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Sénégal
26 novembre 2022
ACTUALITE Nationale

Métiers de la Santé (I) : la femme plus disposée que l’homme, selon Léonie Sarr (théologienne)

Dans son intervention à l’occasion de la conférence de Ramadan organisée par l’Association des Femmes Médecins du Sénégal, le 8 mai 2021, Léonie Sarr, théologienne, a soutenu que la femme est plus disposée que l’homme à exercer les métier de la santé. Fidespost vous propose l’intégralité de sa communication organisée en trois parties: la grâce d’être femme, la grâce d’être médecin et la grâce d’être une femme médecin. Voici la première partie de son exposé sur la grâce d’être femme.

Goor baxna, jiguén baxna, dit-on généralement en wolof, pour attester de la valeur de l’homme comme de la femme. Aujourd’hui, un peu partout dans le monde, la féminisation des métiers de la santé est un processus qui va se développant, et heureusement ! Il faut vraiment s’en réjouir car la femme, du seul fait de sa féminité, peut et doit apporter une contribution spécifique, et même irremplaçable, dans la médecine et tous les autres métiers de la santé.

Puisque des arguments religieux sont souvent invoqués pour minimiser l’importance de l’apport de son emploi rémunéré, je voudrai m’appuyer sur des textes bibliques, en particulier le livre de la Genèse, pour déconstruire de tels préjugés, et même démontrer que la femme est plus disposée que l’homme à exercer les métiers de la santé.

Pour ce faire, mon propos sera articulé selon une démarche tripartite. D’abord, je voudrai dire comment la révélation biblique nous fait comprendre qu’être femme est une grâce. Ensuite, je dirai qu’être médecin est une grâce. Et enfin, qu’être femme médecin est une grâce.

LA GRÂCE D’ÊTRE FEMME

La Bible comporte, dans les premier et deuxième chapitres du livre de la Genèse, deux récits de création. Chacun de ces deux récits a une richesse propre pour comprendre la grâce d’être femme.

Le premier récit de la création montre l’être humain comme le sommet de l’œuvre de Dieu, la seule créature que Dieu a voulue à son image et à sa ressemblance (Gn 1, 26). En Gn 1, 27, il est dit : Et Dieu créa l’être humain à son image, à l’image de Dieu il le créa, mâle et femelle il les créa. L’homme et la femme participent donc pareillement de la nature humaine. La femme n’est pas un infra-être humain. Sa dignité, tout comme celle de l’homme, se fonde sur le fait qu’elle est créée à l’image de Dieu. Retenons que Dieu nous a tous créés à son image, mais Il laisse à chacun la responsabilité, de devenir de plus en plus un être à sa ressemblance, grâce à ses choix et actions personnelles. Dans ce sens, Basile de Césarée dira Nous possédons l’un [l’image] par la création, nous acquérons l’autre [la ressemblance] par la volonté[1].

En Gn 2, 18, Dieu, après avoir créé l’homme, constate : Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide (˓ezer : un secours) qui lui soit assortie (benege : placée en face de lui, un vis-à-vis, du verbe nāgād qui signifie communiquer, révéler, faire savoir, expliquer, annoncer). Et au lieu de passer directement à l’acte de création de ce secours pour l’homme, Dieu lui amène tous les animaux qu’Il avait créés, pour voir comment l’homme les nommerait. Ce faisant, l’homme exerçait sur tous les êtres son pouvoir cognitif, et  en même temps, il éprouvait lui-même un manque, car parmi tous les animaux, il ne trouva aucun pouvant lui servir d’aide, de secours [indispensable] et de vis-à-vis, aucun qui puisse le révéler à lui-même, qui soit capable de communiquer avec lui, afin de lui faire savoir qui il est.

Alors, Dieu, comme un anesthésiste, plongea l’homme dans un profond sommeil. Et comme un chirurgien, Dieu préleva de l’homme une côte, et en bâtit une femme, puis Il l’emmena à l’homme. Le terme hébreu traduit par côte est  ṣēlā˓. Ce terme a plusieurs sens. Il signifie :

  • Côte, mais aussi Côté, au sens de littoral. On comprend donc que la femme est la limite de l’homme de la même manière que le littoral est la limite de l’océan. S’adressant à la mer, Dieu lui dit dans le livre de Job (38, 11) : Ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots. Pareillement, pour canaliser le débordement impétueux d’un homme, il faut mettre à ses côtés une femme !!!
  • Planche, poutre, traverse, colonne (-du temple- cf. 1 R 7, 3). La femme serait donc la colonne qui aide l’homme à tenir debout et bien droit !!! On comprend alors toute la justesse du rapport publié le 23 octobre 2009  par les Évêques d’Afrique et de Madagascar, à l’issue de leur deuxième assemblée spéciale du synode des Évêques pour l’Afrique. En effet, au numéro 25 de ce document, les  Évêques africains, s’adressant aux femmes du Continent, leur disaient : Vous êtes la colonne vertébrale de notre Église locale. Le Pape émérite Benoit XVI reprendra cette affirmation au numéro  58 de l’exhortation apostolique post-synodale Africae Munus. C’est aussi véritablement parce que la femme est cette poutre, cette colonne prise à l’homme, que je me suis beaucoup réjouie de lire dans les termes de référence de ce panel, que la vision de l’AFEMS est d’amener les femmes médecins à constituer un pilier incontournable du système de santé au Sénégal… Toujours dans ces termes de référence, j’ai lu avec intérêt,  dans la partie « Contexte et justification du thème » : Au niveau des communautés et des familles, force est de constater [que les femmes] représentent aussi les piliers de la santé des individus.

Bien que l’homme fut plongé dans un profond sommeil au moment de la création de la femme, quand Dieu la lui amène, il dit le premier poème de toute l’histoire : Cette fois, celle-ci est une ossature (˓eṣem) de mon ossature et une chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée ʺfemmeʺ (ʾišâ) car de l’homme (ʾiš) elle a été prise. Notons bien que ce verset (Gn 2, 23) est le premier de toute la Bible où il est question de genres (féminin et masculin). Jusque-là, quand il s’agissait seulement de l’être humain, c’est le terme hāʾādām qui était utilisé ; terme qui renvoie à la matière de laquelle l’être humain a été façonné et à laquelle il retournera certainement : la glaise du sol, qui se dit en hébreux ʾādāmâ c’est-à-dire la terre. Avant donc de nommer l’homme au sens de masculin, mâle (ʾiš), la Bible nomme d’abord la femme (ʾišâ) !!!

Il est vrai que le troisième chapitre du livre de la Genèse désigne la femme comme celle qui se laissera séduire par le Serpent et qui prendra du fruit de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, en mangera et en donnera à son mari qui était avec elle (cf. Gn 3, 6b) ! Pourtant, après cette chute, qui a introduit la mort dans le monde, l’homme donnera à la femme un nom nouveau ; un nom qui ouvre une porte d’espérance, et qui annonce que ce n’est pas la mort, mais bien la vie qui aura le dernier mot. En effet, L’homme appela sa femme Ève, parce qu’elle fut la mère de tous les vivants (Gn 3, 20). Le prénom Ève se dit en hébreux ḥawwâ. C’est une forme du verbe  hāyâ qui veut dire « vivre ». Le prénom ḥawwâ signifie aussi campement ! En effet, l’ontogenèse de tout être humain le fait d’abord habiter dans le sein maternel. La femme est donc le campement de chaque être humain.

Finalement, toute cette méditation du livre des commencements, (Genèse), nous autorise à dire qu’être une femme  n’est pas une fatalité ; être femme n’est pas une malédiction ; être femme n’est pas non plus un handicap. Être une femme c’est une grâce ! La grâce d’être une créature voulue par Dieu à son image et à sa ressemblance ; la grâce d’être pour l’homme un secours indispensable ; la grâce d’être pour l’homme une solide poutre qui le fait tenir droit, comme un tuteur le ferait pour une plante en croissance ; la grâce de lui offrir sa première demeure dans l’utérus maternel ; la grâce de coopérer avec l’homme et avec Dieu d’une manière spéciale pour le don de la vie ; si bien qu’Ève, mettant au monde son premier fils Caïn, s’écrira émerveillée : J’ai acquis un fils de par YHWH (Gn 4, 1).

[1] Basile de Césarée, Sur l’origine de l’homme, Homélie 1, Sources Chrétiennes, Cerf, Paris, 1970.

1 commentaire

Myriam Dia 21 mai 2021 at 10 h 35 min

Merci beaucoup Léonie pour cette réflexion👌🏾👍🏾
Et nous disons avec vous, il ne convient pas que l’homme traite mal la poutre qui le soutient, la tente qui l’abrite et le secours vital auquel « lui »est censé s’attacher. À partager sans modération pour une valorisation et l’arrêt de l’infantilisation des femmes ; il en va du devenir de ce monde 🙏🏾🙏🏾🙌🏾

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