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4 décembre 2021
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La contribution de l’Église à la construction d’un Sénégal de justice et de paix

Le 20 novembre 1994, les Évêques du Sénégal avaient publié une lettre pastorale intitulée « Bâtir ensemble un Sénégal de Justice et de paix » inspirée par la crise multidimensionnelle qui caractérisait alors le pays.  25 ans après, l’Église du Sénégal a organisé, du 8 au 9 juin à Thiès, un forum de commémoration de cette lettre, pour évaluer son impact sur la société sénégalaise afin d’élaborer une analyse prospective et de proposer des solutions pour un meilleur vivre ensemble. A cette rencontre qui a rassemblé 250 personnes issues des 7 diocèses du Sénégal, des mouvements et structures d’Eglise, des institutions et ministères, de la société civile, des familles religieuses, notamment, musulmanes, quatre importantes communications ont été données par des experts sur les politiques de développement économique ; la gouvernance et la citoyenneté ; l’éducation et la contribution de l’Église à un Sénégal de justice et de paix.

Ce forum commémoratif a servi de cadre pour un bilan diagnostic sélectif des politiques publiques (sectorielles) en vue d’un développement économique équitable, solidaire et durable depuis 1994 et d’analyse des différents aspects de la gouvernance publique (dans les secteurs pointés par la lettre des évêques), de la citoyenneté, des libertés publiques et de la justice au Sénégal. Il servait également de contexte pour une mise en exergue des problèmes, défis et potentialités de l’éducation comme un instrument de promotion des valeurs et de la culture de la paix et de la justice ; d’évaluation de la contribution de l’Eglise dans la mise en œuvre des orientations de la lettre pastorale de 1994 et de formulation de recommandations de nature à consolider le climat de justice et la paix au Sénégal.

Pour François Joseph Cabral Professeur Titulaire des Universités, Agrégé en Science économique, de la Faculté des Sciences économiques et de gestion de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, « la croissance est, certes, une condition nécessaire mais elle n’est pas suffisante à un développement équitable, solidaire et durable ». Pour y arriver, selon lui, cela « suppose, d’abord, une combinaison de changements mentaux et sociaux qui rendent un pays apte à faire croître, cumulativement et durablement sa richesse et, ensuite, un profil de création de richesses de type pro-pauvre, réducteur des inégalités et préservant la nature ». Après avoir fait remarquer que « la faiblesse des institutions fait généralement le lit de la corruption », le Prof Cabral a également indiqué la nécessité de repenser les institutions pour les rendre plus forte dans un sens qui mette en avant la culture du bien commun. Il a par ailleurs suggéré « un investissement massif en quantité et en qualité dans le capital humain afin de relever l’accès à l’éducation et à la santé des ménages, en particulier, les plus pauvres afin de desserrer la trappe de pauvreté dans laquelle ils peuvent être enfermés de génération en génération ». Face aux effets des changements climatiques, l’Agrégé en économie a aussi relevé l’urgence de mettre en œuvre des mesures d’adaptation pour renforcer la résilience des populations.

Texte complet ici

Dans son intervention axé sur le thème « L’Etat : Gouvernance, citoyenneté, libertés publiques et justice » qui a suivi, Mme  Eugénie Rokhaya Aw Ndiaye a souligné de nombreuses entraves telles que la corruption, le blanchiment d’argent, les litiges fonciers, l’accaparement des terres, la justice à deux vitesses, la violence exprimée par  beaucoup de  jeunes, la méfiance à l’égard de l’autorité publique, les nombreuses restrictions aux libertés publiques, l’immixtion de courants obscurantistes dans la vie quotidienne, la violence contre les médias et les rapports conflictuels pouvoir/opposition. Pour faire face aux multiples crises suscitées par ces dysfonctionnements, l’ancienne directrice du CESTI préconise le retour aux valeurs morales et éthiques mais aussi à une éducation des mentalités. Elle a aussi appelé les partis politiques à promouvoir l’apprentissage du débat contradictoire dans les écoles de partis et à ne pas limiter la démocratie aux élections. « Nous avons une responsabilité citoyenne, nous sommes devenus quasi absents de l’édifice institutionnel de notre pays », a déploré Mme Aw-Ndiaye à l’endroit de la communauté catholique dont « les hommes et les femmes d’affaire sont invités à oser, au nom du soin aux plus pauvres, aux plus vulnérables et comme contribution durable, bâtir un modèle économique qui s’appuie sur la formation de jeunes professionnels responsables et compétents ». « Nous devons réapprendre à mieux nous engager dans les mouvements de la société civile : être des leaders serviteurs », a-t-elle ajouté.

Texte complet ici

D’après Maurice Ndéné Warore, Consultant en Education et en Aménagement des Espaces Ruraux et Urbains, les politiques d’ajustement structurels ont eu impact défavorable sur le système éducatif. Les nombreuses politiques éducatives élaborées depuis  1994 tentent toutefois d’y remédier. Pour faire de l’éducation un levier de développement, Monsieur Warore entrevoit comme solution la non-politisation du système éducatif, la responsabilisation des techniciens de l’éducation en prenant de leur capacité à concevoir des outils de gestion du système et à prendre des décisions techniques. Il estime que  les nombreuses forces  (ressources humaines compétentes, textes réglementaires bien élaborés, patriotisme, …) sont sans doute des facteurs clé de succès.

Enfin, Abbé Alphonse Seck Secrétaire Général de Caritas Sénégal et Secrétaire Exécutif de la Commission Épiscopale de Justice et Paix a présenté de façon détaillée la contribution de l’Eglise qu’il a abordée en trois axes. Il a d’abord rendu compte de la contribution immatérielle de l’Eglise à travers de nombreuses lettres pastorales des Evêques sur des thématiques qui intéressent tout l’homme et tout homme comme, entre autres : le respect des droits de la personne humaine, la dignité de la femme, le respect et la promotion du bien commun. Il a par la suite parcouru la contribution à la lutte contre la pauvreté et la promotion humaine intégrale  à travers les œuvres de santé, d’éducation, de promotion de la femme, de promotion d’un développement humain intégral par l’action de la Caritas. Et enfin, la contribution de l’Eglise sous la forme d’une quête permanente de la paix et sa consolidation, pour la cohésion sociale et le vivre-ensemble, à travers des initiatives d’éducation des consciences, surtout de la jeunesse, d’éveil à la citoyenneté responsable.

Ce différentes communications qui ont fait l’objet de plusieurs travaux de groupes permettront  aux organisateurs du forum de formuler des recommandations pertinentes qui seront publiées très prochainement.

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