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21 avril 2021
FidesPost
ACTUALITE Nationale VIE CHRETIENNE

Le statut des catéchumènes dans l’Église : obligations et prérogatives selon le droit canonique

Saviez-vous qu’un catéchumène a droit à des funérailles chrétiennes et qu’il est tenu de « mener une vie chrétienne », même s’il n’est pas encore baptisé ? Dans cette chronique canonique, Peter Kabo revient sur le statut des catéchumènes dans l’Église et précise également leurs droits et obligations.

Lors de la célébration de la Vigile pascale ou Veillée pascale, l’Église a accueilli en son sein, de façon définitive, ses filles et fils adultes qui, par la réception du baptême, ont marqué la fin de leur gestation dans la foi en Christ. Ceux-ci, ce sont les catéchumènes. Mais, qui sont-ils exactement ? Dans la constitution dogmatique sur l’Église Lumen Gentium, traitant des « fidèles catholiques », le Concile Vatican II mentionne les « catéchumènes qui, sous l’action de l’Esprit Saint demandent par un acte explicite de leur volonté à être incorporés à l’Église, par le fait même de ce vœu, ils lui sont unis, et l’Église, maternelle, les enveloppe déjà de son amour en prenant soin d’eux » (LG 14). Cette affirmation sera reprise par le canon 206 du Code de Droit canonique de 1983, lequel canon dispose du statut des catéchumènes et, en écho au Décret sur l’Activité Missionnaire de l’Église « Ad Gentes » (AG 14) et à la Constitution sur la Sainte Liturgie « Sacrosanctum Concilium » (SC 64), des obligations et prérogatives dont ils jouissent, étant « unis à l’Église qui les considère déjà comme siens ». D’où tout l’intérêt que nous portons au présent canon pour notre étude du « statut des catéchumènes dans l’Église ». Dès lors, s’il en est un statut des catéchumènes, sur quels principes est-il fondé ? Et quelles sont lesdites obligations et prérogatives rattachées à ce statut ?

Dès lors, pour répondre à ces questions, dans une première partie, nous porterons le regard sur le statut canonique des catéchumènes. Ensuite, nous finirons par scruter les obligations et prérogatives liées à leur statut, dans une seconde partie.

Le statut canonique des catéchumènes

Le canon 206 § 1 stipule que : « Sont en lien avec l’Église d’une manière spéciale les catéchumènes qui, sous la motion de l’Esprit Saint, demandent volontairement et explicitement à lui être incorporés et qui, par ce désir ainsi que par la vie de foi, d’espérance et de charité qu’ils mènent, sont unis à l’Église qui les considère déjà comme siens. »

En nous arrêtant tout d’abord sur la première affirmation « sont en lien avec l’Église d’une manière spéciale », il est à constater qu’il existe une relation spéciale entre l’Église et les catéchumènes. Cette relation spéciale n’est pas instaurée par l’incorporation du baptême (cf. c. 204 § 1), mais par « l’adhésion du cœur… aux vérités que, par miséricorde, le Seigneur a révélées »[1]. Il s’agit de la foi au Christ, « élément fondamental pour être considéré comme catéchumène »[2] dans l’Église. D’ailleurs, à juste titre, Laurent Tournier fait remarquer ceci : « Il est constant dans la tradition de l’Église que le chrétien est le “ croyant au Christ ’’. C’est déjà explicité dans le premier concile de Constantinople (381) et saint Augustin le mentionne en plusieurs de ses écrits. Les chrétiens regroupent donc une “ population plus large “ que les baptisés. De ce fait, il est possible qu’un catéchumène soit chrétien, alors qu’évidemment un catéchumène n’est pas baptisé. »[3]

En outre, poursuivant l’analyse du canon 206 § 1, il est à noter que la volonté d’être incorporé à l’Église doit être manifeste et publique. Ce que signifie clairement et sans ambages l’expression « sous la motion de l’Esprit Saint, demandent volontairement et explicitement à lui être incorporés » (canon 206 § 1). D’ailleurs, la manifestation de la volonté dont il est question ici, doit demeurer la conséquence de la foi au Christ. Car, « une telle adhésion, qui ne peut pas demeurer abstraite et désincarnée, se révèle concrètement par une entrée palpable, visible, dans une communauté de fidèles. »[4] De plus, ladite manifestation de la volonté, comme le souligne Ky-Zerbo, acte explicite, reste « libre, de la volonté de celui qui veut recevoir le baptême et désire être incorporé à l’Église. Et celui qui veut adhérer à l’Église doit être une personne habile, c’est-à-dire une personne libre de toute pression ou contrainte interne ou externe (c. 748 § 2 ; 787 § 2) et préparée pour accomplir un tel acte (cf canons 124 ; 125-126 ; 1057). »[5]

Par ailleurs, du fait de leur volonté manifeste et publique d’être incorporer à l’Église, les catéchumènes « sont, par le fait même de ce désir, comme aussi par leur vie de foi, d’espérance et de charité, unis à l’Église qui les enveloppe déjà comme siens dans son amour et prend soin d’eux […] »[6]. En clair, les catéchumènes sont spécialement considérés comme membres de l’Église. De fait, contrairement aux christifideles qui ont la personnalité juridique, ils ont un statut juridique. Ils « s’incorporent à l’Église de manière ni plénière ni ferme (“ coniunguntur cum Ecclesia, quae eos iam ut suos fovet “). »[7] D’où « [ils] seront admis par des cérémonies liturgiques et leurs noms seront inscrits dans le livre destiné à cet effet » (canon 788 § 1), actes signifiant leur « lien juridique particulier avec l’Église » qui leur reconnaîtra des prérogatives (cf. canon 206 § 2).

Les obligations et les prérogatives des catéchumènes

Le canon 206 § 2 définit que « l’Église a le souci spécial des catéchumènes : en les invitant à mener une vie évangélique et en les introduisant à la célébration des rites sacrés, elle leur accorde déjà diverses prérogatives propres aux chrétiens. »

N’ayant pas de la personnalité juridique comme les baptisés, les catéchumènes ne jouissent dans l’Église que de certaines obligations et de certains droits que le Code appelle prérogatives. D’ailleurs, sur ce fait, « le Code manifeste la spécificité du statut juridique du catéchumène, et sans doute la prépondérance donnée à l’élément volontaire dans son acquisition, en nommant prérogatives les droits qu’elle leur reconnait. Quant aux devoirs, ils sont une invitation à mener une vie évangélique. »[8]

Ainsi, pour ce qui est des obligations, le canon 206 § 2 dispose que les catéchumènes sont tenus de « mener une vie évangélique », attitude qui s’acquiert par une assiduité « au temps du catéchuménat, destiné à une formation appropriée » (SC 64) qui est « une formation à la vie chrétienne intégrale et un apprentissage par lesquels les disciples sont unis au Christ leur Maître » (AG 14 ; cf. canon 788 § 2). Et Laurent Tournier de renchérir en ces termes : « Aux catéchumènes revient donc de progresser dans la connaissance des mystères de la foi et dans la conversion de vie pour non seulement connaître l’Évangile, mais en vivre petit à petit davantage À l’Église revient de l’accompagner dans cette démarche. »[9] Cependant, comme y invite le canon 788 § 3, à la Conférence des Évêques de définir précisément les obligations auxquelles seront tenus les catéchumènes.

Pour les prérogatives reconnues, il en demeure : l’introduction aux rites sacrés (cf. canon 206 § 2) ; l’initiation au mystère du salut (cf. canon 788 § 2) ; la nécessaire participation aux célébrations liturgiques auxquelles l’Église lui donne accès (cf. canon 771 § 2 ; 213) ; la réception de bénédictions (cf. canon 1170) ; le droit aux funérailles chrétiennes comme des baptisés (cf. canon 1180). Aussi, « ils auront le droit, que le baptême leur soit administré, s’ils le demandent et qu’ils sont dûment disposés, à le recevoir (CIC, canon 865 § 1 ; CCEO, canon 682 § 1) ; ils ont le droit de s’inscrire à l’Église latine ou à n’importe quelle Église orientale sui iuris (CCEO, canon 588) et d’agir en justice comme tout baptisé (CIC, canon 1476 ; CCEO, canon 1134), du reste comme tout être humain dans certains cas bien précis. »[10] Par ailleurs, comme pour les obligations, la Conférence des Évêques a la capacité d’établir des prérogatives, non prévues dans le Code.

Somme toute, l’intérêt porté à l’analyse du canon 206, lequel n’est rien d’autres que la traduction en termes juridiques des affirmations du Concile Vatican II (LG 14 ; AG 14 et SC 64), a permis de situer le statut juridique des catéchumènes (cf. canon 206 § 1) et les obligations et prérogatives liées à la spécificité de leur dit statut (cf. canon 206 § 2). Il est heureux de rappeler et de retenir, ici, que l’Église « a le souci spécial des catéchumènes » avec lesquels elle demeure uni dans un lien spécial. En clair, il y a entre l’Église et les catéchumènes une relation particulière et réciproque. Laurent Tournier, reprenant une image de saint Augustin considérant la maternité de l’Église, l’illustre bien en ces mots : « Le baptême est naissance opérée par cette mère. Mais pour que cette naissance s’opère, il faut un temps de gestation : c’est justement celui du catéchuménat. »[11]

Avril 2021

Peter KABO

[1] Paul VI, Exhor. apost. Evangelii nuntiandi, 23 in http://www.vatican.va/content/paul-vi/fr/apost_exhortations/documents/hf_p-vi_exh_19751208_evangelii-nuntiandi.html.

[2] Ky-Zerbo Alphonse Bonaventure, Cours, Normes générales : Les personnes, les actes, Institut de Droit Canonique, Faculté de Théologie Catholique, Université de Strasbourg, 2019, inédit.

[3] Tournier Laurent, c.j.m., « Le statut canonique du catéchumène et l’intérêt du pré-catéchuménat dans l’Église », in Gonçalves Bruno, c.o., et Tournier Laurent, c.j.m. (dir.), Le droit de l’Église au service… du catéchuménat, Paris, Éditions Artège – Lethielleux, 2018, p. 50.

[4] Paul VI, Op.cit., 23.

[5] Ky-Zerbo Alphonse Bonaventure, Op.cit.

[6] Paralieu Roger, Guide pratique du Code de Droit canonique. Notes pastorales, Bourges, Éditions Tardy, 1985, p. 94.

[7] Hervada Javier, in Caparros , Theriault , Thorn (dir.), Code de droit canonique bilingue et annoté, 2e édition révisée et mise à jour, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1999, p. 161.

[8] Valdrini Patrick et Alii, Droit canonique, 2e édition, Paris, Dalloz, 1999, p. 35.

[9] Tournier Laurent, c.j.m., Op.cit., p. 53.

[10] Ky-Zerbo Alphonse Bonaventure, Op.cit.

[11] Tournier Laurent, c.j.m., Op.cit., p. 53.

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