Homélie de Noël 2019: « Ouvrez les portes de vos cœurs car c’est là que Dieu veut habiter en premier »

«Exultons dans le Seigneur, ô mes amis, et ouvrons notre cœur à la joie pure, car le jour est venu qui signifie pour nous la nouvelle rédemption, l’antique préparation, le bonheur éternel. En effet, pour nous se renouvelle, le mystère élevé de notre salut, qui, promis au début et accordé à la fin des temps, est destiné à durer sans fin»[1].

Chers frères et sœurs dans la foi, chers amis, c’est avec ces paroles du Pape Léon le Grand que je voudrais implorer sur vous, la grâce, la miséricorde et la paix de Dieu. Oui !

  • «Aujourd’hui, l’auteur du monde a été engendré du sein d’une vierge: celui qui avait fait toutes les choses s’est fait le fils d’une femme qu’il a lui-même créée.
  • Aujourd’hui, le Verbe de Dieu est apparu revêtu de chair et, alors qu’il n’avait jamais été visible à l’œil humain, il s’est aussi rendu visiblement tangible.
  • Aujourd’hui, les pasteurs ont appris de la voix des anges que le Sauveur était né dans la substance de notre corps et de notre âme»[2]

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime »

Frères et sœurs, voici la salutation que des anges adressée aux bergers ; voici la salutation des anges adressée à nous tous ici rassemblée. Car aujourd’hui nous est né un sauveur. Il est le sauveur ; il est le Messie, il est le Seigneur. Aujourd’hui, ce n’est pas hier, ce n’est pas demain, c’est maintenant, à l’instant. Dieu se fait homme ; Dieu lui-même est venu habiter parmi nous. Dieu nous offre «aujourd’hui», à présent, à moi, à chacun de nous la possibilité de le reconnaître et de l’accueillir, comme le firent les pasteurs à Bethléem, pour qu’Il naisse aussi dans notre vie et qu’Il la renouvelle, l’éclaire, la transforme par sa Grâce, par sa Présence[3]. Parce qu’Il veut être l’ami de chacun et il veut lui révéler l’amour dont il est aimé.

Hélas, combien de peur habitent le cœur de l’homme vis-à-vis de l’homme, vis-à-vis de Dieu. Dans la Genèse Adam dit à Dieu qui cherche l’homme : « lorsque j’ai entendu tes pas je me suis caché ». Or, Dieu se révèle dans la condition d’un enfant, il vient dans la condition d’un nouveau-né ; pauvre, faible et fragile pour pouvoir nous approcher sans que nous ayons peur de lui. Il  est entré dans le monde illégalement, «incognito». Il a franchi nos frontières en contrebande. Jamais il n’aurait été admis s’il avait déclaré son identité! Saint Basile sur la naissance du Christ disait : «Fêtons le salut du monde, le jour de la naissance de l’humanité. Aujourd’hui la condamnation d’Adam est levée. On ne dira plus: “Tu es terre et tu retourneras à la terre” (Gn 3, 19), mais: “Uni à celui qui est dans les cieux, tu seras élevé au ciel”»[4]

Chers frères et sœurs dans la foi, nous le savons en effet, la célébration de noël renouvelle en nous que Dieu est présent en nous, Dieu sait fait proche de l’homme.

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vue se manifesté une grande lumière. Noël, en effet n’est pas un simple anniversaire de la naissance de Jésus, il est aussi cela, mais il est davantage, il est la célébration d’un Mystère qui a marqué et continue de marquer l’histoire de l’homme — Dieu lui-même est venu habiter parmi nous (cf. Jn 1, 14), il s’est fait l’un de nous, c’est la fête de la lumière. La lumière de la foi qui vient éclairer l’homme dans une société de plus en plus ténébreux, de sang et de haine. Alors, c’est à nous chrétien que reviens le devoir de redonner du sens à cette fête ; à nous d’équilibrer le sens intérieur et les signes extérieur  de l’homme. « Faisons en sorte que, dans la société actuelle aussi, l’échange de vœux ne perde pas sa profonde signification religieuse, et que la fête ne soit pas absorbée par les aspects extérieurs, qui touchent les cordes du cœur. Assurément, les signes extérieurs sont beaux et importants, à condition qu’ils ne nous éloignent pas, mais plutôt qu’ils nous aident à vivre Noël dans son sens le plus vrai, le sens sacré et chrétien, de manière à ce que notre joie également ne soit pas superficielle, mais profonde »[5]

« Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice » (Ps 84). Tel est notre Dieu, et il n’en est pas d’autre. Le Tout-Puissant s’engage dans ce témoignage qu’il martèle comme pour vaincre notre surdité et nos résistances : « Je suis le Seigneur et il n’y en a pas d’autre. Il n’y a pas d’autre Dieu que moi ; un Dieu juste et sauveur, il n’y en a pas en dehors de moi. Tournez-vous vers moi pour être sauvés, habitants de la terre entière. Car c’est moi qui suis Dieu, il n’y en a pas d’autre. Je le jure par moi-même : de ma bouche sortira le salut ». Nous le croyons : cette prophétie s’est réalisée pour nous en Jésus-Christ : « Devant lui toute créature tombera à genoux, par lui jurera toute langue en disant : “Au Seigneur seul la justice et la force !” »

Chers amis du Christ, une fois de plus nous fêtons NOEL. Pour les gens qui ne partagent pas nos convictions chrétiennes, le temps des Fêtes est un temps de réjouissances où l’on célèbre l’amour, l’amitié, les enfants, la famille, mais sans référence religieuse. La dimension festive s’est transformée en dimension culturelle et commerciale. On profite de Noël pour se rapprocher, réunir les familles, poser des gestes de partage et de solidarité, pardonner, se réconcilier, interrompre les hostilités, faire la paix. Pour nous, les chrétiens, c’est un peu tout cela, mais c’est encore mieux : c’est la fête de la naissance de Jésus, lui qui est venu «dresser sa tente parmi nous». Il est notre Emmanuel, le Dieu-avec-nous. Il est notre Créateur, il est lumière et vie pour tout homme qui vient en ce monde. Il est l’Intimité de l’Être, de tout être, il est la volonté du Père qui nous appelle à l’existence dans l’amour et sa plénitude. C’est cela qui nous constitue, c’est cela la bonne nouvelle de l’Évangile qui nous transfigure au jour le jour, dans l’instant présent. Il est le Verbe fait chair. Il habite parmi nous, il nous fait voir la gloire, celle de Dieu ! Ce n’est pas le lot des héros parmi nous mais de ceux qui savent se recevoir eux-mêmes et les uns les autres, comme un don du Père, au cœur même de nos corps et visages si souvent défigurés par les pauvretés de toutes sortent. Il se veut proche de tous, mais particulièrement proche des malades, des sans-logis, de ceux et celles qui vivent dans des baraques, des abris de fortune, qui subissent les atrocités de la guerre, de la violence, de la discrimination. Voilà les signes de notre difficulté à accueillir Dieu, tel que le relate Jean. C’est notre rejet de la vie, de l’amour de la lumière quand nous voulons nous en saisir, le réduire à nos cadres, à nos désirs et imaginations transposés en absolu.

Cher amis, ensemble disons-le: ouvrons les portes de nos églises et chantons « Alléluia ! Christ est né !» Aussi,  permettez-moi de vous le dire : ouvrez les portes de vos cœurs car c’est là que Dieu veut habiter en premier…. De votre main droite, touchez la porte de cette maison de Dieu et dites-lui : « Entre chez toi, mon Roi et mon Dieu ». Vous hésitez ? Ah ! Qu’il est difficile de laisser Dieu se présenter à nous tel qu’il est, sans lui imposer nos précompréhensions idolâtriques. Pourtant les douloureuses leçons de nos histoires personnelles et collectives auraient dû nous enseigner la vanité et le danger du paraître, de l’avoir et du pouvoir. Cette fête de Noël revient chaque année nous redire qu’il n’est pas normal que les hommes soient des ennemis, que les guerres existent, que des êtres soient méprisés, que des enfants soient malheureux, que des gens meurent de faim, que des personnes âgées soient abandonnées à leur solitude. Or, que de vies brisées, que de sang répandu, que de larmes versées, sur l’autel de ces idoles derrière lesquelles se profile le visage hideux du diviseur, du père du mensonge, qui est homicide depuis les origines (cf. Jn 8, 44)

Chers amis, je voudrai en fin reprendre les paroles du  Pape émérite Benoit XVI en ces termes : « Je vous souhaite à tous, ainsi qu’à vos familles, de célébrer un Noël véritablement chrétien, de façon à ce que les échanges de vœux de ce jour soient une expression de la joie de savoir que Dieu est proche de nous et veut parcourir avec nous le chemin de la vie »[6]. Joyeux Noël et que l’Enfant-Dieu nous apporte la joie, la paix et l’amour.


[1] Pape saint Léon le Grand, Sermo 22, In Nativitate Domini, 2, 1; P54, 193

[2] Sermo, 26, In Nativitate Domini, 6, 1: PL 54, 213

[3] BENOÎT XVI, AUDIENCE GÉNÉRALE, Salle Paul VI, Mercredi 21 décembre 2011

[4] Homélie sur la naissance du Christ, 6: pg 31, 1473.

[5] BENOÎT XVI, AUDIENCE GÉNÉRALE, Salle Paul VI, Mercredi 21 décembre 2011

[6] BENOÎT XVI, AUDIENCE GÉNÉRALE, Salle Paul VI, Mercredi 21 décembre 2011

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