Riposte Covid19 : entre humanisme intégral et humanité solidaire

Recréer de l’humanité et non pas seulement de la survie et de la bouffe, disait récemment Monseigneur Michel AUPETIT, Archevêque de Paris.

Je suis reconnaissant à tous pour tout le travail effectué au service de l’homme, en Eglise comme en Société, pour aider à promouvoir et protéger l’intégrité de la personne humaine et de sauvegarder son existence terrestre. Ce que je suis, selon l’état de vie, m’oriente dans ce tumulte de cascades de propositions et d’avalanches de solutions médico-humanitaires s’inspirant, parfois, de je ne sais quel hasard, au regard de la situation pandémico-Covid 19.

« Il n’existe personne qui aime la souffrance pour elle-même, ni qui la recherche ni qui la veuille pour ce qu’elle est… », rappelait Cicéron en 45 av. J.-C., dans le fameux De finibus bonorum et malorum (Liber Primus, 32). Certains sont blâmés avec raison et nous croyons dignes de mépris ceux qui, se laissant corrompre par les attraits d’une volupté présente, ne prévoient pas à combien de maux et de chagrins une passion aveugle des biens de ce monde peut les exposer. J’en dis autant de ceux qui, par mollesse d’esprit, c’est-à-dire par la crainte de la vérité et de la justice, manquent aux devoirs les plus nobles de la vie. Dans les temps destinés aux devoirs de la vie, de la société ou à la nécessité d’agir, souvent il faut faire divorce avec la volupté, et ne point se refuser à la retenue. La règle que suit en cela un homme sage, c’est de renoncer à de légères voluptés pour en avoir de plus grandes… Au jour du jugement, la plume du savant pèsera autant que l’épée du guerrier.

Cette pandémie du Coronavirus est loin d’être une fatalité. Elle aura, tout de même, aidé à étaler au grand jour des failles, des artifices et des scandales de quelques systèmes d’aide sociale de tous ordres, aux contours dégradés et dégradant; les failles, les artifices et les scandales de la dictature des bons penseurs ou bien pensants, de ceux qui détiennent la vérité absolue, de ceux qui comprennent avant de penser et qui lisent ce qu’ils pensent dans nos vies et nos expressions, de ceux dont il faut forcément épouser le raisonnement au risque d’être renié ou humilié. N’oublions pas que le respect de l’homme pour ce qu’il est, est la base de toute civilisation. Et puisque la nature intelligente de l’homme (personne humaine) trouve et doit trouver sa perfection dans la sagesse, celle-ci même qui attire avec force et douceur l’esprit vers la recherche et l’amour du vrai et du bien pour tous, en tout temps et tout lieu, il sied de reconsidérer l’aspect socio-anthropologique de l’homme sous le prisme d’un humanisme intégral et solidaire : repartir de la doctrine sociale de l’Eglise pour trouver les principes de réflexion, les critères de jugement et les directives d’action sur la base desquels promouvoir cet humanisme. La démarche participative de l’UCS/N (Union du Clergé Sénégalais) au Fonds d’Urgence, s’inscrit dans ce cadre.

L’Eglise catholique, Une, Sainte et Apostolique rappelle et se souvient elle-même que « tout sur terre doit être ordonné à l’homme comme à son centre et à son sommet» (Vat. II, Const. past. Gaudium et spes  n. 12). C’est le fondement de tout engagement social.

Sa doctrine sociale n’est pas un système rigide et fermé sur lui-même, ni une idéologie qui change au fil des saisons et des temps; c’est une réalité dynamique qui, tout en demeurant fidèle à son fondement, se renouvelle de génération en génération. Elle consiste en un visage, en un corps et en un nom: Jésus Christ Ressuscité.

La Résurrection, nous ouvre amplement à notre prochain et à ses besoins. Dans cette perspective, l’engagement au soin, à l’aide et à l’accompagnement des personnes les plus démunis et vulnérables de la vie, est significatif. Le contexte socio-culturel actuel n’a pas fini de miner progressivement la conscience de ce qui rend la vie humaine précieuse même dans la pauvreté matérielle la plus immense.

En effet, celle-ci est de plus en plus souvent évaluée en raison de son efficacité et de son utilité socio-politique, à tel point que l’on considère comme des «vies rejetées» ou des «vies indignes» celles qui ne répondent pas à ce critère. Dans cette situation de perte des valeurs authentiques, les devoirs impératifs de solidarité et de fraternité humaine et chrétienne disparaissent.

En réalité, une société mérite d’être qualifiée de «civile» de « politique » si elle développe les anticorps contre la culture du rejet, de la tromperie, si elle reconnaît la valeur intangible de la vie humaine, si la solidarité est effectivement pratiquée et sauvegardée comme fondement de la coexistence.

Quand la maladie frappe à la porte de notre vie, apparaît toujours plus en nous le besoin d’avoir quelqu’un à nos côtés qui, même sans nous regarder dans les yeux, nous tienne la main, manifeste sa tendresse et qui prenne soin de nous, comme le Bon Samaritain de la parabole évangélique.

Le thème de l’aide d’urgence, dans les phases critiques de la vie actuelle, interpelle le devoir de l’Eglise et à plus forte raison celui de la Société tant politique que civile de ré-écrire la «grammaire» de la charité (CARITAS) et de la vérité (VERITAS), étant entendu que la justice est le premier degré de la Charité pour une paix qui honore la dignité humaine ; de prendre en charge et de prendre soin de la personne qui souffre. L’exemple du Bon Samaritain enseigne qu’il est nécessaire de convertir le regard du cœur parce que souvent, celui qui regarde ne voit pas, parce qu’il manque la compassion. Sans la compassion, celui qui regarde n’est pas impliqué dans ce qu’il observe et il passe outre; en revanche, celui qui a un cœur de compassion est touché et impliqué, il s’arrête et prend soin de l’autre.

Autour des malades et des nécessiteux de ce temps de peur, d’angoisse et de panique, il est nécessaire de créer une véritable plateforme humaine de relations qui, tout en favorisant les soins médicaux et nutritionnels, ouvrent à l’espérance, surtout dans les situations-limites dans lesquelles le mal physique peut s’accompagner d’une détresse sociale émotionnelle et d’une angoisse spirituelle.

L’approche relationnelle des malades et des démunis, considéré dans l’unicité et l’intégralité de la personne, impose le devoir de ne jamais abandonner personne. En raison de sa destination éternelle, la vie humaine conserve toute sa valeur et toute sa dignité en toute situation, y compris de précarité et de fragilité, et en tant que telle, elle est toujours digne de la plus haute considération.

Sainte Thérèse de Calcutta, qui a vécu le style de la proximité et du partage en préservant, jusqu’à la fin, la reconnaissance et le respect de la dignité humaine, disait: « Celui qui, au cours de sa vie, a allumé ne serait-ce qu’une flamme dans les heures sombres de quelqu’un, n’a pas vécu en vain ». Suivez mon regard…

A cet égard, je pense à tout le bien que font l’Eglise, l’Etat, la Société civile, les Institutions caritatives et toutes les personnes de bonne volonté, par lequel des hommes et femmes, petits et grands sont dignement accompagnés par un soutien qualifié, afin qu’ils puissent vivre avec dignité, réconfortés par la proximité de leurs semblables, dans cette phase ô combien déconcertante de notre vie.

Que de tels gestes et agissements soient des lieux où l’on pratique avec un engagement résolu, la thérapie de la dignité, alimentant ainsi l’amour et le respect pour la vie !

Les démarches récemment entreprises çà et là sur la question de l’aide d’urgence sont à apprécier. Ce sont des engagements qui se situent dans la juste direction en vue d’une plus grande efficacité des services pour la rendre plus ordonnée et organique, à la lumière des nouvelles situations et problématiques du contexte socio-culturel actuel. Dans le même temps, que cette tâche soit poursuivie avec fermeté, afin d’offrir une contribution efficace dans un domaine où l’Eglise, l’Etat et la Société civile sont directement engagés à avancer avec rigueur et transparence pour préserver la dignité humaine.

Ceux à qui la pandémie a permis d’approfondir une vision globale du projet de Dieu, initié avec la création et qui trouve son accomplissement dans le Christ qui constitue «la clé, le centre et la fin de toute l’histoire humaine» (Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 10), qu’ils soient rassurés dans le Seigneur.

Ô Seigneur « Qu’est-ce donc l’homme, pour que tu penses à lui ? Le fils de l’homme pour que tu te soucies de lui ? À peine le fis-tu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur: tu l’établis sur l’œuvre de tes mains, tu mets toutes choses à ses pieds » (Ps 8, 5-7).

Abbé Aloyse SENE

Président UCS

Vicaire judiciaire et Chancelier du diocèse de Thiès

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