4ème Dimanche de Carême : Comment être dans la joie quand le monde semble être emporté par une peur d’un virus qui l’oblige à se regarder dans le miroir ?

Chers amis,

Le dimanche dernier, troisième du temps de carême, nous cherchions à assouvir notre soif , mais pas d’eau simple; nous voulions tout simplement étancher notre soif de l’Eau de la Vie comme la femme samaritaine: «Seigneur donne-moi de cette eau, que je n’ai plus soif». Cette soif est comblée par cette Eau vive et éternelle que le Seigneur ne cesse de nous proposer tout au long de notre vie. C’est une eau pure et parfaite, source de la vie et source du salut. Cependant, qui parle d’eau, dans notre siècle présent peut penser à toute cette masse drainée par des barrages, pour produire de l’électricité et donner de la lumière à nos logis, nos chemins et pour éclairer les coins les plus sombres de notre environnement existentiel. Oui, sans électricité rien ne fonctionne dans ce monde qui est le nôtre.

Alors, chers amis, laissez-moi vous poser la question : pouvons-nous imaginer dans quel désarroi pourrait vivre celui qui voyait et ne voit plus ; celui qui pouvait marcher et ne marche plus, celui qui parlait et ne parle plus, celui qui était libre et ne l’est plus, celui qui était riche et est devenu pauvre? Aussi, pouvons-nous imaginer la joie de celui qui était prisonnier et qui est devenu libre ?

Chers amis dans la foi, c’est dans cette joie de la lumière et de la vie retrouvée que nous invite le prophète Isaïe dans l’antienne de cette messe du quatrième Dimanche de carême ; dimanche appelé « Laetare » [joie]. Il veut que nous nous laissons embrasés par la joie d’apercevoir la lumière de Pâques du Seigneur. Oui ! Laetare ! Pour avoir été sauvé du péché et de la mort éternelle. Oui, Dieu est là! Ce n’est plus l’histoire d’un Royaume qui est proche. Convertissez-vous le Royaume de Dieu est là. Il rejoint son peuple au cœur de ses détresses et il intervient pour lui annoncer le salut. Mais comment être dans la joie quand tout va mal, quand le monde brusquement s’arrête, s’immobilise et semble être emporté par une peur d’un virus qui l’oblige à se regarder dans le miroir ? Comment être dans la joie quand notre monde s’embrase dans les flammes de la guerre de jour en jour nous laissant inerte et sans solution ? Comment être dans la joie quand la faim  nous tenaille, le sang des enfants et des femmes tués ou victime de d’abus nous hante. Comment être dans la joie et penser à la fête à tout bout de champ quand ce qu’il y a de plus sacré, ce qui fait notre être et notre essence de prêtres et de chrétiens est un peu plus que malmené par un VIRUS. Comment être heureux quand « CORONA » voulant damer le point à « EBOLA » rode comme un chien enragé et errant cherchant qui dévorer? Peut-on être dans la joie quand beaucoup de nos proches ne peuvent plus revenir de l’Occident où ils sont prisonnier de leur volonté de réussir leur vie tétanisés par la honte du retour bredouille à la maison du père? Et pourtant, les textes proposés à notre méditation, ce dimanche insistent et nous le répètent: soyez dans la joie car « dans le Seigneur, nous sommes devenus lumière »[1]

Chers amis, nous pouvons le constater, ils sont nombreux dans notre monde ceux et celles qui s’égarent sur des chemins de perdition. Beaucoup se détournent du vrai Dieu pour s’attacher à l’argent, aux richesses, à la gloire personnelle et aux petits bonheurs qui ne peuvent pas vraiment nous combler. Notre monde, si beau pourtant, est malade, et il suffit d’allumer la télévision ou d’ouvrir les journaux pour mesurer à quelle vitesse les ténèbres reviennent dans nos pays et dans nos sociétés, et combien les hommes, responsables ou non, s’aveuglent sur les grands enjeux d’aujourd’hui et de demain. Jésus propose sa lumière, une lumière toujours douce, mais toujours exigeante. Il nous amène à prendre conscience de nos cécités et à poser des questions: comment réformer notre regard? Quel est le rôle des miracles pour notre foi quand nous contemplons un miracle de guérison? Quel accueil sincère et vrai faisons-nous aux signes de Dieu dans notre vie? D’ailleurs, acceptons-nous d’être guéris par Jésus?

Chers amis, vous et moi, nous sommes des catholiques et nous nous devons d’être des êtres de lumière parce que le Christ est Lumière et Vérité. C’est pourquoi le prophète Jérémie, au nom du Seigneur Dieu, exhorte les habitants de Jérusalem, et nous chrétiens de ce temps, à rester fidèles à notre foi, à rejeter l’idolâtrie et les comportements contraires à la Loi de Dieu. De cette manière, nous expliquait-il, nous n’aurons pas à craindre «ni les terreurs de la nuit ni la peste qui rode dans le noir ni le fléau qui frappe à midi». Mais, ce qui est regrettable à constater, est que nous ne l’écoutons pas souvent. « Vous avez raidi votre cou, vous avez été pires que vos pères », se lamente le Seigneur, par la voix de son prophète. Aussi le psalmiste exhorte-t-il : « Ne fermez pas votre cœur  » ou mieux encore «ne soyez pas aveugle» car «On ne voit bien qu’avec le cœur»[2]. C’est de cet aveuglement que Jésus veut nous guérir.

Chers amis, comme pour le mendiant dont nous parle l’Evangile, le véritable salut ne peut se trouver que dans une vraie rencontre avec Jésus. D’ailleurs, aux yeux de tous, ce pauvre aveugle était puni à cause de ses péchés. Parce que l’on croyait que Dieu punissait l’homme en fonction de sa faute. C’est ce que nombreux  hommes, avec notre complicité de guides religieux, continuent malheureusement à penser, surtout en ces temps-ci. Or Dieu n’est pas à l’origine des malheurs qui nous arrivent. Il ne voit pas comme nous. Il ne passe pas son temps à espionner nos faiblesses pour mieux nous punir. Il n’inflige pas le mal à ses enfants. De même, il n’est pas indifférent aux drames et aux maladies qui s’abattent sur les humains. Il voudrait ainsi, nous apprendre à avoir le même regard que lui pour lire les signes du temps. Il vient à notre secours pour nous sauver. Mais « ce qui empêche de voir Dieu est que notre esprit est compliqué et que Dieu est simple »[3].  

Chers amis, si nous sommes vrais avec nous même, laissez-moi nous inviter à faire nôtre cette interpellation de saint Paul à repousser « les œuvres des ténèbres »: « Autrefois, vous étiez ténèbres. Maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumières ».  Voilà un message très important qui rejoint  l’Evangile. Il ne suffit pas de recevoir la lumière ; comme il ne suffit pas d’être prêtre ou de le vouloir ; d’être chrétien, musulman, bouddhiste, animiste ou non croyant pour entrer au paradis; trop facile même, il faut devenir Lumière. Rappelons-nous les paroles de Jésus à ses disciples : « Vous êtes la Lumière du monde. »

Pour nous chrétiens, il ne suffit pas d’accueillir la Lumière dans notre vie ; il nous faut aussi la manifester par notre comportement : « wax jë ca jëfjë ». C’est ce que nous recommande l’apôtre Paul : « Vivez en enfants de Lumière, or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité. » En effet, si nous sommes aveugles, c’est sûr que la lumière du soleil ne peut pas nous rendre la vue. La lumière que Jésus nous propose, par contre, est une lumière différente de celle qui se lève chaque jour devant nos yeux de chair. La lumière que Jésus est pour nous, ne commence pas par investir les choses. Ce serait peine perdue, car notre œil est malade d’orgueil, de jalousie, d’hypocrisie, de mensonge a tout bout de champ et d’égocentrisme. C’est Jésus lui-même qui caresse les yeux de l’aveugle, avec la terre et l’eau. Cette eau par laquelle le Père a tout créé, toute lumière et toute beauté. C’est aussi l’eau de notre baptême qui nous fait chrétien ;  bon, mauvais, impies, mais chrétien, « né nouvellement » à la lumière. Cette terre fait notre essence et notre rappelle notre finitude «tu es terre et tu retourneras terre».

Chers frères et sœurs dans la foi en Christ, comme nous l’avons appris dans notre éducation, on peut renier ses parents, son père, sa mère, mais on ne peut nier le fait d’être né d’eux. C’est dans la mesure où l’on vit avec eux qu’on leur devient semblable. Il en est de même de la vie chrétienne. Le baptême nous a rendu enfant de Dieu, mais c’est dans la mesure où l’on vit avec Dieu qu’on lui devient semblable. Le baptisé est comme greffé sur Dieu ; désormais, la vie même de Dieu, appelée grâce ou vie divine, circule en lui comme la sève monte du tronc dans les sarments de la vigne. Par la grâce, l’homme devient capable de donner de bons fruits, c’est-à-dire particulièrement d’aimer comme Dieu aime.

Par nos acclamations et notre adoration, laissons l’Esprit Saint ouvrir nos yeux sur les prodiges que le Seigneur réalise en nos vies : « le règne de Dieu est survenu pour vous », affirme Jésus. Aujourd’hui même, le Seigneur fait toutes choses nouvelles, il nous sauve. Il est « l’homme plus fort » qui se rend vainqueur de l’Ennemi et nous libère.

Demandons à l’Esprit de nous aider à vivre dans la lumière et à produire les fruits de la lumière : la bonté, la justice et surtout la vérité.

Abbé Dibocor Philippe NGOM


[1] Ep 5,8

[2] Saint-Exupéry dans son livre «Le petit prince»

[3]Malcolm de Chazal

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