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5 décembre 2022
ACTUALITE

La Trinité : une parole à entendre, une image à contempler, une vie à imiter (Soeur Gisèle Kantoussan)

La fête de la Sainte Trinité est célébrée chaque année dans l’Eglise catholique le dimanche qui suit la Pentecôte. Elle a donc lieu cette année le dimanche 07 juin 2020 et coïncide avec la fête des mères. A cette occasion, Fidespost est allé à la rencontre de la Soeur Gisèle Kantoussan, inscrite en Master de théologie pastorale et catéchèse à l’Institut Supérieur de pastorale catéchétique de l’Institut Catholique de Paris, pour présenter le sens de ce dogme de l’Eglise catholique. Pour cette religieuse sénégalaise de la Congrégation des Soeurs de Jésus Serviteur, ce « mystère central de notre foi» est « une parole à entendre, une image à contempler, une vie à imiter pour nous ouvrir à la réalité de ce Dieu relationnel en qui nous croyons ».

Un Dieu Unique en trois Personnes. Quel beau mystère nous célébrons!Quel mystère d’amour nous est offert!

« Aujourd’hui, la solennité de la Sainte Trinité nous délivre un ineffable message: Dieu est amour. Amour miséricordieux d’un Père, révélé en son Fils, agissant en nos vies par l’Esprit (…) »

Ce paragraphe aurait peut-être suffit pour nous faire entrer dans ce mystère central de notre foi qui exige de toute personne qui s’aventure à en parler de rester humble. Car tout ce que nous pouvons dire de la Trinité nous a été révélé dans l’histoire du salut par Dieu lui-même qui nous donne de le connaître et de le reconnaître de manière progressive. C’est donc sur cette révélation que repose notre foi au Dieu Père, Fils et Saint Esprit.

S’il est vrai que nous ne trouvons nulle part dans la Bible le terme « Trinité », il n’en demeure pas moins que les trois personnes avec qui nous parlons lorsque nous prions la Trinité sont bien présentes dans les Écritures. En effet l’expression est d’abord apparue en grec (trias) au IIe siècle puis en latin (trinitas) vers le IIIe siècle chez des auteurs chrétiens; mais « la vérité révélée de la Sainte Trinité a été dès les origines à la racine de la foi vivante de l’Eglise, principalement au moyen du baptême. Elle trouve son expression dans la règle de la foi baptismale, formulée dans la prédication, la catéchèse et la prière de l’Eglise. De telles formulations se trouvent déjà dans les écrits apostoliques, ainsi cette salutation, reprise dans la liturgie eucharistique: « La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous » (2Co 13,13;cf.1Co12, 4-6;Ep4, 4-6)1

Nous nous appuyons donc sur la mission du Fils et du Saint-Esprit pour nous laisser entraîner dans la foi à la grandeur de ce mystère et contempler la beauté de la Trinité.

  1. L’action révélatrice et sanctifiante du Fils et du Saint-Esprit

La collecte de la fête de la Sainte Trinité exprime la mission du Fils et du Saint-Esprit dans le monde: « Dieu notre Père, tu as envoyé dans le monde ta Parole de vérité et ton Esprit de Sainteté pour révéler aux hommes ton admirable mystère; donne-nous de professer la vraie foi en reconnaissant la gloire de l’éternel Trinité, en adorant son Unité toute-puissante. »

Cette prière éclaire l’action révélatrice et sanctifiante que le Fils et l’Esprit reçoivent du Père et qui traduit leur égalité dans leur puissance d’action. En effet, le Fils et l’Esprit-Saint sont tous deux envoyés et leur mission trouve son origine dans le Père. De ce fait ils accomplissent une mission de révélation, de sanctification, de salut que seul Dieu peut accomplir.

Jésus-Christ est la Parole de Vérité envoyé dans le monde pour nous faire connaître le Père. Or, c’est à la Parole que revient la mission de manifester le visage de Dieu et de nous conduire dans cette rencontre avec le Père qui rejoint chaque homme et transforme les cœurs. Tout au long de la vie du Fils, par son incarnation qui s’accomplit dans sa mort et sa résurrection, la Trinité est manifestée et la prédication apostolique (kérygme) de la Pentecôte que Pierre adresse aux juifs et habitants de Jérusalem en est un exemple: « Hommes d’Israël, écoutez les paroles que voici: il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la préscience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. » (Ac2, 22-24), Pierre poursuit plus loin: « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous en sommes tous témoins. Elevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez. » (Ac2, 32-33).

La prédication apostolique de Pierre nous fait relire le chemin par lequel Jésus-Christ est passée : chemin allant de l’homme Jésus, de ce qu’il a accompli, sa mort sur la croix pour parvenir à sa résurrection et son exaltation: « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié » (Ac2, 36). Ce titre de « Seigneur et Christ » n’est pas anodin puisqu’il évoque la résurrection et nous renseigne sur les prérogatives divines du Fils, une divinité qu’il tient du Père et que l’Esprit scelle à jamais.

En effet cette révélation trouve son accomplissement dans le don de l’Esprit-Saint qui procure une vie nouvelle. Ce don que Jésus a lui-même reçu, il l’a répandu à la Pentecôte et continue de le répandre dans l’Eglise et dans le cœur de chaque baptisé qui, dans le credo, professent que « l’Esprit procède du Père et Fils, avec qui il reçoit même adoration et même gloire ». Mais nous savons que la personne du Saint Esprit peut être la plus difficile à saisir parce que nous ne disposons pas dans notre expérience humaine d’exemple, de nom pour parler de lui comme nous pouvons parler par analogie du Père et du Fils. Toutefois, nous pouvons nous appuyer sur ce que fait l’Esprit pour éclairer notre foi en cette personne de la Trinité. En réalité « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm5, 5).

Saint Jean montre bien souvent dans son évangile que le sommet de l’amour est la plénitude de la communion, une communion du Père, du Fils que l’Esprit unit et qui est vécue dans la reconnaissance de la singularité de chacune des personnes et dans une unité d’amour indivisible. Le véritable amour se tourne vers les autres et c’est aussi dans la communion que vivent les croyants que l’Esprit se manifeste en dévoilant qui il est: la communion d’amour du Père et du Fils en qui la sainteté nous est donnée.

  1. La Trinité, un don pour les chrétiens et le monde

Le concile Vatican II rappelait le témoignage d’unité de l’Eglise comme sa vocation première qui est de vivre et d’agir de telle manière que les personnes qui la voient et la rencontrent en soient non seulement interpellées mais qu’elles soient amenées à une relation avec Dieu et deviennent avec elle, témoins du Christ.

Nous chrétiens, sommes-nous conscients de cette vocation de l’Eglise ? Sommes-nous en mesure de vivre notre mission de baptisés et de témoins à laquelle le Christ nous appelle de tous ses vœux ? « Que tous soient un comme toi Père, tu es en moi et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi pour que le monde croie que tu m’as envoyé.  » (Jn 17,21ss).

En effet « l’Eglise universelle apparait comme un peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint »2. En cela, la Trinité est une parole à entendre, une image à contempler, une vie à imiter pour nous ouvrir à la réalité de ce Dieu relationnel en qui nous croyons. Elle nous offre un chemin sur lequel avancer avec le frère en renonçant au dieu du serpent pour adhérer au Dieu de la vie qui veut une relation juste avec l’homme et une relation empreinte d’humanité entre les hommes. La pluralité des personnes dans la Trinité constitue donc un socle sur lequel s’appuyer pour envisager nos différences comme des richesses. D’ailleurs, la Bible ne met-elle pas en avant les différences comme une réalité positive qui pointe l’harmonie du tout, désignant l’ensemble comme bon ? Si la différence est une bénédiction dans Bible, le chrétien est appelé à la vivre en étant traversé par sa foi. La tâche incombe à chacun puisque c’est dans sa relation aux autres que Dieu continue de se manifester encore aujourd’hui. Que faisons-nous pour que le monde croie ?

En contemplant la Trinité, nous nous laisserons portés par la grâce que l’Esprit nous donne et nous serons engendrés avec le Fils à la vie de Dieu. Demandons-le au Père et prions :

« Père d’amour et de paix, nous t’en prions. Que la grâce de ton Fils Jésus et la communion du Saint-Esprit révèlent à tous les hommes ta présence, toi qui nous aimes et qui règnes pour les siècles des siècles. Amen »

Soeur Gisèle Kantoussan

1 Catéchisme de l’Eglise Catholique n°249

2 Vatican II, Lumen Gentium n°4

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