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28 septembre 2020
FidesPost
ACTUALITE VIE CHRETIENNE

L’esprit de la fête de l’Assomption, leçon pour notre vie de foi

Chaque année, au 15 août, Catholiques et Orthodoxes célèbrent la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, ou fête de la Dormition. Beaucoup de fidèles chrétiens auraient souhaité avoir un éclairage sur l’origine et le sens de cette fête, puisque les évangiles n’en font pas cas. Dans cette chronique, nous tenterons quelques éléments de réponse, sans pour autant nous étendre sur les points de divergence qui opposent les confessions chrétiennes sur le sujet. Nous nous adosserons simplement à la vision de l’Eglise catholique, tout en puisant à la source d’un récit apocryphe qui semble avoir nourri, au moins en partie, la doctrine sur l’Assomption de la Vierge Marie.

  1. Distinction entre « Ascension » et « Assomption »

La première chose à saisir, c’est que l’Assomption célèbre le mystère du passage de la Mère de Dieu de la vie terrestre à la vie céleste. Cependant son mode de passage n’est pas identique à celui de Jésus montant au Ciel. Dans l’Ascension, c’est le Christ Ressuscité, Vivant qui s’est de lui-même élevé et est monté vers son Père. Tandis que dans l’Assomption, la sainte Vierge ne s’est pas élevée d’elle-même vers le ciel ; elle a été assumée par son Fils, d’abord en son âme, ensuite en son corps transporté de la terre au Paradis. C’est un privilège exceptionnel accordé par le Christ à sa sainte Mère, pour qu’elle « partage son triomphe et règne pour toujours avec Lui »1, par anticipation de la résurrection finale promise à tout fidèle disciple du Ressuscité. Elevée au ciel, Marie est « exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort » (LG, 59).

D’aucuns pourraient objecter : D’où tenez-vous ces informations puisque l’Ecriture n’en dit rien ? L’Ecriture elle-même suggère cette vérité de foi, et la Tradition l’a véhiculée.

  1. Origine de la fête de l’Assomption

Il est vrai que sur le plan historique, la fin de la vie terrestre de la Mère de Jésus – comme d’ailleurs sa naissance – n’est évoquée nulle part dans les écrits du Nouveau Testament. De plus, selon l’Abbé Paul, « l’Église n’a jamais recherché les restes de la Bienheureuse Vierge Marie et ne les a jamais proposés au culte du Peuple. La raison qui en découle, rejoint cette vérité de foi : Marie a été élevée au Ciel en corps et en âme. »2

Il est permis de penser que lorsque l’Eglise des premiers siècles s’est mis à fête l’anniversaire de la victoire des martyrs au jour de leur décès, leur naissance au ciel, les fidèles ont également éprouvé le désir de marquer d’une fête, le passage de la Mère du Sauveur de la terre vers le ciel. Les écrits dits apocryphes vont prendre en charge cette préoccupation légitime et combler le silence des récits néotestamentaires. Le Pseudo-Jean, notamment, décrit en détail les circonstances de la Dormition de la Sainte Mère de Dieu. Il nous semble intéressant de nous arrêter sur ce récit pour montrer l’origine lointaine de cette fête.

D’après ce texte apocryphe riche en symboles et enseignements, la mort de la Bienheureuse Vierge Marie se serait passée dans une ambiance de prière et de grande solennité, en présence de tous les Apôtres de son Fils. Alors qu’ils sont dispersés de par le monde pour l’annonce de l’Evangile, les voilà miraculeusement avertis chacun, par l’Esprit Saint, du départ imminent de la Mère de Jésus : « Le moment du départ de la mère de ton Seigneur est arrivé. Va à Bethléem pour la saluer. »3 Ils sont ensuite portés tour à tour par une nuée lumineuse et conduits jusqu’auprès de la sainte Vierge. Marie les invite à la prière et à l’action de grâce, puis demande à son Fils d’accomplir sa promesse de venir la chercher. Les Apôtres la réconfortent : « Notre Seigneur Jésus-Christ et notre Dieu viendra, et tu le verras comme il te l’a promis. (…) Ton corps saint et précieux ne connaîtra pas la corruption. » (P-J, n°10).

Dans cette ambiance de prière, le Christ descend en gloire avec une multitude d’anges, s’entretient avec sa sainte Mère et l’enveloppe de lumière ; Marie fait ses adieux aux apôtres, les bénit chacun, puis entre dans le sommeil de la mort en toute paix et sérénité, « tel un endormissement » – d’où le nom de Dormition donné plus tard à cette fête. Aussitôt son Fils reçoit « son âme sainte et irréprochable » et l’emporte avec Lui auprès du Père. Ensuite, les apôtres portèrent le corps et le déposèrent dans un tombeau neuf. L’auteur du récit précise :

« Et voici qu’un parfum délicat se dégagea du saint tombeau de notre Maîtresse, la Mère de Dieu. Et, pendant trois jours, on entendit des voix d’anges invisibles qui glorifiaient le Christ, notre Dieu, né d’elle. Et, le troisième jour achevé, on n’entendit plus les voix. Dès lors, nous sûmes tous que son corps irréprochable et précieux avait été transféré au paradis. » (P-J, n° 48).

Comment ne pas rapprocher ce récit de la fête que nous célébrons ce jour ? La Préface de la messe le dit : « Tu as préservé de la dégradation du tombeau le corps qui avait porté ton propre Fils et mis au monde l’auteur de la vie ».

S’il n’est pas l’expression de la foi des communautés chrétiennes primitives, cet écrit ancien a sans doute déteint sur leur croyance en la Dormition ou Assomption de la Vierge Marie.

Ce mystère a longtemps accompagné la vie de l’Eglise, mais il faudra attendre le Ve-VIe siècle pour qu’il soit célébré officiellement comme une fête liturgique fixée au 15 août. Beaucoup de Père et de Docteurs de l’Eglise soutiendront sa portée théologique et spirituelle.

Plus tard encore, après une large enquête sur l’opportunité d’en faire un dogme de foi, et après avoir reçu le consentement quasi unanime de l’épiscopat, le pape Pie XII franchit une nouvelle étape en proclamant solennellement, le 1er novembre 1950 : «Nous affirmons, nous déclarons et nous définissons comme un dogme divinement révélé, que l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste »4.

Ainsi, avant d’être défini comme vérité de foi, la croyance en l’Assomption de la Vierge Marie était déjà une donnée de foi reconnue des fidèles chrétiens ; le Concile Vatican II ne manquera pas de le rappeler dans sa constitution dogmatique sur l’Eglise.

  1. L’esprit de la fête de l’Assomption

« La vie est marquée par ses débuts », disait le Pape Paul VI ; celle de la Vierge Marie encore davantage. Objet d’un privilège divin exceptionnel, Marie est « Comblée de grâce » (Lc 1, 28) ; Vierge très pure dans sa maternité divine, elle est la femme « bénie entre toutes les femmes » (Lc 1, 42). En raison de son obéissance inconditionnelle à la volonté du Père dont elle a su écouter, accueillir et garder fidèlement la parole dans son cœur, par son union « sponsale » à l’Esprit Saint qui l’a couverte de son ombre pour concevoir le Verbe de Dieu dans sa virginité, par le lien de sang et de foi qui l’attacha toute sa vie au divin Rédempteur de qui elle est la mère et la compagne généreuse dans sa mission de salut, Marie est devenue le signe lumineux et vivant de la sainteté de Dieu. Ce corps pouvait-il donc pas connaître la corruption, lot échu aux pécheurs !

L’on ne peut certes nier que Marie soit passée par la mort corporelle, puisque son Fils qui est Dieu y est lui-même passé ! Mais comme il ressort du récit précédemment cité, son corps n’a pas connu la corruption. L’on comprend par-là que l’aboutissement merveilleux de la vie terrestre de Marie n’est qu’une conséquence des prérogatives dont Dieu l’a pourvu : Dans sa conception immaculée, par pure grâce, elle a été « préservée de toute souillure du péché » pour être digne de devenir la Mère du Verbe incarné. Par suite, cette maternité divine va également justifier son Assomption au ciel en corps et en âme, privilège par lequel Jésus anticipe pour sa sainte Mère la résurrection finale qui attend tout bon et fidèle serviteur du Royaume (cf. Mt 25, 21-23).

Dans ce mystère, l’accent est mis sur la glorification de Marie en raison de sa proximité particulière avec le Christ. Il y est question de l’honneur conféré à sa chair, et pas seulement à son âme. Saint Robert Bellarmin a su l’exprimer de manière fort saisissante : « Et qui pourrait croire, je vous prie, que l’arche de la sainteté, la demeure du Verbe, le temple de l’Esprit-Saint se soit écroulé ? Mon âme répugne franchement même à penser que cette chair virginale qui a engendré Dieu, lui a donné le jour, l’a allaité, l’a porté, soit tombée en cendres, ou ait été livrée à la pâture des vers »5.

De fait, le bon sens joint à la foi éclairée nous dicte que celle qui vécut toute sa vie dans l’intimité avec le Dieu Trinité, totalement livrée au bon vouloir du Père, habité par l’Esprit Saint, et toute donnée comme associée du Fils de Dieu dans son œuvre de salut ne pouvait demeurer loin de Dieu ni séparée de son fils.

  1. Quelle leçon tirer de cette fête pour notre vie de foi ?

Dans la vision catholique, avant de devenir un dogme de foi, l’Assomption de Marie au ciel est d’abord un trait de lumière qui dévoile plus clairement le mystère du Christ, comme le montre cette prière que le Pseudo-Jean met sur les lèvres de la Marie : « Seigneur, roi des cieux, Fils du Dieu vivant, accueille tout homme qui invoque ton nom afin que ta naissance soit glorifiée. » (P-J, n° 42). Ce qui rayonne à travers cette vérité de foi, c’est avant tout, le mystère de l’Incarnation du Verbe de Dieu. Marie n’est qu’un miroir à travers lequel « toutes les vérités de la foi brillent de manière lumineuse et claire ». Elle est source d’espérance pour le peuple de Dieu, car sa glorification anticipée est la couronne éternelle que le Seigneur réserve à ses fidèles. La préface de la messe de l’Assomption dit bien : Père saint, « Aujourd’hui, la Vierge Marie, la Mère de Dieu, est élevée dans la gloire du ciel : parfaite image de l’Église à venir, aurore de l‘Eglise triomphante, elle guide et soutient l’espérance de ton peuple encore en chemin. »

Nous sommes donc invités à regarder vers la sainte Mère de Dieu, à accroître notre amour et notre confiance filiale pour celle qui nous montre son cœur maternel, nous accompagne dans notre pèlerinage terrestre et intercède pour nous aujourd’hui comme hier : « Seigneur Jésus-Christ, qui es tout-puissant au ciel et sur terre, par cette invocation je supplie ton saint nom : en chaque temps et lieu où l’on fera la mémoire de mon nom, sanctifie ce lieu et glorifie ceux qui te glorifient par l’intermédiaire de mon nom, en acceptant d’eux toute offrande, toute supplication et toute prière. » (P-J, n°42)

Nous pouvons espérer que ceux qui méditent sur l’exemple glorieux que Marie nous offre soient de plus en plus convaincus de la valeur d’une vie humaine entièrement consacrée à l’accomplissement de la volonté du Père céleste et à faire du bien aux autres, à prendre soin d’eux (Mt 25, 34-40), comme l’a fait la Mère de Jésus tout au long de sa vie. Elle nous apprend à garder la paix et la sérénité devant l’imminence de la mort ; à savoir soutenir de notre présence réconfortante ceux qui sont confrontés à cette étape ultime ; et à prendre soin les uns des autres, par amour et dans l’amour.

Pour finir, en cette solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, nous empruntons au Pseudo-Jean ce souhait en faveur de tous les disciples du Christ : « Que par ses prières et son intercession nous soient accordés, à nous tous, sa protection, son soutien et son aide, dans ce siècle et dans l’avenir. Nous rendons ensemble gloire en tout temps et en tout lieu à son Fils unique avec son Père et le Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen ! » (P-J, n° 50).

Sr Marie Odile KAMA, fscm.

1 Cf. Antienne d’ouverture de la messe de l‘Assomption.

2 Abbé Paul, Les merveilles de l’amour miséricordieux. Exposé de la doctrine chrétienne, Paris, Téqui, 1976,

p. 353

3 Pseudo-Jean, n° 17, in https://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Apocryphes/Dormition.html (recueilli le 20 juillet 2020). Dans la suite, nous inclurons dans le texte les références à cet auteur par le sigle P-J suivi du numéro de paragraphe.

4 LG 59 citant le Pape Pie XII ; Marc Joulin, Marie Mère de Jésus, Paris, DDB, 1990, p. 101 

5St Robert Bellarmin cité par l’Abbé Paul, op.cit., p. 353-354.

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