Sainte famille 2019 : « Dis-moi quelle famille tu as et je te dirai quelle nation, quelle Eglise tu seras !»

Que le nom de Jésus soit béni maintenant et pour les siècles des siècles. Amen !

Chers frères et sœurs dans la foi, avec votre permission, je voudrai vous unir à moi, humblement devant le Seigneur pour lui dire cette prière: “O Seigneur, qui par votre exemple, avez consacré la famille que vous aviez choisie sur la terre, daignez regarder avec bonté nos familles qui implorent votre protection. Vous qui vous êtes fait homme pour nous apprendre à aimer, apprenez nous à aimer, apprenez nous à nous aimer comme vous le voulez ; aidez-nous à être unis dans tout ce que nous faisons : écartant de nos foyers tout égoïsme, toute jalousie, toute impureté ; faites de nos familles de vrais foyers chrétiens et gardez nous sans cesse dans votre amitié » Amen !

Chers amis, au lendemain de Noël, de la naissance de Jésus, l’Eglise nous invite à célébrer la fête de la Sainte Famille. Cela nous révèle qu’un enfant ne peut s’épanouir et grandir que dans un environnement, une ambiance propice et chaleureuse, qu’on appelle la famille. La famille est la cellule de la société. «  Dans le dessein du Dieu créateur et rédempteur, la famille découvre non seulement son identité, ce qu’elle ‘‘ EST ’’, mais aussi sa MISSION, ce qu’elle peut et se doit de ‘‘FAIRE ’’. Les devoirs que la famille est appelée à remplir dans l’histoire ont leur source dans son être propre. Ils sont l’expression de son développement dynamique et existentiel. Par conséquent, « bien plus qu’une unité juridique, sociologique ou économique, la famille constitue une communauté d’amour et de solidarité. C’est  pour cela qu’elle est particulièrement apte à réaliser l’intégration de tous les membres qui la composent, qu’ils soient jeunes, âgés ou handicapés »[1] Dans ce sens elle est également l’arène ou la mesure par laquelle on juge toute  société en bien comme en mal. Autrement dit toute société est à l’image des familles qui la constituent. Toute paroisse est à l’image des familles chrétiennes qui la constituent. Et bien oui ! « Dis-moi quelle famille tu as et je te dirai quelle nation, quelle Eglise tu seras »

Chers frères et sœurs dans la foi, la famille ! Ma famille. Un mot vieux comme le monde, mais un mot toujours nouveau, toujours actuel, toujours riche, toujours émouvant.

Bien universelle, ce concept a pourtant acquis une signification à sens variable, suivant les temps et suivant les peuples. Le temps a ainsi ce pouvoir extraordinaire de tout modifier ; les hommes sont ainsi faits, toujours changeants, toujours différents les uns des autres.

Il y eu un seul précepte sur la famille. Le Seigneur dit : « L’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher uniquement à sa femme avec qui il ne formera plus qu’une seule chaire ».  Alors ! Pourquoi parler d’un « mariage pour tous » ? Pourquoi deux hommes ou deux femmes se marieraient-ils ? Et on ose même parler d’homophobie si l’on s’évertuait à en parler à haute voix. Ce qui se passe aujourd’hui est que tout le monde doit obéir à l’Occident et suivre ses idées qui, je qualifierai de « gomoriennes ».

Chers amis du Christ, Dieu n’a pas voulu tricher avec nous. Or nous sommes tentés de faire de la sainte famille une famille tranquille, sans problème, à l’abri des accrocs de la vie. Pourtant la vie ne l’a pas épargnée. C’est une famille prise dans le tourbillon de l’histoire voire de l’existence quotidienne. Elle a vécu dans l’inconfort, dans la pauvreté de la crèche, dans la souffrance de l’exil semblable à celui de tant de réfugiés d’aujourd’hui au Sénégal, au Mali, en Europe ou que sais-je encore, parce que c’est « Barça ou Barzac », le succès ou la Mort parce rongé par le sable ou englouti par les eaux. C’est dire que Joseph et Marie ne formait pas un foyer aisé puisqu’ils avaient à peine de quoi offrir un couple de tourterelles ou de colombes. Ils ont supporté les vicissitudes de la vie et connu les douleurs, et les contradictions de toute existence humaine.

Pour ce, rappelons-nous : il y avait eu l’annonce faite à Marie, la venue inattendue et bouleversante de Jésus, l’Emmanuel, dans le foyer de Marie et de Joseph. Il y avait eu l’inquiétude de Joseph et son sommeil tourmenté pacifié par la parole de l’ange: « Ne crains pas de prendre Marie comme épouse ! » Il y avait eu ce voyage qui n’était pas du tourisme, mais un voyage administratif, vers Bethléem, au-delà des montagnes où naquit Jésus dans des circonstances qui ne sont pas celles de la maison où l’on vit quotidiennement. Il y avait eu enfin, plus pénible encore et plus profond dans la douleur, cette fuite en Égypte, ce voyage d’émigrés et ces mois en terre étrangère, non seulement avec le souci de l’Enfant-Jésus, mais le cœur de Marie et de Joseph pleins de la peine et de la souffrance, de ces parents dont les petits enfants avaient été tués à cause du leur. Drôle de sainte famille, que les épreuves n’épargnent pas et qui pourrait se croire délaissée par Dieu, quand l’adversité la jette sur les routes de l’exile.

Cette même sainte famille me fait penser à toutes nos familles d’aujourd’hui et j’emprunterai les paroles du P. Alex Junior MARCELLUS(CICM), lors de la messe de la veillée de la Nativité : « Je pense…aux enfants, aux jeunes qui, subissant les échecs, les épreuves de leurs parents se retrouvent seuls. Je pense à ceux et celles qui n’auront pas la possibilité de vivre la joie. Je pense à ces jeunes filles/garçons qui expérimentent régulièrement des déceptions dans leur relation amoureuse. Je pense à ceux pour qui la recherche d »un travail, les problèmes économiques ou la charge de travail deviennent un combat épuisant à mener seul. Je pense à ces familles divisées, à ces couples disloqués, à ces couples qui se retrouvent régulièrement dans les conflits insolubles (à cause d’une parole sortie avec précipitation de la bouche), des couples sans paix ni confiance mutuelle. Je pense à ces couples et personnes qui manquent d’affection. Je pense à ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur âme. Je pense à ceux qui ont perdu un être cher… Nous voyons encore aujourd’hui combien est difficile la vie en famille, avec toutes ces épreuves que nous pouvons vivre : maladie, pertes d’emploi, désaccord entre personnes, division au sein de la famille. Nous avons tous pu avoir cette impression dans notre vie, car nous vivons dans un monde de péché. Nous avons tous été malades, et tragi, et blessés. Et nous avons tous aussi fait souffrir les autres »[2].

Chers frères et sœurs, vous me permettrez donc de penser qu’il y a des situations qui doivent changer dans notre organisation familiale. Parce que « c’est bien dans la famille que les enfants et les jeunes dialoguent et s’interrogent, qu’ils se rebellent et se cherchent, qu’ils s’identifient et peu à peu s’ajustent aux autres »[3][i]. Aussi, il n’y a pas de vraie famille, donc pas d’unité dans le foyer si l’homme et la femme ne quittent pas leur père et leur mère au seuil de leur mariage.

Malheureusement, on est souvent frappé de constater combien de conflits conjugaux et de ménages non réussis ont cette situation comme origine. Sans peut être avoir l’intention de prendre part, le mari est souvent le premier en défaut. Il veut soustraire sa femme à l’influence des beaux-parents, pendant que lui-même reste attaché aux siens. Il aime voir sa femme le rejoindre dans sa famille et jamais le contraire. Et pourtant est-il écrit : « l’homme quittera son père et sa mère pour aller retrouver sa femme ». La femme ainsi introduite dans la famille de son mari est, soit admise comme enfant soumise, soit comme une insoumise, si elle montre une certaine indépendance. Elle est un peu considérée inconsciemment comme un bien commun. C’est comme si la femme s’était mariée à toute la famille de son mari par l’intermédiaire de celui-ci. Dès lors chaque membre de la famille de son mari a un peu quelque chose à dire sur elle. Alors, comme nous le constatons dans notre cher Sine, à la mort du mari n’était-elle pas reprise par un autre homme du clan ou de la famille, un peu comme un héritage ? Je veux parler du lévirat.

Aussi, la situation des enfants dans le monde n’est pas toujours ce qu’elle devrait être. Dans beaucoup de nos esprits, mettre au monde des enfants est devenu un choix que l’on fait avec une grande hésitation, bien au-delà de cette prudence qui est à juste titre requise pour une procréation responsable. Oui ! On dirait que parfois, les enfants sont ressentis plus comme une menace que comme un don.  Que dire encore de l’autre triste scénario de l’enfance outragé et maltraité ? Est-ce que les enfants ne sont pas déjà trop pénalisés par la plaie du divorce ? Oui ! Comme il est triste, pour un enfant, de devoir se résigner à partager son amour entre des parents en conflits ?

Et voilà les futurs jeunes vivants dans un sentiment quotidien d’inutilité et quelquefois, de culpabilité, gène et honte ne font que les brimer dans les cachots de l’angoisse et du désespoir. La jeunesse est de ce fait suspendue réellement entre un présent  pénible et un lendemain incertain. Aussi, fatalité et désespoir sont-ils, les lots quotidiens de cette jeunesse regroupée en club de «  diplômés chômeurs » et de « buveurs de thé ». Toutes nos sociétés, avec leurs formes, en récoltent présentement les conséquences. Agression, drogue, viol et alcoolisme sont au rendez-vous. Ployant encore sous le joug des envolées prophétiques et mirifiques d’emploi, désillusion et désespoir hantent les jeunes qui se tournent encore et encore les doigts, assis sur les bancs  dit « jaaxle ». Les jeunes ont ainsi l’impression que Dieu dort profondément. C’est alors qu’ils cherchent à passer à l’autre rive, mais comment faire ? 

De fait, face à l’inexistence d’emploi, la jeunesse africaine en général et sénégalaise en particulier, tente de trouver son salut sous d’autres cieux. Ceci, afin de sortir de la pauvreté. Et si comme le disait De GAULLE, que « la fin de l’espoir est le début de la mort »[4]

Et que dire de ces pères de familles laissés à eux-mêmes, sans soutien ni parole réconfortante de leurs conjointes et de leurs enfants au retour du combat quotidien de la vie ? Que d’ingratitude envers ce père qui en vain donne sa vie pour sa famille !

Dans un contexte pareil que pourrait-nous apporter la célébration de la sainte famille? Quelles bonnes nouvelles pourraient se dégager des lectures que nous avons suivies afin de rendre nos familles plus exemplaires, plus heureuse ?

Aujourd’hui, c’est cette famille qui nous dit : « Levez-vous, ne vous laissez pas tout dicter par votre milieu, les mentalités ambiantes qui ne sont pas nécessairement  celle du Dieu vivant ».  Tout doit être vécu dans la foi totale et la disponibilité, c’est cela votre salut.

Chers frères et sœurs,  Jésus, Marie et Joseph ne sont pas des anges, mais des êtres humains comme nous et qui nous appellent à accepter de sortir de la crise qui disloque nos familles. Oui ! Arrêtons de baisser les bras devant un monde qui a perdu ses repères mais, qui en même temps, les recherche avec anxiété. Oui ! De vrai, n’allons pas grossir les rangs des anxieux, des désabusés, mais par la grâce de Dieu, avançons en nous disant que ce qui est impossible à l’homme ne l’est pas au Bon Dieu.

La famille, votre famille, est pour vous, en tant qu’époux, épouses ou enfants, le lieu premier et le lieu privilégié où vous avez à vivre le don que Dieu vous a fait de la foi, de l’espérance et de la charité. C’est là d’abord que Dieu vous appelle à vivre ce don avec ses joies et ses exigences. Le Pape Jean Paul II, de vénérée mémoire, disait qu’«  à l’intérieur du peuple de la vie et pour la vie, la responsabilité de la famille est déterminante : c’est une responsabilité qui résulte de sa nature même, qui consiste à être une communauté de vie et d’amour, fondée sur le mariage et de sa mission de garder, de révéler et de communiquer l’amour(…) Un amour  qui se fait gratuité, accueil, don(…) La famille a un rôle à jouer  tout au long de l’existence de ses membres, de la naissance à la mort. Elle est véritablement sanctuaire de la vie, le lieu où la vie, don de Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreux dangers auxquels elle est exposée (…) C’est pourquoi le rôle de la famille est déterminant et irremplaçable pour bâtir la culture de vie »[5].

« Père, donne à toutes les familles la présence d’époux courageux et remplis de sagesse, qui soient source d’une famille libre et unie.

Père, donne aux parents d’avoir une maison où vivre dans la paix avec leur famille.

Père, donne aux enfants d’être signes de confiance et d’espérance, et aux jeunes le courage de l’engagement stable et fidèle.

Père, donne à tous de pouvoir gagner leur pain de leurs propres mains, de jouir de la sérénité d’esprit et de garder allumé le flambeau de la foi même dans les moments d’obscurité.

Père, donne-nous de voir fleurir une Église toujours plus fidèle et crédible, une cité juste et humaine, un monde qui aime la vérité, la justice et la miséricorde. »[6]


[1] Mgr Celestino MIGLIORI, Défendre et protéger la famille  in La Documentation Catholique, 2313(2004)422

[2] P. Alexis Junior MARCELLUS(CICM), Extrait Homélie Messe veillée de la Nativité, Diamaguene 2019. 

[3] Cf Texte Plaidoirie Waag basil

[4] DE GAULLE cité par Y. MBOW in LE QUOTIDIEN 1763 (2008) 9

[5] Jean Paul II, lettre Encyclique, Evangélium vitae, N°12

[6] Prière pour la famille, III ASSEMBLÉE GÉNÉRALE EXTRAORDINAIRE DU SYNODE DES ÉVÊQUES, Rome le 18 Octobre 2014


A propos Fides 467 Articles
Actualité au Sénégal

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.