36.2 C
Sénégal
8 février 2023
CONTRIBUTION VIE CHRETIENNE

Les inquiétudes d’un prêtre sénégalais devant le climat actuel de l’Église : les fidèles se déchirent, les prédicateurs se toisent, la frustration grandit, les rivalités enflent

Dans une méditation sur l’Église, parvenue à Fidespost, Abbé Séraphin-Raphaël Ntab exprime ses inquiétudes pour elle dans un contexte où son ambiance est actuellement chargée de doute et de suspicion. Ce prêtre du diocèse de Kolda observe non seulement que les fidèles « se regardent en chiens de faïence, se déchirent, se préjugent et s’accusent, prenant tout pour un affront, une menace ou une déclaration d’inimitié » mais aussi que « les prédicateurs, de plus en plus nombreux et libres, se toisent dans un impitoyable choc des doctrines où chacun cherche à préserver son pré carré ». Devant cette Église où les rivalités ne manquent pas et la fraternité devenue optionnelle, Abbé Ntab propose, toutefois, des pistes de solution de sortie de crise. Lisez plutôt.

Le climat actuel de notre Église, chargé de doute et de suspicion, mérite examen. Et, ce faisant, sans toutefois prétendre épuiser la question, ni me poser en donneur de leçons, je me surprends à craindre le pire, alors même que ma foi m’invite à espérer le meilleur (Rm 5,5 ; Jn 16,33). Mais comment ne pas craindre, si les enfants de l’Église se regardent en chiens de faïence, se déchirent, se préjugent et s’accusent, prenant tout pour un affront, une menace ou une déclaration d’inimitié ? Les réseaux sociaux, qui auraient pu être utilisés à des fins plus heureuses, sont devenus le théâtre désolant d’attaques, de diatribes, de délation, d’humiliation et de démonstration de puissance doctrinale ou spirituelle, le tout souvent dans un irrespect et une violence indescriptibles. L’on rivalise d’ingéniosité pour décrédibiliser l’autre qui, bien que s’affirmant chrétien, se sent le devoir de répondre par le même procédé, foulant aux pieds toutes les exigences de la Vérité dans la Charité ou du silence qui médite, discerne et prie.

La sacrée tradition de l’Église, son magistère et les disciplines ecclésiastiques rebutent. Les dévotions privée et publique s’entrechoquent. Les faiblesses des « hommes d’Église », honteuses à se couvrir de cendre en signe de pénitence, sont brandies comme une pièce à conviction de l’inconsistance et de l’illégitimité de l’Église. La confusion, le doute et la suspicion sont partout. La frustration, justifiée ou non, se fait de plus en plus grande. Les rivalités ne manquent pas et le sens de l’Église semble avoir volé en éclats. La fraternité est optionnelle et les prédicateurs, de plus en plus nombreux et libres, se toisent dans un impitoyable choc des doctrines où chacun cherche à préserver son pré carré.

Dès lors, une question s’impose : à qui cela profite-t-il vraiment ? À qui ? Ce n’est certainement pas au Christ, qui veut que notre unité, qui n’est pas uniformité, soit le signe de notre appartenance à son Corps (Jn 17,21) ! Ce n’est pas non plus à nous, qu’un tel climat affecte, étouffe et finira par tuer !

Il va sans dire que l’heure me paraît être à un sérieux examen de conscience personnel et communautaire afin que, dans un élan de synodalité, impliquant tous sans exception, il soit trouvé une solution à cette déchirure qui ne fait que nous éloigner de l’idéal chrétien et de ses belles promesses. Cette perspective souhaitée ne sera sans doute pas l’œuvre des hommes et des femmes fragiles que nous sommes. Elle nous dépasse. Néanmoins, il nous est permis d’espérer y collaborer, en laissant l’Esprit Saint, Esprit du Père et du Fils, nous transformer totalement (notre cœur, notre conscience, notre regard, nos pensées, nos œuvres, notre langue, etc.). Ici, il importe que chacun et chacune d’entre les fils et filles de l’Église s’interroge quant à ses propres responsabilités de chrétien et son engagement à être plus une part de la solution que du problème.

Cela est bien possible si, consentant à taire un tant soit peu notre ego, qui bien des fois nous aveugle et nous enferme dans une bulle, bien loin des autres et de ce qu’ils vivent, nous reconnaissions humblement nos insuffisances, nos erreurs, faisions davantage confiance à l’Église, en dépit de ses tares, et goûtions sans cesse au bonheur d’être chrétiens, donc membres d’une seule et même famille : l’Église de Jésus-Christ dans le monde, école de Foi, d’Espérance et de Charité.

Qu’en nous donnant de toujours croître en Lui, le Seigneur ouvre nos cœurs et nos intelligences à sa Parole, qui nous appelle et nous interpelle chaque jour.

Que notre Foi, notre Espérance et notre Charité demeurent !

Abbé Séraphin-Raphaël NTAB

Laissez un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire la suite