32.1 C
Sénégal
4 décembre 2021
FidesPost
ACTUALITE CONTRIBUTION Nationale

Les enjeux des élections territoriales de janvier 2022 (Par Emmanuel Diédhiou)

Par un acte solennel, le Président de la République a fixé, par décret 2021-562 du 10 mai 2021, la date des prochaines élections territoriales au 23 janvier 2022, mettant ainsi fin au débat entretenu sur la tenue ou non de ces élections à date échue, après plusieurs reports diversement appréciés par la classe politique dans son ensemble mais également par les divers acteurs du processus électoral.

Ainsi, pour jauger de l’importance de ces élections territoriales, comme moment important du jeu démocratique, chronologiquement fixées entre la présidentielle de février 2019, ayant consacré la victoire et le second mandat du Président Macky SALL, et les législatives de juin 2022 qui devront jeter, selon toute vraisemblance, les bases d’une nouvelle législature, il convient d’abord de les définir et de les situer dans leur contexte particulier et historique, de manière à ne rien perdre de leur quintessence.

A – RENOUVELLEMENT DES INSTANCES TERRITORIALES

L’épithète « territoriales » collé à ces élections est une conséquence sémantique de la grande réforme de 2013 ayant consacré, par la loi 2013-10 du 28 décembre 2013, l’acte III de la décentralisation. Cette réforme majeure devrait impacter durablement les rapports entre l’Etat central et l’échelon territorial, communal et départemental, réceptacles naturels de toutes les politiques publiques.

Ces joutes électorales en perspective sont donc essentiellement locales, avec des enjeux importants qui seront fonction de la claire conscience qu’auront les élus des véritables leviers à promouvoir pour bâtir des territoires viables, compétitifs et porteurs de développement.

En d’autres termes, il s’agira, le 23 janvier 2022, de voter pour renouveler, sur l’ensemble du territoire national, les mandats des conseillers municipaux et départementaux, c’est-à-dire permettre à de nouveaux organes élus de définir, dans les limites des prérogatives que leur confère la loi, les politiques publiques qui vont changer la physionomie de leur localité.

L’offre programmatique qui est requise de ceux qui demandent la confiance et le suffrage de leurs concitoyens est donc locale, pas nationale ni globale ; chaque localité ayant ses spécificités, ses opportunités, ses urgences, bref ses réalités économiques, culturelles, environnementales comme autant d’atouts et de défis à maitriser pour un développement local harmonieux.

Ainsi, à titre d’exemples, des villes côtières comme Saly, Saint-Louis, Mbour, aujourd’hui menacées par l’érosion ou la salinisation des terres, des zones minières comme Kédougou Thiès, Mboro, des sites touristiques comme Saly, Ngaparou, Cap Skiring, des départements à vocation agricole ou sylvopastorale n’ont peut-être pas les mêmes priorités que les zones semi désertiques du Nord-Est de notre pays, qui font face à un accès problématique à l’eau et à certains services sociaux de base.

B – AVOIR L’INTELLIGENCE DES ENJEUX TERRITORIAUX

Comme on le voit, les attentes sont grandes, massives, urgentes, et les enjeux particulièrement importants qu’on comprend parfaitement les convoitises actuelles à l’intérieur des partis politiques, des coalitions de partis politiques ou encore des entités indépendantes qui, sous des bannières particulières, investissent des candidats et sollicitent le suffrage et la confiance de leurs concitoyens pour être soit Maire de commune ou de ville, soit Président de Conseil départemental ou encore simple conseiller élu sur la liste majoritaire ou sur la liste proportionnelle.

La loi sénégalaise fait obligation à ceux-là qui aspirent à occuper ces instances élues de savoir, entre autres, lire et écrire en Français, mais il serait particulièrement réducteur de devoir se limiter à ces seuls critères de forme dans le choix de ceux qui vont présider aux destinées de nos collectivités territoriales pour les cinq (05) prochaines années.

Nos concitoyens veulent de plus en plus avoir des dirigeants, des Maires et Présidents de Conseil départemental vertueux, compétents, intègres, soucieux de l’intérêt général et qui fassent preuve de transparence et de rigueur dans la gestion de la chose publique, le foncier, l’état-civil, la coopération décentralisée….

Le Président Chirac ne disait-il pas que c’est à l’échelon local que l’on expérimente les valeurs de la République, la gestion de proximité, au service exclusif des populations.

La qualité des hommes et des femmes qui vont animer ces exécutifs locaux est par conséquent un enjeu de taille puisqu’il s’agit d’impulser le développement des territoires, d’en faire des espaces d’épanouissement humain, culturel et sportif, des zones propices à l’investissement, avec un accès universel aux services sociaux de base, conformément à l’esprit de la décentralisation en cours dans notre pays et à la volonté de plus en plus affichée des pouvoirs publics de renforcer la territorialisation des politiques publiques.

C – LE RENFORCEMENT DE LA DECENTRALISATION

De l’époque des quatre (04) communes, vers1872, à nos jours, sous des formes variées et au gré des réformes, la politique de la Décentralisation aura été au Sénégal un long processus mouvementé, avec un cadre légal, réglementaire et institutionnel des plus ambitieux, certes, mais en bute à des réalités locales complexes. Le législateur devant toujours tenir compte des trois (03) dimensions politique, administrative et financière pour mieux encadrer ce qui deviendra, par la force des choses, une politique prudente mais irréversible. Celle-ci consiste précisément à donner à des organes élus, dotés de la personnalité juridique et de l’autonomie financière de s’administrer librement.

Aujourd’hui, on dénombre plus de 557 collectivités territoriales, d’une égale dignité, réparties entre deux ordres de collectivités territoriales : la commune et le département. Aussi, l’élection des maires de communes ou de ville et des présidents de conseil départemental se fera au suffrage universel direct. Il est important de noter que c’est là une innovation majeure, longtemps souhaitée par les acteurs de la matière électorale puisqu’elle vise la transparence et le respect de la volonté des électeurs.

Sous ce rapport, les élections territoriales du 23 janvier prochain, comme celles qui ont toujours ponctuée notre jeune démocratie participative, donneront plus d’éclat et de consistance à la politique de la décentralisation, notamment la toute dernière réforme appelée Acte III de la décentralisation.

D – A L’EPREUVE DE L’ACTE III DE LA DECENTRALISATION

La loi 2013-10 du 28 décembre 2013 portant Code général des collectivités territoriales sonne comme l’acte de naissance de l’Acte III de la décentralisation. Celle-ci est révolutionnaire à plus d’un titre, et un esprit critique peut bien se demander d’où vient cette appellation Acte III de la décentralisation puisque, comme nous l’avons vu, le processus de décentralisation au Sénégal remonte à très loin, vers les années 1872, avec la création de la commune de SaintLouis, et s’est consolidé au fil du temps et au gré des réformes administratives et financières qui l’ont marqué.

Mais il semble que le législateur a véritablement considéré la réforme administrative de 1972 comme l’acte précurseur et fondateur des libertés locales, plus affirmées, avec la création des communautés rurales, la promotion de la déconcentration et la régionalisation de la planification.

Ce premier acte fondateur sera suivi, en 1996, par une autre grande réforme dont les grandes lignes directrices restent l’érection de la région comme collectivité locale (régionalisation), la création des communes d’arrondissement autour des grandes villes, le transfert de neuf (09) domaines de compétences de l’Etat central aux collectivités locales parmi les dix-huit (18) initialement retenus, à savoir le Domaine – l’Environnement et la gestion des ressources naturelles – la Santé, Population et Action sociale – la Jeunesse, le Sport et les Loisirs – la Culture – l’Education – la Planification – l’Aménagement du territoire – l’Urbanisme et l’habitat, ainsi que la suppression de la tutelle au profit d’un contrôle de légalité a posteriori plus rapproché des actes pris par ces collectivités locales.

La mise en œuvre prudente et progressive de cette réforme, et surtout l’évaluation de ses impacts réels sur la vie des populations, sous le prisme d’une décentralisation cohérente dans ses principes, et performante dans sa mise en œuvre, ont conduit, en fin 2013, au remodelage du Code général des collectivités territoriales, avec une architecture administrative rénovée parce que articulée autour de la suppression des Conseils régionaux, des communautés rurales, la création pour la première fois du département comme collectivité locale, la communalisation intégrale, la contractualisation comme mode possible de gouvernance locale et toute une batterie de mesures d’ordre fiscal ou financier.

CONCLUSION

On le voit, les élections territoriales à venir posent sur l’espace public le débat sur les enjeux d’une décentralisation irréversible, certes, mais dont les mécanismes de mise en œuvre devront sans cesse être interrogés, ajustés et adaptés aux réalités des terroirs. Une chose est de transférer des domaines de compétences, une autre est d’accompagner cette politique par des mesures incitatives, fiscales mais surtout par la formation des élus locaux pour porter à leur plein accomplissement les aspirations légitimes de populations.

Les défis de notre pays sont en définitive ceux agrégés des terroirs, avec leur lot de pauvreté, d’’enclavement, d’accès difficile aux services sociaux de base (santé, éducation, eau potable) sans compter le déficit infrastructurel qui exclut une bonne frange de la population des réseaux de distribution des biens et services.

Décrypter les enjeux des élections territoriales à venir ce n’est donc pas seulement épiloguer sur le fichier électoral, la composition des listes paritaires, la caution fixée à 15 millions fcfa par type d’élection, ou encore le Code électoral qui était pourtant consensuel depuis 1992, suite aux travaux coordonnés par feu le juge Kéba Mbaye.

Les enjeux sont à situer dans l’aspiration profonde de nos populations, surtout rurales, à être administrées autrement, à l’enseigne de la transparence dans la gestion de la chose public, avec des hommes et des femmes dont le profil rassure et interdit toute compromission sur l’autel d’intérêts crypto personnels et bassement politiques.

C’est là un défi qui interpelle tout le monde, et l’Eglise, les religieux et religieuses, engagés au front dans les domaines de la Santé, de l’Education et des divers autres aréopages de la Mission, devront jouer leur partition, en citoyens et citoyennes conscients de leurs droits et devoirs civiques !

Emmanuel Diédhiou

Laissez un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire la suite