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Sénégal
19 juin 2021
FidesPost
ACTUALITE CONTRIBUTION Nationale

Métiers de la Santé (3) : la grâce d’être une femme médecin (Par Léonie Sarr, théologienne)

Dans son intervention à l’occasion de la conférence de Ramadan organisée par l’Association des Femmes Médecins du Sénégal, le 8 mai 2021, Léonie Sarr, théologienne, a soutenu que la femme est plus disposé que l’homme à exercer les métier de la santé. Fidespost qui vous propose l’intégralité de sa communication, publie aujourd’hui la troisième et dernière partie de son exposé sur la grâce d’être une femme médecin.

Tout ce que nous avons dit de la femme dans la première et deuxième parties de ce travail, à savoir qu’elle est voulue par Dieu pour coopérer en tout avec l’homme comme un secours indispensable, un pilier qui fait tenir debout, un être destiné à donner la vie et non la mort (d’où le nom Ḥawwâ donné par l’homme à la femme après le péché) ; tout cela doit être tenu avec la mission du médecin, qui est appelé à participer au pouvoir de guérison, de consolation, de restauration même de Dieu !!!

Je voudrai, à partir d’une conviction personnelle forte, oser une affirmation : celle que la femme, comme l’homme, sinon plus que l’homme devrait embrasser les métiers de la santé, et y réussir, voire soutenir tout le système de santé au niveau familiale, communautaire, national et international, parce que la femme (et non l’homme), dans son anatomie, est dotée par la nature d’un utérus !!!

Vous me demanderez  qu’est-ce que cela a à voir ? Dans la représentation que l’homme sémite (Juif comme Arabe) se fait de l’humain, le siège des sentiments, particulièrement ceux les plus nobles n’est pas le cœur, mais plutôt les entrailles, et plus précisément l’utérus ! Ainsi, pour parler de miséricorde, l’Ancien Testament hébreu utilise le terme raḥamîm, qui est dérivé du substantif reḥem, qui veut dire utérus, sein maternel !

On comprend dès lors que pour parler du siège de la miséricorde de Dieu qui a pitié, qui fait grâce au lieu de punir, la Bible utilise le mot raḥamîm, comme en Osée 11, 1.4.7-9, où Dieu décide de pardonner à son peuple pécheur :

1 Oui, j’ai aimé Israël dès son enfance, et pour le faire sortir d’Egypte, j’ai appelé mon fils […]. 4 Je le guidais avec humanité, par des liens d’amour ; je le traitais comme un nourrisson qu’on soulève tout contre sa joue ; je me penchais vers lui pour le faire manger […]. 7 Mon peuple est malade de son infidélité ; ce n’est pas Baal qui les relèvera s’ils font appel à lui.  8 Comment pourrais-je t’abandonner, Éphraïm, ou te livrer, Israël ? Puis-je te traiter comme Adma ou faire de toi ce que j’ai fait de Séboyim ? Mes entrailles en moi sont bouleversés, je suis ému au plus profond de moi-même.  9 Non, je ne laisserai pas déborder ma colère, je ne détruirai pas de nouveau Éphraïm, car je suis Dieu et non pas homme ; au milieu de toi je suis le Saint et je ne viendrai pas pour détruire.

La femme médecin serait donc plus disposée que l’homme médecin à une prise en charge holistique de son patient, pour l’accueillir, l’écouter, lui dispenser des soins de qualité, lui rendre confiance en la vie, et susciter chez lui l’espoir de guérir ; cela, juste parce que la nature l’appelle à aimer d’un « amour viscéral », fait de tendresse et de compassion ! Juste, parce que Dieu a décidé que c’est la femme le réceptacle et le sanctuaire de la vie, le campement de tout homme au commencement de son existence !

C’est pour cela que la femme, et toute femme, et particulièrement la femme médecin croyante doit transmettre la vie et non la mort ; elle doit militer pour la vie et non pour la mort ; elle doit aimer son travail et aimer au travers de son travail.

Quand en Matthieu 25, 31-40, le Seigneur Jésus nous parle du jugement dernier, il nous dit que le critère fondamental sur lequel chacun de nous sera jugé et admis ou non au paradis, c’est la pratique des œuvres de miséricorde corporelle, plus que les actes de dévotion religieuse :

31 “Lorsque le Fils de l’Homme viendra dans sa gloire accompagné de tous les anges, il s’assiéra sur le trône de Gloire, le sien.  32 Toutes les nations seront amenées devant lui ; il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les chèvres.  33 À sa droite il rangera les brebis, et à sa gauche les chèvres. 34 Alors le Roi dira à ceux qui sont à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du Royaume qui est préparé pour vous depuis la création du monde.  35 Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez accueilli,  36 sans vêtement, et vous m’avez habillé. J’étais malade et vous m’avez visité, j’étais en prison et vous êtes venus vers moi.” 37 Alors les justes lui demanderont : “Quand donc, Seigneur, t’avons-nous vu affamé pour ainsi te nourrir ? Quand t’avons-nous vu assoiffé et t’avons-nous donné à boire ?  38 Quand t’avons-nous vu étranger et t’avons-nous accueilli, quand étais-tu sans vêtements et t’avons-nous vêtu,  39 quand t’avons-nous vu malade ou en prison et sommes-nous venus à toi ?” 40 Et le roi leur répondra : “En vérité je vous le dis, tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”

J’étais malade et vous m’avez visité (Mt 25, 36b). Cela veut dire que la femme médecin, en visitant quotidiennement ses malades pour leur faire du bien, même quand elle sait qu’elle ne peut plus les guérir, fait son travail, tout en travaillant à son salut éternel !

Selon Lamentations 4, 10, les mains de la femme sont faites pour la tendresse et la compassion. Pour le dire, c’est le terme rahamānî qui est utilisé ; celui-là même qui revient dans l’expression Bismillâh Ar-Raḥmân Ar-Raḥîm : Au nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux !!!

Quand les mains de la femme médecin soignent, elles reproduisent et prolongent l’action du Divin Médecin. Le Seigneur Jésus Christ qui, tout au long de son ministère public, manifestait la miséricorde de Dieu pour l’homme, en guérissant les aveugles, les boiteux, les paralysés, les sourds, les lépreux, les possédés… On sait qu’avant son ascension au ciel, Jésus a parlé à ses apôtres, leur confiant un mandat missionnaire pour prolonger sa mission jusqu’à la fin des temps. Il le fait en leur disant :

17 Voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : par mon Nom ils chasseront les démons et parleront des langues nouvelles.  18 Ils saisiront les serpents, et s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera aucun mal ; ils imposeront les mains aux malades et ils seront guéris.

Femmes médecins  musulmanes ou chrétiennes, laissez chaque jour résonner en vous l’exhortation de Saint Paul aux Colossiens (3, 12) : Revêtez-vous d’entrailles de miséricorde !

CONCLUSION

Le Ramadan est un temps favorable pour se laisser recréer par Dieu, afin de devenir vraiment ce pour quoi Il nous a faits. Or, Dieu a créé l’homme capable de se créer lui-même[1]. Le Ramadan, comme temps fort de prière, de partage et de pénitence-conversion, convoque les femmes médecins à se créer elle-même pour devenir de plus en plus femmes, de plus en plus médecins. Le Ramadan les provoque à devenir de plus en plus des Ḥawwâ, des êtres donnant la vie et non la mort, des piliers de l’organisation sanitaire.

Puisque l’AFEMS a choisi ce thème de la place spécifique de la femme dans les métiers de la santé pour sa conférence-ramadan 2021, je voudrai vous exhorter, en ce mois béni, à revenir à El-Raphaʾ, Dieu comme première cause et agent de la guérison, pour apprendre de lui la miséricorde.

Je voudrai terminer en vous redisant les paroles du défunt et saint Pape Jean-Paul II. Elles sont tirées du numéro 31 de Mulieris dignitatem, une lettre apostolique sur la dignité et la vocation de la femme, écrite à l’occasion de l’année mariale en 1998 :

Les présentes réflexions, désormais parvenues à leur terme, sont orientées vers la reconnaissance à l’intérieur du « don de Dieu », de ce que Lui, Créateur et  Rédempteur, confie à la femme, à chaque femme. Dans l’Esprit du Christ, en effet, elle peut découvrir tout le sens de sa féminité et ainsi se disposer au « don désintéressé d’elle-même » aux autres, et par là, « se trouver » elle-même.

Au nom de toutes les femmes intervenant dans les métiers de la santé, je voudrai rendre grâce à Dieu en paraphrasant, mais changeant une prière que les hommes juifs disent tous les matins[2] :

Loué sois-tu, Éternel, qui m’as faite femme.

Loué sois-tu, Éternel, qui m’as faite médecin.

Loué sois-tu, Éternel, qui m’as faite femme médecin.

Je vous remercie de votre très aimable attention.

 

BIBLIOGRAPHIE

DOCUMENTS SOURCES

La Bible des Peuples.

DUFOUR Xavier-Léon, Petit dictionnaire de la Bible.

FOUILLOUX Danielle et al. Dictionnaire culturel de la Bible, Cerf-Nathan, Paris, 1991, 302 pages.

DOCUMENTS MAGISTERIELS

Jean-Paul II, Lettre apostolique sur la dignité et la vocation de la femme, écrite à l’occasion de l’année mariale Mulieris dignitatem, Vatican, 1998.

OUVRAGES

CHOURAQUI André, La vie quotidienne des hommes de la Bible, Hachette littérature, Paris, 1978, 412 pages.

NODET Etienne, L’odyssée de la Bible. Etudes et thèmes, Cerf, Paris, 2014, 977 pages.

TOLEDANO Ariel (Médecin vasculaire), Médecine et Bible. Portraits inédits de personnages bibliques, In Press, 2017, 175 pages.

VARILLON François, Joie de vivre, joie de croire, Centurion, Paris, 1981, 299 pages.

ARTICLES

GUEULLETTE Jean-Marie, « Le pouvoir de guérir. Une manière de dépasser l’opposition entre pouvoir médical et autonomie du patient ? », in Cahiers philosophiques, 2011/2 (n° 125), pp. 80-88.

HUMBERT Paul, « Maladie et Médecine dans l’Ancien Testament », in Revue d’histoire et de philosophie religieuses, 44e année n°1,1964. pp. 1-29.

[1] François Varillon, Joie de croire, joie de vivre, Centurion, Paris, 1981, p. 46.

[2] Cette prière matinale dit : Loué sois-tu, Éternel, qui ne m’as pas fait non-Juif (gôy).  Loué sois-tu, Éternel, qui ne m’as pas fait esclave (˓eved). Loué sois-tu, Éternel, qui ne m’as pas fait femme (ʾisâ).

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