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Sénégal
21 avril 2021
FidesPost
ACTUALITE CONTRIBUTION Nationale

La lutte politique sans « Frapp » : de la nécessité de savoir lire les signes des temps (Fr Pierre-Marie Niang)

Dans la récente crise politique au Mali, il se trouve que ceux qui avaient fait bloc contre le pouvoir n’avaient pas tous les mêmes intentions encore moins les mêmes objectifs dans leur lutte qui étaient pourtant la chose la mieux partagée. Evidemment, le combat politique les réunissait à l’unanimité. Mais au finish, force est de constater qu’il y avait en leur sein de profondes divergences d’ordre idéologique.

C’est pourquoi, ceux qui ne se sont plus reconnu dans ce combat ont vite déchanté au point de jeter l’éponge. Il n’est pas nécessaire de citer le nom de ce leader politique qui du reste appartient à la minorité religieuse au Mali. Ce dernier, dans le contexte sénégalais allait bien être identifié comme apparenté au groupe des « 5% ».

Au regard donc de cet échec politique cuisant qu’a essuyé ce leader politique membre de la minorité religieuse malienne, quelles leçons nous les chrétiens sénégalais pouvons-nous en tirer ou devrions nous en tirer ? Cette interrogation légitime qui en appelle d’autres nous oblige à la réflexion qui sauve et au discernement salvateur refusant ainsi très radicalement de verser dans le suivisme politique, voire politicienne.

Fort de notre esprit critique, fort de l’exemple malien que nous venons d’évoquer brièvement, on pourrait se demander si certains chrétiens sénégalais ne sont pas en train de porter le combat des autres comme cela s’est toujours fait dans l’histoire politique de notre pays ? Ne serions-nous pas dans une sorte de lutte avec « Frapp » qui nous oblige à confier comme toujours notre destin aux autres ?

Il se pourrait qu’on nous dise que comparaison n’est pas raison. Soit. Il se pourrait aussi qu’on nous dise que nous sommes en train de déplacer un problème purement politique pour l’amener sur le terrain glissant de la religion. Soit. Mais pour que nos éventuelles critiquent ne l’ignorent guère, nous voudrions bien les rassurer que nous ne sommes pas en train de tirer sur la fibre religieuse qu’on sait très sensible.

A l’endroit de nos potentiels pourfendeurs, nous voudrions rappeler que le contexte sénégalais fait qu’on ne peut pas faire de politique sans tenir compte de la religion : le lien intrinsèque existant entre les deux ne nous le permet.

Ce préliminaire à notre discours sur le vrai sens de l’engagement des catholiques en politique a tout son sens. Il va nous permettre de mieux orienter notre réflexion sur les combats à mener au regard de l’évangile et de la Doctrine Sociale de l’Eglise.

L’objectif poursuivi dans cette réflexion, c’est de les aider à approfondir leur choix politique afin qu’ils ne soient pas embarqués dans une lutte qui pourrait ne pas être la leur.

Loin de vouloir jeter l’huile sur le feu, nous nous positionnons comme un éveilleur de conscience et voudrions à travers ces lignes, poser les vraies questions qui pourraient nous aider à (ré)orienter notre combat politique comme chrétiens en vue d’une plus grande efficacité.

De la nécessité de la lutte sans « Frapp France dégage »

Est-ce que le combat que mène « Frapp France dégage » pourrait être celui d’un chrétien ? La France est-elle le seul pays impérialiste comme le laisse entendre ce groupe ou parti politique ? La France est-elle le seul oppresseur et l’unique ennemie de notre pays ? Si non, pourquoi, il n’y a pas de « Frapp Maroc dégage » pour ne prendre que cet exemple. Par le passé tout comme dans le temps présent, le Royaume chérifien ne s’est-t-il pas comporté comme des colonialistes et des despotes vis-à-vis de notre peuple ? N’ont-ils pas fait main basse sur notre secteur bancaire de nos jours ? Malgré tous leurs crimes contre nous consignés par l’histoire, on n’a jamais entendu les sénégalais dénoncer les abus de ces « Nars »[1], là où ils le font avec beaucoup d’enthousiaste avec les « Toubabs ». La justice sociale consisterait elle à dénoncer uniquement les abus des uns et fermer les yeux sur ceux des autres ?

De plus la lutte avec « Frapp » doit-elle être uniquement orientée contre l’impérialisme français ? Comme dans certains combats de lutte, la lutte avec « Frapp » est très souvent truquée voire manipulée par leurs promoteurs. En complicité avec les « gros bras » qui ne manquent pas au sein de l’arène (politique), ils peuvent mandater ces derniers pour semer le trouble et créer la confusion propice à l’anarchie et au chaos. C’est dire que l’idéologie sectaire de la lutte avec « Frapp » peut se déployer dans toute sa splendeur quand elle entretient à dessein des amalgames sur la nature de leur combat.

L’on sait par exemple que dans la mentalité de beaucoup de sénégalais, la France rime avec le christianisme qu’ils assimilent à la religion des blancs. Mais cet amalgame est tout de suite mise au clair quand il s’agit du Maroc regardé comme la capitale spirituelle de beaucoup d’entre eux.

C’est peut-être la raison pour laquelle, on n’entendra jamais parler de « Frapp Maroc dégage ». On n’entendra aussi jamais parler de « Frapp Turquie dégage », parce que beaucoup de sénégalais voient dans le président de ce pays frère, un véritable défenseur de leur religion. Au nom des relations fondées sur la religion, jamais on n’entendra dire que les sénégalais se seraient attaqué aux intérêts turcs, libanais, marocains et syriens. Et cette passivité vis-à-vis de leurs « frères » s’expliquent par l’appartenance à la même religion. Ce qui fait que, les injustices identifiées chez les uns le seraient moins chez les autres.

En définitive, entre la lutte avec « Frapp » et celle sans « Frapp », notre choix est vite fait. Parce que, les combats dont la fin provoque le chaos et la désolation ne peuvent être en adéquation avec l’Enseignement Social de l’Eglise qui nous recommande la préservation du bien commun[2] et encourage bien évidemment la lutte politique sans « Frapp » pour l’instauration d’un monde de justice et de paix.

Le combat des activistes les plus en vue sur le Réseaux sociaux

Parmi les activistes les plus connus et les plus en vue de notre pays, la majorité est d’abord et avant tout des défenseurs de leur religion. L’affaire « Sainte Jeanna d’Arc » et l’affaire de « l’imam Galadio Ka » nous le prouve à merveille.

Beaucoup ont lu, compris et analysé ces deux événements comme un affront fait à leur religion. Ils se sont clairement prononcés contre « cette minorité ». Certains sont même allés jusqu’à prôner des contre manifestations pour l’obliger à se mettre au pas, ce avec des menaces à peine voilées. Certains de leurs partisans du même bord religieux qu’eux se sont sentis obligés de dire aux « 5% » qu’ils sont justes « tolérés » au Sénégal. Ce qui pour nous est le summum de l’aberration. Serions-nous devenus des « parias » dans notre propre pays au point d’y être tolérés ?

Et c’est peut-être là que nous partageons la surprise de certains d’entre nous qui n’ont pas compris qu’on puisse s’allier avec quelqu’un qui s’est clairement prononcé contre nous dans l’affaire de l’imam Galadio Ka. Ceux qui sont contre nous ne peuvent mériter sous aucun prétexte notre collaboration. Pas même pour une entreprise de médiation !

In fine, la posture de ces activistes a fini de nous convaincre que l’actualité politique peut être lue et comprise avec le prisme de la religion. Ce qui ne nous surprend guerre. Mais alors qu’en est-il de notre propre lecture chrétienne de la situation politique de notre pays ? N’est-ce pas sous ce prisme qu’il faille analyser le discours de ces activistes de tout bord ? C’est certainement ce qu’exige de nous notre foi chrétienne qui doit être la boussole de notre engagement politique et citoyenne.

Regard chrétien sur les médias et la société civile

Qui peut aujourd’hui jurer que les médias observent une neutralité parfaite ? Il n’y a qu’à voir comment ils traitent l’information chrétienne. Si cette dernière n’est pas purement et simplement ignorée, on lui donne juste de très maigres plages horaires : C’est bien l’amateurisme et le tâtonnement qui caractérisent le traitement de l’information chrétienne.

Le seul moyen d’y remédier c’est aussi d’avoir des prêtres payés pour leur expertise de la même qu’on le fait pour les imams. N’est ce ce pas là aussi une injustice qui malheureusement ne nous émeut guère. Pourquoi l’information chrétienne est éternellement bâclée même à l’occasion des grandes solennités comme Noël et Pâques ?

Cette injustice a toujours existé et personne ne l’a jamais combattue avec nous pas même la société civile qui elle aussi se range du côté de l’opinion qui est loin de servir et de défendre les intérêts des « 5% ».

La plus grande lutte sans « Frapp » : préserver la diversité religieuse de notre pays

A l’issue de cette brève analyse de la situation de « crise » que traverse notre pays, il est important que les chrétiens eux-mêmes ne perdent pas de vue ces questions. En plus de celles que nous venons de soulever, l’urgence de leur lutte sans « Frapp » doit se focaliser aussi sur la préservation de la diversité religieuse de notre pays.

La défense et la préservation de la diversité religieuse de notre pays qui n’apparait pas toujours dans la plupart des discours des acteurs politiques et de la société civile doivent être identifié comme LE combat politique et citoyen par excellence. Ceux des « 5% » qui adhèrent au projet politique d’un parti doivent veiller à ce que cela soit pris en compte dans le projet de société de leur parti.

Autrement, on comprendrait difficilement qu’on puisse militer dans un parti qui nie votre liberté religieuse et de culte. Un Sénégal multiculturel, multireligieux nous semble être LA lutte politique que tout chrétien doit mener. Qu’il soit affilié à un parti ou pas.

Telles sont les questions que nous tenions à poser au « 5% ». Que ce temps de carême qui s’achève nous aide à les approfondir en apportant des réponses fermes et éclairées à ces interrogations afin que nous ne nous trompions pas de combat. Autrement, nous ne pourrons pas dire avec Paul, j’ai combattu le bon combat, j’ai gardé la foi. Voilà donc qui nous semble tout autant primordial à défendre et à préserver en ces temps fortement politisés.

Frère Pierre-Marie Niang, o.p.

[1] Nous pensons aux sinistres et ténébreux Almohades et Almoravides.

[2] Lettre pastorale des Evêques du Sénégal, Respecter et promouvoir le bien commun , 1982.

1 commentaire

Gilbert Ngom 31 mars 2021 at 9 h 58 min

Dans tous les cas,ce monsieur ne mérite pas de soutien de notre part! C’est mon opinion!
Après qu’un leader politique turbulent, issu de nos rangs, ait fait « plier » le clergé pour une pression sur le l’État en vue de sa libération, celui-ci s’est empressé d’aller s’enfoncer dans le bois sacré pour des bains rituels avant en lieu et place de demander une messe d’action de grâce et remercier ceux qui l’ont fait sortir!
Il nous fait beaucoup de discernement dans ce foisonnement de partis et de mouvements!

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