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Sénégal
22 avril 2021
FidesPost
ACTUALITE CONTRIBUTION Nationale

Nouvelle génération de jeunes chrétiens et engagement politique

Parler du chrétien et de la politique, c’est comme aborder le sujet tout autant délicat de la relation du chrétien avec l’argent. Car, on a longtemps fait croire aux chrétiens qu’être riche ou avoir la prétention d’être riche est un péché. Je ne sais pas du reste où et comment sont nées ces « vérités » que , les chrétiens de génération en génération.

Il serait peut-être temps de casser cet imaginaire qui d’ailleurs n’a aucun fondement biblique. C’est juste des incertitudes qu’on a du colporter sans les confronter à la réalité de l’évangile qui ne condamne pas la richesse. Mais condamne le riche avare qui n’aime pas partager[1].

On pourrait certainement en dire beaucoup sur le rapport du chrétien à la richesse, mais là n’est pas l’objet de notre propos. Venons-en à donc à notre sujet.

S’il nous était donné de rechercher les grandes figures de chrétiens engagés en politique dans notre pays, on en trouverait malheureusement pas beaucoup. On pourrait même les compter sur le bout des doigts.

C’est pourquoi, tout comme la rupture souhaitée dans notre rapport à la richesse qui doit impliquer un esprit de partage et de solidarité, cette même rupture doit advenir très rapidement dans notre relation à la politique.

La nouvelle génération de jeunes chrétiens qui s’intéresse à la politique se doit de bien lire et de bien comprendre la manière dont leurs ainés ont fait la politique. Autrement, elle risquerait de commettre les mêmes erreurs et de tomber dans les mêmes travers d’un engagement politique qui n’aurait pas un ancrage évangélique[2].

De ce fait, la jeunesse chrétienne se doit de débusquer les pièges du chantage qui consiste à les détourner de leur foi. Elle doit refuser catégoriquement de diluer sa foi ou de l’échanger[3]. Elle doit refuser de se compromettre avec les groupes ésotériques ou avec des groupes dont l’agenda caché est de « délaïciser » le Sénégal.

S’engager en politique ne devrait plus impliquer de changer d’identité. Et cette perte d’identité n’est autre que le fait d’apostasier. Nous avons tous à l’esprit des politiques chrétiens qui ont fini par abandonner la foi de leur baptême.

C’est pourquoi, l’un des principaux combats sinon le principal combat à mener en s’engageant en politique, c’est de se promettre de combattre le bon combat et de garder la foi[4]. Evidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire. Garder la foi, c’est, en définitive, s’afficher comme tel afin qu’il ne vienne à l’esprit de personne de nous proposer sa « marchandise ».

Ayant donc cette foi en bandoulière, l’on se doit d’être présent là où se prennent les grandes décisions.

En effet, trop souvent on nous a reproché de ne pas être là où se prennent les décisions qui engagent notre avenir. Trop souvent, nous brillons par notre absence dans les grands centres de décision. C’est peut-être là, ce qui doit le plus motiver le jeune chrétien qui s’engage en politique : combler ce vide de la surbrillance de l’absence des chrétiens dans les lieux où se joue notre avenir. Ce sera la meilleure manière d’arrêter de subir et d’être mis devant le fait accompli. Pour exemple, c’est parce qu’il n’y avait pas de chrétiens dans les lieux de délibération que des maires et politiciens véreux ont détourné, à leur profit, des terrains destinés à des lieux de cultes chrétiens. A la place d’une église, ces lieux sont devenus aujourd’hui des centres religieux non chrétiens ou la propriété de ceux qui ont fait main basse sur ces lieux. Je laisse le soin à ceux qui connaissent ce dossier de nous donner des exemples.

C’est parce que les chrétiens sont absents dans les lieux de décisions que ces politiciens ont osé nous voler ce qui nous revenait de droit. C’est à cause de cette même démission, que ces mêmes politiciens ont essayé d’exproprier les biens de l’Eglise : nous pensons ici au litige foncier de l’église de Mbao qui a poussé même le cardinal Sarr à marcher un vendredi saint ! C’est dans cette même perspective que les Filles du saint Cœur de Marie qui sont à Karack ont été inquiétées toujours par ceux-là qui pensent que notre absence de la politique doit nous valoir de porter tous les péchés du Sénégal.

Pour remédier donc à tous cela, il est temps de s’engager autrement comme jeune chrétien. Il est temps de s’engager afin que de pareilles injustices ne se répètent plus. Il est favorable de s’engager pour qu’on nous considère enfin comme des citoyens à part entière et non des citoyens entièrement à part.

Il est temps de s’engager afin de rappeler à qui veut l’entendre, que comme chrétiens, nous sommes chez nous et que nous n’avons pas besoin d’être « tolérés ». Le fait d’être chrétiens ne fait pas de nous des étrangers.

Qu’on ne nous dise pas alors que « réw mi, deukou djoulit là ». Qu’on ne nous dise pas que le Sénégal a pour « grand père » tel marabout.

Le seul Sénégal que nous connaissons, c’est celui que nous avons connu jusque-là : un Sénégal multi-culturel et multi-religieux. Autrement dit un Sénégal marqué par sa diversité culturelle et religieuse. Pour ce Sénégal là seulement, jeune chrétien, engageons-nous !

Frère Pierre-Marie Niang, op.

[1] Vous remarquerez bien, qu’il y a dans l’évangile des exemples de pauvres généreux.

[2] Il faut rappeler que cet enracinement évangélique de l’engagement politique doit s’accompagner de la connaissance et de la pratique effective de la Doctrine Social de l’Eglise (DSE). Ce qui signifie que l’engagement politique doit être précédé d’une formation doctrinale solide. Maintenant la question est de savoir où se former ?

[3] Hébreux 11, 26 ; Rm 8, 35.

[4] 2 Tm 4, 7.

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