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Sénégal
6 juillet 2022
ACTUALITE CONTRIBUTION Nationale

La démocratie au Sénégal : souveraineté du Peuple ou exactions du Mandaté ? (Peter Kabo)

Par définition, la démocratie renvoie à la souveraineté du peuple, suivant les principes démocratiques tels que la stabilité du cadre constitutionnel, l’équilibre et la stabilité des différents pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, le respect de l’opposition, le respect et la prise en compte des minorités… Il est donné ici de constater qu’il ne s’agit point de l’apanage du pouvoir souverain et de ses institutions par une seule personne. Il s’agit là du peuple et non les intérêts d’une seule personne qui, par mandat, incarne le pouvoir souverain de celui-ci.

Mais, en quoi consistent le rôle et la mission de celui qui a reçu mandat du peuple ? Cette personne, de par le mandat qu’il a reçu du peuple, a pour rôle, mission et devoir de veiller au bien de celui-ci, au bien commun. Il a une mission et un rôle de veille et de vigilance sur les principes fondamentaux susmentionnés de la démocratie. Il est, par excellence, le gestionnaire de la res publica ou « chose publique », de la République, de l’État, des institutions… Il s’agit d’une gestion qui, selon le préceptorat chrétien de la piété et de l’humilité, tend au « souverain bien » prôné par le pape Grégoire le Grand (590-604), jadis aux rois, à savoir la justice. D’ailleurs, saint Augustin affirmait ceci : « Remota justicia, quid sunt regna nisi magna latrocinia [sans la justice, que sont les royaumes, sinon de grands brigandages]. »[1] Sans veiller à cette justice, le mandaté exécutif du pouvoir souverain du peuple verse dans des exactions, c’est-à-dire des « actes de violences, rapines exercées contre les populations ». En cela, force est d’admettre avec Isaac Asimov dans Fondation (1966), par la voix de Hardin, que « la violence est le dernier refuge de l’incompétence ». En clair, faute de compétence pour gérer la res publica, le mandaté frôle la tyrannie et use de la violence. Ce qui est tout à fait contraire à la démocratie et annihile ses principes.

Au regard de tout cela, qu’en est-il au Sénégal actuellement ? De la démocratie ou du brigandage ou encore pire des exactions ? En quoi la gestion actuelle de la justice, de la République… concourt à l’épanouissement et au bien du peuple ? Il faut et il urge pour une meilleure gestion du « souverain bien » qu’est la justice et le souci de l’épanouissement du peuple sénégalais (d’entreprendre) une convergence utile du pouvoir temporel (l’État et ses institutions) et du pouvoir spirituel (les institutions religieuses) souvent pris à part. Il n’est pas question ici d’une instrumentalisation mutuelle de l’un vis-à-vis de l’autre, selon les intérêts personnels. Il doit être plutôt question de veille et de vigilance réciproques de l’un sur l’autre pour la justice et l’épanouissement du peuple sénégalais, ce peuple à la fois croyant et citoyen et vice-versa. Dans cette même perspective, il est impérieux de faire concilier les différents points de vue comme différents condiments dans la marmite du dialogue pour plat commun du peuple sénégalais, un plat riche d’unité, de foi et de but et aux saveurs de la justice et de l’éthique. D’ailleurs, ne faut-il pas se convaincre avec William Cavanaugh que « nous ne pouvons pas construire un monde juste par la coercition et par la force » ?

Peter KABO

Théologie

Sciences des Religions et Sociétés

[1] Cf. Saint Augustin, in Histoire des institutions de l’époque franque à la Révolution, France, PUF, 1990, p. 24.

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