Enseignement : « Moi…, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui » (Abbé Eugène J. A Diouf)

Nous vous proposons l’intégralité de l’enseignement de l’Abbé Eugnène Diouf, Curé de la paroisse Epiphanie du Seigneur de Nianing, donné dans le cadre d’un programme d’enseignement et de formation des fidèles de l’archidiocèse, élaboré par l’Office Diocésain de l’Information et de la Communication (OFICOM), diffusé tous les vendredis. C’était le tour de la paroisse de Nianing le vendredi 15 mai 2020. L’enseignement de l’Abbé Eugène Diouf avait thème : « Moi…, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui ». Des paroles de Jésus tirées de l’évangile selon Saint Jean, chapitre 14, verset 21.

Je voudrais aussi, avant d’aborder le thème qui nous est proposé, vous saluer toutes et tous en empruntant à l’apôtre Paul ces paroles tirées de sa lettre aux Philippiens : « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus ». (Ph 4, 6)

Les temps – et c’est un pléonasme que de le dire – sont durs, l’heure est grave ; mais nous ne sommes jamais seuls, l’Emmanuel (Dieu-avec-nous) est un Dieu qui garde sa fidélité à notre égard en toute circonstance, plus encore dans les heures troubles de notre vie, et jusque même dans notre infidélité. Avant de passer de ce monde à son Père, il avait promis à ses disciples de leur envoyer le Défenseur, le Consolateur. Il a tenu sa promesse et continue de faire descendre le même Esprit sur nous afin que nous puissions toujours marcher sur les chemins de l’Evangile.

C’est vers ce même Esprit que nous voulons nous tourner aujourd’hui, pour lui confier ce temps de partage et lui confier les tristesses et les angoisses de ce monde frappé par la pandémie du (de la) Covid-19 et tant d’autres souffrances :

Viens, Esprit Créateur,
visite l’âme de tes fidèles,
emplis de la grâce d’En-Haut
les cœurs que tu as créés.

Toi qu’on nomme le Consolateur,
Le don du Dieu très-Haut,
La source vivante, le Feu, la Charité,
L’Onction spirituelle.

Tu es l’Esprit aux sept dons,
le doigt de la main du Père,
Son authentique promesse,
Celui qui enrichit toute prière.

Fais briller en nous ta lumière,
Répands l’amour dans nos cœurs,
Soutiens la faiblesse de nos corps
Par ton éternelle vigueur !

Repousse au loin l’Ennemi,
Donne-nous la paix qui dure ;
Que sous ta prévenante conduite,
nous évitions tout mal et toute erreur.

Fais-nous connaître le Père,
révèle-nous le Fils,
et toi, leur commun Esprit,
fais-nous toujours croire en toi.

Gloire soit à Dieu le Père,
au Fils ressuscité des morts,
à l’Esprit Saint Consolateur,
maintenant et dans tous les siècles.
Amen.

« Moi…, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui » (Jean 14, 21)

  1. Quelques considérations générales

Voilà, chers amis, le thème de notre enseignement de ce jour. Il est tiré de l’évangile selon saint Jean : Jn 14, 21. Il n’est pas inutile, avant de le développer, d’en rappeler brièvement le contexte dans lequel l’auteur de ces paroles, Jésus, a eu à les prononcer.

C’était, comme nous l’entendons depuis quelques jours en introduction des pages d’évangile proposées à notre méditation, « à l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père ». Nous sommes ici la veille de la Passion et de la mort de Jésus et après qu’il eut partagé le dernier repas avec ses disciples et leur eut lavé les pieds. L’ambiance, on peut le deviner, est marquée par la tristesse, l’angoisse et la peur. Jésus, qui connait bien les cœurs des siens et qui sait à quel point ils vont être traumatisés par sa mort en croix ; à quel point leur foi et leur espérance vont en prendre un sacré-coup, prend alors les devants, il se livre à un long discours dans lequel il leur donne le sens de l’événement à venir et de son imminente absence physique, mais non sans les rassurer : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 18).

Le long discours de Jésus à ses disciples aux ultimes heures de sa vie terrestre relève d’un genre littéraire que nous retrouvons en d’autres endroits de la Bible. Il s’agit d’ « un discours testamentaire ». Songeons par exemple aux bénédictions de Jacob à chacun de ses douze fils, juste avant sa mort : « Assemblez-vous ! Je veux vous dévoiler ce qui vous arrivera dans les temps à venir » (Gn 49,1). Ou encore aux dernières paroles de Moïse sur les enfants d’Israël, (cf. Dt 33, 1-29). Ou bien encore, dans le Nouveau Testament, « aux adieux de Paul aux anciens d’Ephèse venus répondre à sa convocation à Milet ; adieux si pleins de recommandations et d’émotion, surtout à cause de cette phrase « choc » sortie de la bouche de l’Apôtre : « Et maintenant, je sais que vous ne reverrez plus mon visage, vous tous chez qui je suis passé en proclamant le Royaume » (Ac 20, 25).

Les adieux de Jésus à ses disciples peuvent aussi nous faire penser à la fable bien connue de Jean de la Fontaine : Le laboureur et ses enfants : « Travaillez, prenez de la peine : C’est le fonds qui manque le moins (…) Gardez-vous, de vendre l’héritage que nous ont laissé nos parents. Un trésor est caché dedans (…) ».

En résumé, disons que, de manière générale, quand un homme, le plus souvent un ancien, a la grâce de sentir approcher sa fin – ce qui n’est pas donné à tous -, il convoque ses intimes (parents, enfants, amis ou proches) et leur confie ce qu’il a de plus cher sous la forme d’un discours d’exhortation faisant retour sur le passé et ouvrant sur l’avenir. Il livre ses dernières volontés censées être inscrites en lettres d’or dans les cœurs et les esprits des siens, qui en retour et en gage de fidélité à la mémoire de celui-là qui va passer de vie à trépas, se font non seulement le devoir de les respecter, mais encore et surtout, de s’approprier ce que ce dernier laisse comme exemple de vie digne d’être imité. C’est exactement ce à quoi l’évangéliste Jean a voulu inviter les croyants en se faisant l’écho du discours testamentaire de Jésus, non sans insister sur deux principaux trésors de l’enseignement de son Maître : La foi et l’amour.

Foi en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui donne la vie : « Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom »(Jn 20, 30-31).

Quant à l’amour, il constitue, pour saint Jean, l’identité profonde du Dieu de Jésus-Christ et, par voie de conséquence, la carte d’identité du chrétien. Témoin de la première heure, cet apôtre qui aime à se désigner dans son évangile comme « le disciple que Jésus aimait », avait découvert, au travers de ses attitudes profondément humaines, le mystère d’un Dieu qui aime et dont la puissance de pardon déborde toujours l’étroitesse de notre cœur. Il écrira : « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour » (1Jn 4, 7-8)

Il nous paraissait important de rappeler tout cela, car c’est sur la base de ces différents éléments, que nous pourrons mieux appréhender la réalité de l’amour chrétien et ses implications, tel qu’il en ressort de cette déclaration de Jésus, qui nous sert de thème pour notre enseignement : « Moi…, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui » (Jean 14, 21) .

  1. Quelques points d’attention et de méditation sur Jean : 14

« Moi…, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui » (Jean 14, 21).Il s’agit là d’une partie du verset 21 dont l’intégralité dit exactement ceci : « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. ».

Rien que dans ce verset, le verbe « aimer » revient quatre fois sur les huit occurrences du mot que compte ce chapitre 14 de l’évangile selon saint Jean. C’est dire la place centrale de l’amour dans cet ultime message que Jésus livre à ses disciples. Ce message survient après que Jésus a annoncé aux disciples qu’il s’en va pour leur préparer une place (cf. 14, 1-3) et après les objections de Thomas : « Comment saurons-nous le chemin ? » (cf. 14, 4-7) et de Philippe : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit » (cf. 14, 8-14). Jésus rassure. Il semble leur dire : « Mes amis, n’ayez pas peur, je ne vous abandonnerai pas, vous ne me verrez plus de vos yeux de chair, mais je serai présent et agissant en vous par mon Esprit Saint, que le Père vous enverra très bientôt en mon nom ».

Chers amis, je voudrais avec vous, approfondir un peu plus trois points d’attention que nous pouvons tirer de ces paroles de Jésus dominées par le thème de l’amour :

1-Le rapport entre commandement et amour (versets 15 et 21) : « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, dit Jésus, c’est celui-là qui m’aime ». Il n’est pas insensé de s’interroger sur ce rapport que Jésus établi entre commandement et amour. Car, si nous voyons dans le commandement, rien de plus qu’un ordre à respecter, à la différence de l’amour, qui, pour être vrai, ne saurait être soumis à un quelconque ordre, l’on peut, à priori et à juste raison, en déduire que les deux sont incompatibles.

Le Psalmiste semble pourtant soutenir le contraire, quand il fait l’éloge de la Loi du Seigneur : « La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ; la charte du Seigneur est sûre, qui rend sages les simples. Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ; le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard » (Ps 18, 8-9)

Mais, notre question demeure. Peut-on, en effet, donner l’ordre d’aimer ? L’amour se commande-t-il ? Bien sûr que non. Du moins pas dans le sens d’une contrainte qui nous obligerait à aller à contre-courant de nos désirs et sentiments et donc de notre volonté, de notre liberté. Mais, si nous partons de notre relation avec Dieu ; relation qui est celle du Créateur avec sa créature, relation de Celui qui est la perfection même avec celui qui a été blessé par le péché, il me semble que nous pouvons tout à fait comprendre et admettre que ce dernier, c’est-à-dire l’homme, a besoin d’une règle pour arriver à la droiture qui mène à la perfection, car telle est sa vocation ultime.

Loin donc de se présenter comme une intrusion ou une obstruction à la liberté individuelle, cette règle, ce commandement, est bien la preuve que l’homme est libre. Car le Dieu de Jésus-Christ est un Dieu qui respecte la liberté humaine. Il se propose à l’homme sans violence, mais le conseille, face à sa loi, de faire le choix vital. N’est-ce pas Lui qui déclarait au peuple d’Israël, par la bouche de Moïse, son prophète : « Je te propose aujourd’hui de choisir ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. Écoute les commandements que je te donne aujourd’hui : aimer le Seigneur ton Dieu, marcher dans ses chemins, garder ses ordres, ses commandements et ses décrets. Alors, tu vivras et te multiplieras; le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays dont tu vas prendre possession (…) Je prends aujourd’hui à témoin contre toi le ciel et la terre : je te propose de choisir entre la vie et la mort, entre la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en vous attachant à lui; c’est là que se trouve la vie, une longue vie sur la terre que le Seigneur a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. » (Dt 30, 15-16. 19-20).

Au jeune homme riche, assoiffé de salut, qui avait pourtant observé les commandements du Seigneur depuis sa jeunesse, Jésus proposera de ne pas se limiter à ce qu’interdit la Loi, mais de viser la perfection. Jésus le fera dans le plus grand respect de la volonté libre de ce jeune homme : « Si tu veux être parfait… » (Mt 19, 21). Oui, l’agir chrétien consiste, non pas uniquement à éviter le mal, mais surtout à faire le bien. La règle d’or de toute vie communautaire ne se trouve-t-elle pas bien résumée dans un adage tiré du Livre de Tobie : « Ne fais à personne ce que tu n’aimerais pas subir » (Tb 4,15) ? Eh bien, Jésus va modifier cette règle d’or en précepte, en lui donnant une perspective plus positive, qui oriente davantage dans la recherche et la réalisation du bien : « Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pur eux : voilà la Loi et les prophètes » (Mt 7,12).

Chers amis, si Dieu était vraiment un tyran, nous serions tous, dans le meilleur des cas, aliénés, dans le pire des cas, anéantis ; nous qui, chaque jour, bénéficions de tant et tant de largesses de sa part, mais qui, en retour et à longueur de journée, ne cessons de l’offenser !

Oui, dans cette relation avec son Seigneur, l’homme a besoin d’un pédagogue, d’un guide, d’un coach hors du commun qui l’éclaire dans ses choix. C’est que les décisions et actes humains, toujours entachés d’imperfection, ont besoin de s’enraciner dans ce que l’apôtre Paul va appeler la loi du Christ, laquelle loi consiste à remettre le faible ou le fautif dans le droit chemin en esprit de douceur (cf. Ga 6, 2). Cette loi n’est autre que la personne même du Christ, référence pleine d’où émane une existence de plein sens. Ce Jésus est Dieu-Amour fait homme pour aimer et apprendre aux hommes à aimer à leur tour. Il l’a fait à travers sa personnalité, la beauté de sa vie et la vigueur de son message.

C’est dire que les commandements que Jésus nous invite à recevoir et à garder, et qui constituent le « baromètre » et la preuve de l’amour du disciple pour Jésus, font partie intégrante de cet amour-charité (agapé : type d’amour singulier, fait de connaissance, de préférence, de qualité spirituelle et affective). Par conséquent, le chrétien est appelé à toujours contempler le Christ dans son action, mais sans manquer, après l’avoir contemplé ou tout en le contemplant, d’agir à la manière du Christ ou dans la pleine conformité à sa volonté. Oui, loin de constituer un obstacle à notre liberté, l’ouverture et l’obéissance aux commandements de Jésus se révèlent comme les fondements de la vie morale chrétienne qui conditionne l’amour : « Si vous gardez mes commandements, affirme Jésus, vous demeurerez en mon amour» (Jn 15,10).

2- La communion d’amour du Père et du Fils, exprimée sous la forme d’une « réciprocité-solidarité » ouverte à quiconque accueille et garde fidèlement les commandements du Fils, avec cette deuxième partie du verset 21 : « Celui qui m’aime, sera aimé de mon Père ». Jésus lui-même déclare que le Père qui l’a envoyé ne l’a pas laissé seul, car ajoute-t-il, « je fais toujours ce qui lui est agréable » (Jn 8, 29). Devant l’hostilité des juifs, qui l’accuse de blasphème, il affirme son unité avec le Père : « le Père et moi, nous sommes UN » (Jn 10, 30).

A Philippe qui lui demandait, au nom des autres disciples, de leur montrer le Père, il donne cette réponse : « Qui me voit, a vu le Père » (Jn 12,45). C’est que la « communion – circulation » d’amour qui règnent entre le Père et le Fils – et qui portent la marque du Saint Esprit, troisième Personne de la Sainte Trinité – est d’une telle intensité que nul ne peut aimer le Fils sans plaire au Père et bénéficier de son amour. D’ailleurs, dans notre expérience purement humaine, nous voyons comment les parents aiment ceux qui aiment leurs enfants, et se méfient ou détestent – ce qui n’est heureusement pas le cas du Dieu de Jésus-Christ – ceux qui n’aiment pas leurs enfants. Car Dieu aime toute personne. Cela est clair ! Il ne crée rien de ce qu’il n’aime pas. Il ne déteste même pas celui qui déteste son Fils. Mais, il y’a juste que quiconque refuse d’accueillir son Fils dans son cœur, refuse par le fait-même d’accueillir la planche de salut qui lui est tendue, et court, ce faisant, le risque évident de s’égarer, parce qu’il s’éloigne de Celui qui est le «  Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6).

3- L’amour et la manifestation de sa personne que Jésus promet à celui qui aime le Père : « (…) Moi aussi, je l’aimerai et je me manifesterai à lui ». Ce que nous avons dit de l’amour du Père pour le Fils vaut de l’amour du Fils pour le Père. On pourrait être tenté de croire que Jésus pose ici une condition pour aimer ou pas celui qui aime ou pas son Père. Mais, nous savons que l’amour de Dieu pour l’homme est sans calcul, sans condition et sans mesure. Il n’en est donc rien, puisque c’est moins par la parole que par l’accueil et le respect, c’est-à-dire la mise en pratique des commandements du Fils, que le disciple est appelé à manifester son amour pour le Père. L’amour de Dieu pour le disciple se présente alors ici, non comme soumis ou subordonné à l’agir chrétien ou à son attitude –positive ou négative- envers Dieu, mais plutôt comme ce qui en constitue ou doit en constituer, à la fois, la « source et le sommet » : « Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés (…) Quant à nous, nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier » (1Jn 4,10. 19)

« (…) Moi aussi, je l’aimerai et je me manifesterai à lui ». Frères et sœurs bien aimés, dans cette déclaration de Jésus à ses disciples attristés, il y’a autre chose de très frappant qu’on peut relever. Non seulement ceux qui garderont ses commandements sont assurés d’être entourés de son amour indéfectible et sans mesure, mais encore, ils sont déjà intégrés dans le réseau de relations qui caractérise la communion trinitaire. Pour le disciple, il s’agit d’une insertion (« il est dans ») dans cette relation Père-Fils – dont la « communion-circulation » est assurée par le Saint Esprit – Il s’agit donc, pour le disciple, d’être dans le Fils pour être dans le Père afin que Père et Fils fassent leur demeure en lui.

Et comme si cela ne suffisait pas – nous pourrions dire que c’est la cerise sur le gâteau – Jésus ajoute « je me manifesterai à lui » (à quiconque garde ses commandements et aime son Père). Mais, comment se manifestera-t-il à ce dernier ? D’ailleurs, Jude lui posera la question : « Seigneur, pour quelle raison vas-tu te manifester à nous et pas au monde » (Jn 14, 22). Et une fois de plus, Jésus répondra en le renvoyant à l’amour du Fils et du Père qu’ils sont appelés à accueillir et à vivre, mais aussi, dans la fidélité à sa Parole.

Chers amis, le Christ Ressuscité continue de se manifester à ses disciples que nous sommes. Sa présence permanente invisible doit désormais se vérifier dans la pratique concrète de ses commandements.

Il est présent dans la communauté des chrétiens à laquelle il est uni comme le sont les membres au corps. Sur la route de Damas, Saul, le grand persécuteur de l’Eglise avait entendu la voix du Ressuscité qui lui disait: « Je suis Jésus que tu persécutes », alors qu’il persécutait les disciples de Jésus. Il y a bien donc une manifestation de la présence, et même une identification entre la communauté chrétienne et le Christ lui-même. Et c’est l’Esprit Saint qui, hier comme aujourd’hui, nous fait discerner dans la communauté chrétienne le Christ vivant et agissant.

Le Christ présent dans sa Parole : Là encore c’est l’Esprit Saint qui, en nous faisant entrer dans la connaissance des mystères de Dieu. Il ouvre notre « esprit à l’intelligence des Ecritures » (Lc 24, 45) pour mieux découvrir le Christ vivant, présent et agissant dans la vie et la mission de l’Eglise.

Le Christ est présent et agissant dans ses sacrements : Dans chaque sacrement, il continue d’envoyer son Esprit, et en particulier dans l’eucharistie – « roi des sacrements » – où il se donne avec son Corps et son Sang pour nous donner la vie éternelle, la vie de Dieu ; pour revêtir de sa divinité notre pauvre et si fragile humanité.

Le Christ est présent et se manifeste enfin en tout humain, en particulier, les pauvres, les petits, les malades, les opprimés, bref tous ceux qui souffrent et qui sont les préférés de Dieu.

Oui, frères et sœurs bien aimés, l’amour de Dieu, nous est offert et ne s’impose pas. Il nous guérit à la mesure de notre accueil. Aussi paradoxal que cela puisse donc paraître, le commandement du Seigneur nous libère et nous introduit dans le mystère de l’amour trinitaire. Alors, sachons aimer Jésus, et sachons le faire sans mesure. Car plus on aime Jésus, plus on veut le connaitre, et plus on le connait, plus on l’aime encore et plus on arrivera à le voir derrière le visage de tout humain ! Alors, accueillons, entretenons et essayons de répandre cet amour et sachons que c’est en devenant fils, que nous devenons aussi frères. Nous pourrons alors nous écrier émerveillés, telle sainte Thérèse de l’Enfant Jésus : « La Charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l’Eglise avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église avait un Cœur, et que ce Cœur était brulant d’amour. Je compris que l’Amour seul faisait agir les membres de l’Eglise, que si l’Amour venait à s’éteindre, les Apôtres n’annonceraient plus l’Evangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang… Je compris que l’amour renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux … en un mot, qu’il est éternel ! … Alors, dans l’excès de ma joie délirante, je me suis écriée : O Jésus, mon Amour… ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’amour !… Oui j’ai trouvé ma place dans l’Eglise et cette place, ô mon Dieu, c’est vous qui me l’avez donnée… dans le Cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’amour… ainsi je serai tout…ainsi mon rêve sera réalisé ». (Extrait de Histoire d’une âme. Chapitre IX).

PRIONS : « Dieu qui peux mettre au cœur de tes fidèles un unique désir, donne à ton peuple d’aimer ce que tu commandes et d’attendre ce que tu promets ; pour qu’au milieu des changements de ce monde, nos cœurs s’établissent fermement là où se trouvent les vraies joies. Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur ».

A propos Fides 525 Articles
Actualité au Sénégal

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.