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28 septembre 2021
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Le financement alternatif des startups innovantes par les Capital-risqueurs ou Business Angels : La 3ème voie – La Chronique de Maurice Coulibaly

L’Afrique peine à soutenir ses startups ! Or, cette catégorie d’entreprises est responsable, ailleurs, en grande majorité, des emplois créés et d’une part considérable de la valeur ajoutée dans l’économie nationale.

Si nous pouvons nous enorgueillir de belles réussites africaines dans le domaine entrepreneurial, aucune, hélas, ne peut être qualifiée de « licorne » (c’est à dire une startup, non-cotée en bourse, dont la valorisation dépasse le milliard de dollars) qui s’élève au rang des succès internationaux de type Facebook, Google, Amazon ou encore Apple. On peut dire, pour se consoler, que de nombreux pays, autrement plus développés que le nôtre, n’en comptent aucune dans leur écosystème.

La transformation de l’économie nationale en “Startup Nation” doit être érigée en priorité numéro 1 car c’est, pour reprendre une expression chère aux dirigeants américains, notre « Intérêt National Vital ».

Pour opérer cette métamorphose de jeunes entrepreneurs talentueux en chef d’entreprises capables de se saisir des technologies de l’information et de les introduire dans tous les secteurs d’activités économiques, nous devons promouvoir l’application de méthodes de travail éprouvées et conformes aux normes les plus exigeantes de la profession d’accompagnateur. C’est la seule option afin de réconcilier notre économie en crise avec la croissance et les emplois qui vont avec.

Pour la production de startups de forte croissance, deux éléments nous paraissent indispensables :

• Disposer de financement différent de celui bancaire. Ce dernier type de financement est inadéquat car il méconnait les caractéristiques de la nouvelle économie et de ses temps incompressibles, notamment ceux de recherche d’un modèle économique, d’une part, et ;

• D’autre part, il est utile de bénéficier de l’accompagnement bienveillant de capitaines d’industries, rompus à la gestion d’entreprises et forts de réseaux d’importance au niveau national, sous régional et international.

Oui ! Il nous faut opérationnaliser, sans délai, le concept des business angels de sorte à paramétrer chez nous, le succès que ce dispositif d’aide rencontrent, auprès de cohortes d’entrepreneurs, de plus en plus nombreuses, qui y recourent.

Commençons par analyser ce que recouvre le concept. Un business Angel (littéralement « ange d’affaires », appelé aussi « investisseur providentiel » dans la suite du texte) est une personne physique qui investit à titre individuel dans une entreprise innovante, dans la phase la plus risquée celle de création ou d’amorçage de l’activité. Si de fortes similitudes existent entre le business Angel (BA) et le venture capitalist (VC), capital-risqueur en français, il n’en demeure pas moins de substantielles différences.

Les différences essentielles entre BA et VC ne résident pas, comme on a pu l’écrire par ailleurs, dans la prise de participation d’un investisseur au sein de sociétés non cotées en bourse ; ni non plus – du reste, dans leur séjour d’une durée de moyenne de 3,5 années au capital des entreprises qu’ils accompagnent.

La véritable différence, entre ces deux acteurs du financement de l’entrepreneuriat innovant, c’est l’engagement personnel du business angel au service de la réussite de l’entreprise. Le business angel, met ses compétences sectorielles spécifiques, son expérience, son carnet d’adresses, offre de son temps et de son énergie, là où le VC se contentera plus souvent de rendement intéressants pour les capitaux prêtés et de la plus-value réalisée au moment de la cession de leurs titres.

Pour le surplus, les sommes investies par les Investisseurs Providentiels, lors des levées de fonds, vont généralement de 100 000 à 1 million d’euros, en Europe et ailleurs, quand elles débutent bien au-delà de ce plafond pour les capital-risqueurs. Enfin, les capitaux investis vont en totalité à l’entreprise contrairement aux opérateurs professionnels que sont les capital-risqueurs qui prélèvent 20 à 30% du montant de la levée de fonds. Les business angel, quant à eux, ne prennent habituellement pas de frais d’intermédiation.

Faisant un point sur ce mode de financement, son intérêt, il est indispensable d’envisager sa pratique en Afrique.

Force est de constater le caractère embryonnaire du secteur des Business Angel, en Afrique, même s’il convient de relever de grandes disparités entre l’Afrique Francophone et celle Anglophone. En effet, les capitaux investis en Afrique par des réseaux de Business Angels africains est faible en comparaison du nombre de deals conclus mensuellement ; une dizaine en moyenne, par rapport aux centaines, voire aux milliers, de ceux dont il est fait mention dans d’autres parties du monde. (lire l’excellent travail réalisé à ce sujet par le site CEO Afrique – Voir lien suivant : https://www.ceoafrique.com/…/businessangels-financer… )

Toutefois, le nombre de Business Angels et/ou de réseaux les regroupant, va grandissant, plus de 50 à ce jour.

La figure ci-contre résume assez bien leur répartition.

Capitaines d’industrie actifs ou à la retraite, chefs d’entreprise, cadres dirigeants ou experts métier disposant d’un bas-de-laine, les business angels africains se regroupent en réseau, très souvent par zone (ville, sous-région, pays …), par thématique (TIC, agriculture, finance …) ou par affinité. Au-delà de l’échange d’expériences, l’adhésion à un réseau offre à ses membres la possibilité de trouver en permanence de nouveaux projets à fort potentiel de croissance dans un contexte d’expansion de la classe moyenne dans la majorité des pays africains.

En sus, le fait de collaborer avec d’autres partenaires financiers permet de mettre en commun les compétences et expertises respectives pour soutenir soit des plans d’affaires plus ambitieux, assortis d’un retour sur investissement très élevé ; soit d’investir dans un plus grand nombre de startups.

Cette diversification du portefeuille de startups permet de réduire les risques par projet.

Paradoxalement, on dénombre toutefois en Afrique de l’ouest un petit nombre d’hommes d’affaires fortunés ayant le profil requis pour soutenir quelques PME et startup locales, dont il faut admettre qu’elles sont très peu gourmandes en capitaux. Pourtant, ces derniers font fi du patriotisme financier et optent pour faire fructifier leur argent sur des comptes, en Europe, afin de bénéficier, de taux de rémunération plus attractifs pour leurs capitaux.

Il faut ajouter à cela l’état d’esprit d’une poignée de personnes, issues de la classe moyenne, disposant de revenus élevés ou qui préfèrent consacrer leur budget à la surconsommation de loisirs ou à l’acquisition de résidences secondaires plutôt qu’utiliser une partie de ce pactole dans l’investissement dans des startups.

Un autre écueil réside dans le défaut de dispositif fiscal incitatif. Aux Etats-Unis, par exemple, le pays le plus en pointe sur ces questions d’investissement individuel, l’expérience montre que seuls les avantages fiscaux sont de nature à déterminer les personnes à injecter leurs disponibilités dans le capital d’une société. Le dernier éléments d’explication, mais non le moindre, est l’absence d’accompagnement non financier (études, conseils, formation et frais de démarrage) et les couts induits très élevés pour les startups qui souhaitent en bénéficier.

C’est la raison pour laquelle, de notre point de vue, les actions à mettre en œuvre pour attirer davantage de business angel consisteraient à :

  • D’abord, donner un statut à l’action d’intérêt général des Business Angels. Pour cela, accorder une reconnaissance de l’utilité publique des Business Angels ; ou, à tout le moins, que le but et l’activité de ces associations relèvent de l’intérêt général. En outre, il peut être judicieux pour l’Etat de donner un « coup de pouce fiscal » à ces anges financiers, réputés soutenir l’économie nationale et plus audacieux que les banques dans la prise de risque, plutôt que d’accorder des crédits d’impôts aux sociétés naissantes.

  • Ensuite, revisiter le concept de partenariat public/privé. L’État doit moins investir directement dans les PME et accompagner davantage l’effort des investisseurs privés notamment via la déduction de l’impôt sur le revenu des anges financiers les sommes que ces derniers ont consenties à des startups au titre de financement des investissements.

  • Enfin, l’institution d’un partenariat agile, entre les organisations patronales locales ou sous régionales, les incubateurs et les autres structures d’accompagnement (cabinet conseil et consultants individuels), permettrait aux startups les plus prometteuses de disposer, en one-stop-shop, de tous les facteurs de nature à leur assurer un succès éclatant: les fonds d’amorçage ou de développement et les prestations d’accompagnement ainsi que la domiciliation des entreprises au sein des incubateurs.

Maurice Coulibaly

Conseil en Ingénierie d’Affaires

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