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26 novembre 2022
VIE CHRETIENNE

La Bible est inspirée par Dieu mais ce n’est pas une dictée

La question de l’inspiration de la Bible fait l’objet de controverses même parmi les chrétiens. Si pour certains d’entre eux, la Bible est « dictée de Dieu, pour d’autres elle la Parole de Dieu à l’état pur, exempte d’erreur. Un peu comme si les auteurs bibliques n’avaient eu qu’à mettre par écrit des paroles de Dieu transmises par l’Esprit saint sans qu’il y ait de travail de compréhension ou  l’interprétation de leur part. Tandis que pour d’autres encore, dire que la Bible est inspirée par Dieu ne signifie pas la négation du rôle des auteurs bibliques et de la tradition. Qu’est ce que donc l’inspiration selon l’Eglise catholique ?

L’inspiration dans l’Eglise catholique

L’Eglise catholique se fonde les paroles de l’Ecriture pour affirmer la Bible est la « Parole de Dieu », particulièrement sur deux textes du Nouveau Testament, des deux Pierre et Paul: « Toute l’Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice » (2 Tm 3,16)  et « Puisque ce n’est jamais par la volonté d’un homme qu’un message prophétique a été porté : c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu.» (2 P 1, 21).

Elle reconnaît, toutefois, que la Bible n’est ni la « dictée par Dieu, lui-même du texte sacré », ni l’approbation par Dieu a posteriori d’une œuvre humaine faite sans lui, ni même le simple fait que Dieu aurait préservé de l’erreur les écrivains sacrés.

Le but de l’inspiration

Le but de l’inspiration est de révéler le mystère de Dieu aux hommes. Dieu se connaître par les hommes. Il le fait de manière pédagogique, en se laissant découvrir peu à peu et en redressant progressivement l’homme pour le rendre capable de vivre en communion intime avec lui. « Pour rendre assimilable un gramme de vérité transcendante, il faut des tonnes d’histoire éducative ou distrayante, de psaumes, d’oracles… Tout ce qui fait l’éducation d’un peuple au cours de sa croissance ».

Les trois acteurs de l’inspiration bibliques

Dans sa Constitution Dei Verbum du Concile Vatican II, l’Eglise catholique déclare : « Les livres entiers, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, la sainte mère Eglise, de par la foi apostolique, les tient pour sacrés et canoniques, du fait que, rédigés sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, ils ont Dieu pour auteur et ont été transmis à l’Eglise comme tels. Mais, pour composer les livres saints, Dieu a choisi des hommes qu’il a employés, eux-mêmes usant de leurs facultés et de leurs forces propres, de sorte que, agissant lui-même en eux et par eux, ils transmettent par écrit, en véritables auteurs, tout et cela seulement que lui-même voulait. » (cf. DV, 11).

La conception de l’inspiration biblique suppose l’intervention de trois auteurs, à savoir: Dieu, les auteurs bibliques et l’Eglise. 

  • Dieu

Il est l’auteur principal des textes sacrés. « Ils ont Dieu pour auteur ».  C’est lui qui a pris l’initiative de se faire ainsi connaître aux hommes et de leur faire connaître la vérité.

  • Les auteurs bibliques

« Dans la sainte Ecriture, Dieu a parlé par des hommes à la manière des hommes » (Dei Verbum, n° 12 ; cf. aussi He 1, 1). Inspirée par Dieu, la Bible a été écrite par des hommes, qui sont de vrais auteurs. Ils ont assuré la rédaction des textes sacrée non pas comme des automates ou des hommes placés sous hypnose. Dieu les a choisis à son service en respectant leur liberté ; sans entraves à leur génie propre, leur culture et leur mode d’expression. Il les a plutôt mis à profit.

Voilà pourquoi on peut étudier les textes avec les méthodes de la critique littéraire, chercher à connaître l’intention de l’auteur, son caractère, les sources, etc. Ainsi lorsque nous lions les textes de Isaïe, Jérémie, Matthieu ou Paul, nous entrons en contact à la fois leurs paroles et celle de Dieu. Dans la Bible, tout est de Dieu et tout est de l’homme.

« La grâce d’inspiration divine agit tellement à l’intime de l’homme qu’elle respecte sa liberté et ne violente en rien ses propres capacités ; seul Dieu est ainsi capable de mouvoir l’homme de l’intérieur sans violer sa liberté. C’est ainsi que les auteurs sacrés ne sont pas des magnétophones, mais des interprètes intelligents, et leurs ouvrages non des photographies mais des tableaux marqués par leur art personnel ». 

L’inspiration est donc un phénomène concernant à la fois les textes et leurs auteurs. L’Eglise catholique parle de « livres rédigés sous l’inspiration de l’Esprit-Saint » et d’ « auteurs inspirés ou hagiographes » ; 2 Tm 3,16 parle d’ « Ecriture inspirée », et 2 P 1, 21 d’ « hommes poussés par l’Esprit-Saint » (cf. Dei Verbum)

  • L’Église

L’inspiration biblique suppose l’action de l’Esprit-Saint car la Parole de Dieu est indissociable du Peuple de Dieu dans lequel elle est prononcée, du dessein de Dieu sur ce peuple et, à travers lui, sur toute l’humanité. Elle s’étend de l’Ancien Testament au Nouveau Testament, où Dieu envoie parmi les hommes sont Fils unique, le Messie, Jésus-Christ, qui est son ultime et définitive parole.

En outre, « avant d’être écrit, le message a été vécu et parlé; il a culminé dans l’événement qu’est Jésus-Christ, lequel n’a rien écrit mais en qui Dieu nous a tout dit (cf. Hé 1,1-2). C’est le même Esprit qui a fait vivre l’Evangile et ensuite l’a fait écrire. Dieu parle donc dans, pour et à travers la communauté des croyants ; l’écrivain sacré ne doit jamais en être séparé, pas plus que l’écrit ne doit être séparé de la vie qui l’a précédé : Abraham, les patriarches, les rois, les prophètes et tout Israël ont fait l’histoire sainte avant qu’elle ne soit écrite ; les apôtres ont fait l’Eglise avant qu’elle ne soit décrite ».

Enfin, c’est l’Eglise elle-même qui, mue par l’Esprit-Saint, a reconnu le caractère inspiré des livres saints. Selon saint Irénée de Lyon, le signe déterminant pour cette reconnaissance est la permanence de l’usage de ces livres dans le Peuple de Dieu et l’affirmation de leur autorité normative par les hommes choisis pour être ministres de la Parole de Dieu et accrédités par la succession apostolique.

La Parole de Dieu précède et dépasse la Bible

L’Eglise catholique considère, certes, que les textes bibliques sont un lieu privilégié pour entendre la Parole de Dieu, mais pour elle le texte biblique, composé par des humains, n’est pas à confondre avec la Parole de Dieu qui est une réalité divine.

Dans le message du synode sur La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église (Verbum Domini, 2010), on lit : « La Parole de Dieu précède donc et dépasse la Bible. Nous croyons que Dieu se révèle en passant par des médiations humaines. Le Prologue de l’évangile de Jean affirme que la Parole s’est faite chair. Cela est vrai du Fils de Dieu en Jésus de Nazareth, mais cela l’est tout autant des écrits bibliques. « La tradition chrétienne a souvent mis en parallèle la Parole divine qui se fait chair avec cette même Parole qui se fait livre. » (Message du synode, §5)

Les textes bibliques sont la Parole de Dieu qui se livre en langage humain. Puisque tout langage humain est limité, conditionné culturellement, ainsi en est-il de la Bible. Ses auteurs ont certes été inspirés par l’Esprit saint et éclairés par leur foi, mais cela n’abolit pas les limites de leurs facultés humaines. Méditant sur l’histoire de la révélation judéo-chrétienne, nous constatons que Dieu vient toujours à nous à travers des réalités bien incarnées. L’inspiration biblique s’inscrit elle aussi dans ce mode de l’incarnation.

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