dans l’historicisme qui consiste à ne pas prendre au sérieux les sources anciennes qu’on n’interprète pas selon les critères qui ont présidé à leur composition.

12 Benoit XVI, Joseph Ratzinger, Jésus de Nazareth, Edition française sous la direction de Mgr François Duthel. Dans ce texte le pape cite l’un des plus grands exégète de langue allemande, Rudolf Schnackenburg qui affirme ceci : « les efforts entrepris par l’exégèse scientifique […] pour passer les traditions au crible de la crédibilité nous entraîneront dans un débat permanent sur les traditions et l’étude historique de la rédaction, un débat qui ne s’arrêtera jamais » ou « La base historique est un préalable, mais la perspective de la foi qui est celle des Evangiles amène constamment à la dépasser ».

13 Le « Sol invictus » est la fête du « Solstice d’hiver ».

1 commentaire

KOUACOU KOUADIO Ernest 26 décembre 2020 at 10 h 25 min

On passe toutes ces années au séminaire et dans les maison de formation pour apprendre à raconter des fables et faire des récits mythologiques au monde. Merci cher Père pour la profondeur de la réflexion.

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