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29 juillet 2021
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La conversion pastorale de nos paroisses : un défi pour la nouvelle évangélisation (Par Abbé Séraphin-Raphaël Ntab)

C’est avec beaucoup de joie que nous avons accueilli, le 20 juillet 2020, la nouvelle instruction de la Congrégation pour le Clergé, intitulée « La conversion pastorale de la communauté paroissiale au service de la mission évangélisatrice de l’Église ». Ce document, à mon sens prophétique, eu égard à tous les changements qui surviennent dans notre monde que l’Église a mission d’évangéliser, me paraît nous interpeler quant à cette mission délicate et exigeante à la fois.  En effet, annoncer la foi en Jésus Christ reste la préoccupation première de l’Église, qu’elle doit porter courageusement. Saint Paul, en missionnaire infatigable de l’Évangile, y consacrera une bonne partie de ses épîtres.  Cette préoccupation qui l’habitait a pu se traduire par plusieurs de ses affirmations. C’est ainsi qu’on l’entendra dire, dans sa lettre aux romains : « Quiconque aura invoqué le nom du Seigneur sera sauvé […] Comment donc invoqueront-ils celui en qui ils n’ont pas cru ? Et comment croiront-ils en celui dont ils n’ont pas entendu parler ? Et comment en entendront-ils parler sans personne qui prêche ? Mais comment prêcheront-ils, s’ils ne sont pas envoyés ? Comme cela est écrit : « Qu’ils sont beaux les pas de ceux qui annoncent les bonnes choses ! »[1] » Il va sans dire que l’annonce de l’Évangile est une dimension constitutive de l’Église. Mais, comment accroître les chances de réussir cette mission, jamais facile, mais rendue davantage difficile dans un monde en pleine mutation ?

La réponse à une telle interrogation se trouve dans l’instruction divisée en onze chapitres, dont je viens de faire mention. Entre les anciennes générations qui, souvent nostalgiques, ne s’empêchent de s’exclamer : « Ah, de notre temps… » ; et les nouvelles qui n’ont pas peur de dire : « Il n’y a qu’à » ou encore «  Les choses doivent changer », se trouve la pertinente question de comment annoncer Jésus Christ aujourd’hui. Cette question, à laquelle je n’ai nullement la prétention de donner une réponse définitive, s’adresse à tous, prêtres, religieux et relieuses et  fidèles laïcs, dans une logique de coresponsabilité. C’est d’autant plus vrai que « dans le sillage du Pape François, la Congrégation pour le Clergé encourage les paroisses à choisir une orientation missionnaire, et à être attentives à ce que chaque baptisé y trouve sa place spécifique ». Le temps où l’on pensait que l’Église n’était que l’affaire du Pape, des Cardinaux, des Évêques, des prêtres, des religieux, des religieuses et de quelques laïcs triés sur le volet, est révolu.

La conversion pastorale reste un des thèmes fondamentaux de la « nouvelle étape de l’évangélisation »  que l’Église est appelée aujourd’hui à promouvoir, afin que les communautés chrétiennes soient toujours plus des centres qui favorisent la rencontre avec le Christ[2]. Pour ce faire, il est essentiel que nos paroisses s’intéressent davantage à ceux et celles qui, ignorant leurs droits et devoirs dans l’Église, ou de peur d’être jugés ou incompris, se tiennent à l’écart. C’est bien dans ce sens que le Cardinal Stella, Préfet de la Congrégation pour le Clergé,  affirme que « nous avons besoin de paroisses capables d’aller chercher ceux qui sont loin ». L’on peut facilement percevoir la mission ad intra et ad extra de nos paroisses souhaitées être des lieux de vie, de rencontre, d’échange et de croissance.  La réussite d’une telle entreprise passera nécessairement par une nouveauté qui sache s’inscrire dans la continuité de la mission confiée à l’Église.

L’on comprend, dès lors, pourquoi « la réflexion ecclésiologique du Concile Vatican II et les importants changements socio-culturels des dernières décennies ont amené diverses Églises particulières à réorganiser la manière de confier la charge pastorale des communautés paroissiales. Cela a permis de lancer des expériences nouvelles, qui mettent en valeur la dimension de la communion et qui mettent en œuvre, sous la conduite des pasteurs, une synthèse harmonieuse de charismes et de vocations au service de l’annonce de l’Évangile, qui corresponde mieux aux exigences actuelles de l’évangélisation[3] ». Les situations que décrit le document en question poussent l’Église vers une réforme des paroisses afin d’annoncer l’Évangile de manière plus efficace. Cette instruction, qui vient à son heure,  « entend développer le thème du renouveau de la paroisse dans un sens missionnaire, en se fondant sur l’ecclésiologie du Concile Vatican II, éclairé par le Magistère récent, et en considérant les contextes sociaux et culturels qui ont connu de profondes mutations. La paroisse reste une institution incontournable pour la rencontre et la relation vivante avec le Christ et les frères dans la foi. Mais il est tout aussi vrai qu’elle doit être constamment confrontée aux changements qui s’opèrent dans la culture actuelle et dans la vie des personnes. Cela permet d’explorer avec créativité les voies et les moyens nouveaux qui lui permettent d’être à la hauteur de sa tâche première, celle d’être le centre moteur de l’évangélisation[4] ». Point n’est besoin de redire que, si l’Évangile reste le même, la façon de l’annoncer doit s’adapter au temps. À ce propos, on ne peut que se réjouir de voir la convocation, çà et là, de synodes diocésains. Il me vient à l’esprit les synodes des diocèses de Ziguinchor, récemment clôturé, de Kolda, en cours, et de Rabat en perspective.

De telles initiatives, qui auront sans doute un impact sur la vie des paroisses des diocèses précités,  me paraissent un « passage obligé » pour permettre à l’Évangile, qui garde toujours sa saveur,  de se dire dans un langage nouveau, avec une tonalité et des couleurs nouvelles. Il s’agit d’annoncer autrement l’Évangile sans en faire un autre Évangile. Savoir lire les signes des temps, c’est aussi inscrire nos paroisses dans cette dynamique de conversion.

Que l’Esprit Saint, auteur des énergies nouvelles, nous y accompagne afin que l’Église, qui existe pour évangéliser, soit toujours fidèle à sa mission d’annoncer le Christ à toutes les générations.

Abbé Séraphin-Raphaël NTAB

Professeur de Théologie Dogmatique

Vicaire épiscopal en charge de la formation dans le diocèse de Kolda 

 

[1] Rm 10,14-15.

[2]  cf. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium24 novembre 2013, n. 287 : AAS105 (2013), 1136 ; DC 2014, n. 2513, p. 82.

[3] La conversion pastorale de la communauté paroissiale au service de la mission évangélisatrice de l’Église  1

[4] I122.

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