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14 août 2022
CONTRIBUTION EGLISE UNIVERSELLE VIE CHRETIENNE

La joie d’être prêtre malgré les harcèlements du monde (Par Abbé Raphaël Faye)

Joie et allégresse remplissent mon cœur tandis que je franchis les portes d’Ars en pèlerin d’Espérance. Dans mon cœur, s’élève cette phrase du Saint Curé à Antoine Givre : “Tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du Ciel”. Un pèlerin qui est en chemin sur cette terre marche avec Jésus, le Chemin qui est en lui-même le Ciel, c’est-à-dire la rencontre de Dieu et de l’Homme. “Montre-moi le chemin du ciel” se fraye un chemin dans mes profondeurs existentielles. Ma joie ne cache pas mes questionnements de jeune prêtre moins aguerri, mes illusions, mes erreurs, bref mes péchés qui ne militent pas pour ma conversion. Je suis tout bonnement avec les consolations de Dieu, les harcèlements du monde et les désolations que le Seigneur permet pour nous faire grandir. La grâce sacerdotale est toujours le “risque de Dieu entre les mains des hommes”.

Qu’est-ce que le Prêtre ?

Les aînés dans le sacerdoce pourraient sûrement donner une réponse sage, non passionnelle, à cause de leur expérience affinée par les années de vie sacerdotale. Mais je ne peux m’empêcher de répondre à cette interrogation par la lumineuse réponse de Saint Jean-Marie Vianney : “le sacerdoce, c’est l’amour du Cœur de Jésus”. Le cœur du Christ transpercé en Croix ( Jn 19,34) est la source des sacrements de l’Eglise. Son cœur transpercé signifie son existence toute donnée pour le royaume. Le Christ possède un sacerdoce personnel et existentiel. Il n’est pas de la Tribu de Lévi mais de Juda. Sa royauté possède un caractère sacrificiel parce qu’étant Roi il est suspendu entre ciel et terre pour être en lui l’agneau du sacrifice, l’autel et le prêtre ( préface Pascale V) qui inaugure une nouvelle manière  de représenter les autres devant Dieu d’une manière efficace. Le Christ qui a irrigué tout le peuple de Dieu du bain de la nouvelle naissance, fait participer tout son peuple de son Onction ( Mt 3,16; Act 4,27), il le réunit en un seul corps où tous les membres sont égaux fondamentalement à cause du baptême. Cependant, “ le même Seigneur, voulant faire des chrétiens un seul corps, où tous les membres n’ont pas la même fonction ( Rm 12,4), a établi parmi eux des ministres qui, dans la communauté des chrétiens, seraient investis par l’Ordre du pouvoir sacré d’offrir le Sacrifice et de remettre les péchés et y exerceraient publiquement pour les hommes au nom du Christ la fonction sacerdotale. C’est ainsi que le Christ a envoyé ses apôtres comme le Père l’avait envoyé, puis, par l’intermédiaire des Apôtres, il a fait participer à sa consécration et à sa mission les évêques, leurs successeurs, dont la fonction ministérielle a été transmise aux prêtres à un degré subordonné (PO 2)”. Le prêtre est un don de la Trinité pour continuer l’œuvre du Verbe incarné. Sa mission doit se comprendre comme un déploiement de ce qu’il est. Il est prêtre tant qu’il est uni au véritable prêtre Jésus-Christ dans le sacrement de l’ordre. Il a un pouvoir sacré de service et non de tyrannie et mondain. Le prêtre porte toujours sa vocation baptismale qu’il partage avec les autres chrétiens. Il est appelé à la sainteté comme les autres chrétiens et il partage la mission évangélique avec eux.

Ce que nous venons de dire d’une manière ramassée ne peut en aucun cas cerner l’identité du prêtre qui se renouvelle toujours pendant les crises des époques. Chaque époque possède son erreur quant à l’identité du prêtre. Le prêtre est-il seulement un homme du culte, un agent social, celui qui résout tous les problèmes ? Aujourd’hui, il est facile de se décourager face aux déviances des prêtres que les médias aiment étaler. Il est aussi grand temps d’évaluer notre manière d’appréhender la vie et le ministère des prêtres. Combien de prêtres font un travail énorme que les médias n’évoquent pas ? Combien de prêtres passent des nuits blanches dans les prisons, les hôpitaux ? Bref, combien de prêtres sont au service des âmes ? Ces crises doivent être interprétées avec prudence et elles sont un appel à se questionner sur la place suffisante accordée à la formation humaine, spirituelle et psychologique des prêtres (PO 1).

Qu’est-ce que je peux bien demander à tes pieds Saint Curé d’Ars ?

Mon JE dans cette prière ne doit pas occulter le Nous ecclésial, l’ensemble de tous ces frères et sœurs que nous portons en prière. Il est clair que je ne peux pas oublier le Nous sacerdotal qui fait de nous des confrères dans le sacerdoce ministériel.

Que l’on dise que le Saint Curé a fait des études laborieuses avant d’être prêtre, cela n’encourage nullement le laxisme intellectuel ni le gnosticisme aride. Il me semble que la théologie est une science sacrée, qui traite de la révélation depuis ses balbutiements dans la Théologie naturelle jusqu’à son plein accomplissement en Jésus-Christ, qui par son Esprit nous permet d’y trouver une orientation pour chaque époque de l’histoire. Dieu, objet et sujet de la théologie, nous confie son mystère pour le salut. Avec le Saint Curé d’Ars faisons la théologie dans un climat de contemplation. Notre parole ne doit être vide à cause de l’infécondité de notre vie. Que notre théologie se fasse sagesse. Parler de Dieu suppose parler avec Dieu. Il ne suffit pas d’étudier pour connaître ce qu’il faut croire, mais aussi étudier pour connaître et vivre de la connaissance de Dieu dans le concret de nos vies. Saint Curé, que notre science se traduise en charité pour les âmes.

Un des traits qui frappent, en méditant sur la vie de Saint Jean-Marie Vianney, est sa vie de prière intense, la force de sa charité pastorale. Quand le monde qui court vers l’efficacité nous séduit, on perd le goût de la prière et on peut tomber dans l’acédie. S’enraciner dans la vie de prière est un combat de tous les jours. Il est nécessaire aussi pour bien prier, regarder en face sa vie, savoir qui suis-je dans mes contradictions, mes joies, mes souffrances et surtout apprivoiser mon ombre, ne pas être quelqu’un que l’on n’est pas.

Le prêtre de la nouvelle alliance exerce le ministère de l’Esprit ( 2 Co 3,8-9; PO 12) qui lui permet de participer à l’Onction du Christ pour discerner les signes des temps, être seul avec le Seul pour comprendre de l’intérieur la dynamique du peuple de Dieu. Le ministère de l’Esprit fait tendre le prêtre à la perfection du Bon Pasteur. Il devient un guetteur ( Ez 3, 16) qui voit le danger venir et qui avertit le peuple. Devant Dieu, le prêtre fait œuvre d’intercession pour le peuple et devant le peuple, il proclame les droits de Dieu à ne pas piétiner.

Le prêtre est humble dans sa prière, car il n’idolâtre pas Dieu et n’a pas une emprise sur les fidèles. Il ne peut réduire Dieu à son expérience spirituelle, ni le réduire à ses concepts. Avec humilité, il laisse la grâce traverser toute sa vie pour être en solidarité avec les autres chrétiens. Il n’est pas un gourou qui profite des faiblesses des brebis pour satisfaire ses désirs personnels. Avec la grâce sacerdotale, il marche dans l’acquisition des vertus chrétiennes et vaincre les tendances de la chair ( PO 3, 12, Eph 4,13). Saint Curé d’Ars obtient du Seigneur une vie de prière pour soutenir la mission.

L’annonce de la Bonne Nouvelle est un devoir pour nous comme coopérateurs des évêques. Devant la fécondité de l’annonce faite par le Saint Curé d’Ars, nous ne pouvons demander que cette grâce de laisser la Parole faire un chemin dans nos vies avant de la proposer aux autres. Quel défi pour nous concernant la lectio divina, la préparation de l’homélie.

Personne ne peut réclamer le droit d’être prêtre. L’appel concerne d’abord le candidat, mais le discernement est ecclésial. Tous ces confrères ont un appel. Quelle grâce pour l’Église de voir ses prêtres manifester les trésors du cœur du Christ.

Que notre Vie soit une obéissance continue au Verbe de Dieu et à notre évêque Saint Curé d’Ars !

Pourquoi pas avec toi notre chère Mère Marie ? Pourquoi pas oser le oui sacerdotal chaque jour ? Et la continence, la chasteté, pourquoi pas tenir ta main si pure et regarder tes yeux qui sont inondés par la lumière de la Trinité. Pourquoi pas te donner le bouquet de rose de nos vies avec les épines signes de nos défaillances ? Pourquoi ne pas toujours faire un saut en avant dans l’inconnu en ayant confiance comme toi au Dieu d’amour ? Marie, saisis le cœur de tous les prêtres de ton humble oui. Avec toi, nous sommes sûrs de dire toujours un oui inconditionnel au Christ. Nous t’aimons Maman.

« Dieu de puissance et de bonté, tu as fait de Saint Jean-Marie Vianney un prêtre admirable, passionnément dévoué à son ministère ; accorde nous, par sa prière et à son exemple, d’avoir pour nos frères et sœurs une charité qui les gagne au Christ, et d’obtenir avec eux l’éternelle gloire ». Amen.

BONNE FÊTE À TOUS LES PRÊTRES

Abbé Raphaël Faye

Diocèse de Thiès

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