Synthèse du colloque international en l’occasion des 50 ans du SCEAM (Document)

A la faveur de la commémoration du 50e anniversaire du SCEAM, il s’est tenu à Yaoundé, UCAC campus de Nkolbisson, du 16 au 17 mai 2019, un colloque international organisé par la Faculté de Théologie sur le thème : « Le SCEAM : 50 ans au service de la collégialité et de la synodalité missionnaires en Afrique et Madagascar ».

Dans les discours d’ouverture des travaux de ce colloque qui a connu la participation remarquable de plusieurs évêques du Cameroun, du Congo Brazzaville, du Gabon ainsi qu’une forte délégation venue du Congo-Brazzaville, les principaux organisateurs : le Recteur de l’UCAC, le Doyen de la Faculté de Théologie et le Directeur du GRITA ont tenu à souligner l’importance de cette rencontre en la situant dans un horizon de réflexion et d’approfondissement des enjeux d’une structure dont la création a marqué l’histoire du christianisme en Afrique.

C’est dans la fidélité à cet horizon situé que les neuf conférences prononcées et le panel ont permis d’entrer dans l’intelligence du thème en l’articulant en deux jours autour de quatre axes déployant tour à tour le contexte historique et ecclésial, l’approche théologique, l’approche pastorale et enfin, les nouveaux défis et perspectives d’avenir.

Le premier axe nous a ont permis d’entrer dans le contexte historique et ecclésial de la thématique à partir de trois interventions : celles d’un historien, d’un bibliste et d’un canoniste.

Dans son exposé, l’historien Pr Jean Paul Messina a situé la naissance du SCEAM en 1969 dans le contexte de la décennie des indépendances en Afrique noire et les interrogations fondamentales des théologiens africains sur le christianisme et ses défis multiples en Afrique. La visite apostolique de Paul VI à Kampala qui intervient dans ce contexte est donc le lieu de dégager les enjeux d’un tel événement ecclésial (le tout premier en Afrique noire). Au rang des enjeux majeurs de cette visite, il y a la réception du Concile Vatican II qui invite à lire l’Evangile à la lumière des réalités contextuelles de chaque peuple ; d’où la nécessité de l’inculturation et l’exigence d’un christianisme africain. Conscient de ces enjeux, Paul VI lance un appel missionnaire aux africains, en les invitant à devenir des missionnaires pour leur propre peuple : « Africains, devenez vous-mêmes vos propres missionnaires ».

En réponse à cet appel de Paul VI, le SCEAM est né et l’exposé du Bibliste Pr Paulin Poucouta le présente comme un outil pastoral qui cible principalement les sphères de la société et de la famille. Avec ses deux principaux organes : la commission d’évangélisation et la commission justice et paix, le SCEAM qui traite des questions liées à la famille et à la société s’associe les laïcs comme acteurs privilégiés de ces lieux d’évangélisation. D’où la nécessité de leur formation, mission qui incombe aux prêtres et évêques.

Cette mission de formation d’un laïcat conscient, ainsi que la mission d’évangélisation des familles et de la société se fait dans un état d’esprit qui est celui de la collégialité, thème focal de l’intervention du Pr Jean Paul Betegne, canoniste. Si la collégialité nous rappelle que les évêques sont les principaux acteurs et promoteurs des missions du SCEAM, elle invite surtout les conférences épiscopales à un travail de communion qui passe par l’exercice de la délibération en commun, de l’échange sincère et du sens du bien commun. Tout ceci pour la cause et le développement de l’Eglise.

Mais la collégialité qui peut se traduire par une réelle solidarité entre les églises d’Afrique motivées par l’entraide missionnaire, pastorale et même économique, ne se dissocie pas de la synodalité. C’est l’essentiel de l’exposé de la Sr Dr Antonietta Cippolini qui inaugure la série des trois exposés de l’axe théologique. En effet, la synodalité implique la participation de tous les baptisés à la construction d’une Eglise missionnaire. C’est pourquoi elle est l’expression d’une ecclésiologie d’activité missionnaire qui se vit au niveau local, régional et universel. Le chemin de la synodalité qui commence par l’écoute, transparait dans le langage et les comportements invite donc l’Eglise à rester en communion, afin qu’elle soit toujours en synode pour questionner les défis de son temps, et scruter à partir des sources de la foi, des éléments de réponses appropriées. Le SCEAM a donc pour rôle d’encourager cette synergie synodale entre les églises, entre clercs et laïcs, pour relever les défis de l’Eglise et de la société.

L’un des défis majeurs, qui revient avec insistance dans l’intervention de Mgr Joseph Marie Ndi-Okalla, 2e intervenant de l’axe théologique, c’est celui qui invite les africains à assumer pleinement leur responsabilité comme missionnaires. Pour nous permettre d’entrer dans l’herméneutique de cette injonction missionnaire de Paul VI à Kampala, Mgr Joseph Marie Ndi-Okalla a insisté sur trois éléments annonciateurs du vœu missionnaire que formule Paul VI pour l’Afrique : la coopération missionnaire africaine du Cardinal Montini, futur Paul VI, sa publication de l’Exhortation Africae Terrarum en 1967 et la canonisation des martyrs de l’Ouganda. C’est dans la lecture de ces trois événements que se perçoit mieux la mission du SCEAM résumée en deux problématiques relevées par Paul VI : la missionarité de l’Eglise d’Afrique, et de l’inculturation.

Comme signe visible de cette missionarité de l’Eglise d’Afrique qui devient elle-même missionnaire de son propre continent, Mgr Faustin Ambassa, dernier intervenant de l’axe théologique a exposé sur la promotion de la vie consacrée en Afrique. D’Eglises des missions d’hier, l’Afrique est devenue une Eglise missionnaire. Et le SCEAM a contribué à ce devenir missionnaire des églises d’Afrique. En effet si la vie consacrée précède le SCEAM sur le sol africain, il faut reconnaître que le SCEAM est arrivé comme une initiative promotrice d’un souffle nouveau de la vie consacrée en Afrique ; fidèle à l’injonction de Paul VI sur le devenir missionnaire des africains pour l’Afrique, plusieurs Instituts et les sociétés de vie apostolique autochtones voient le jour dans plusieurs pays grâce à la volonté des évêques. Avec la COSMAM comme fille du SCEAM, ces Instituts cherchent à africaniser les Conseils évangéliques selon leurs différents charismes.

Les échanges et débats qui ont clôturé cette première journée ont permis de retenir plusieurs propositions enregistrées dans la partie des résolutions et recommandations.

Dans la 2e et dernière journée, deux axes ont meublé les conférences : l’approche pastorale et l’axe des défis et perspectives d’avenir. L’axe pastoral s’ouvre par la conférence de la Sr Dr Honorine Ngono sur l’autonomie financière des Eglises d’Afrique qui souffrent d’une dépendance chronique de l’aide financière pour leurs besoins d’évangélisation. La décroissance progressive de cette aide tire aujourd’hui la sonnette d’alarme, sur la nécessité d’une prise de conscience sur l’exigence de l’autonomie financière de nos églises ; car la dépendance financière est une source d’humiliation. Il y a donc exigence de formation des consciences et des ressources humaines capables de mettre en œuvre les projets communautaires d’auto-prise en charge. Car l’autonomie financière est un des lieux de la maturité de la foi à laquelle le pape Paul VI invitait les Eglises d’Afrique à Kampala.

C’est cette maturité que le SCEAM entend aussi promouvoir dans les sphères de la politique et du social, lieux par excellence de la réception de sa littérature sociopolitique. C’est l’essentiel de la conférence de l’Abbé Dr Georges Eko sur la réception de l’enseignement sociopolitique du SCEAM. Le continent africain est dépeint comme une terre aux multiples plaies sociopolitiques et économiques qui atrophient la dignité des africains. Or selon le SCEAM, l’évangélisation est indissociable de la promotion humaine. Pour relever cette Afrique blessée, le SCEAM emprunte la trilogie du voir-juger-agir à l’effet de déterminer les facteurs exogènes des plaies du continent (ses richesses naturelles scandaleuses au goût de certains), et les facteurs endogènes (la corruption et autres affairisme et tribalisme). Ces causes établies, le SCEAM invite l’Afrique à mettre l’homme au centre de toutes activités économiques et politiques par la promotion des valeurs permanentes de la Doctrine sociale de l’Eglise : bien commun, justice, destination universelle des biens etc.

C’est cet enseignement assumé par le SCEAM, qui est aussi l’enseignement officiel de l’Eglise que les premiers martyrs catholiques d’Afrique noire (Martyrs de l’Ouganda) ont accueilli et vécu au prix de leur vie. C’est pourquoi la dernière conférence de cet axe porte sur la mémoire des Martyrs de l’Ouganda et l’enjeu de la sainteté en Afrique. L’abbé Pr Antoine Essomba Fouda qui la prononce fonde son propos sur les homélies de Paul VI et Gaudate et Exultate du pape François. Le martyr est la forme parfaite de l’imitation du Christ et le plus haut degré de témoignage. La canonisation des Martyrs de l’Ouganda le 18 octobre 1964 est donc un signe fort de la maturité de l’Eglise d’Afrique. Elle invite aussi les chrétiens d’aujourd’hui à l’audace, la ferveur, la prière et à l’engagement communautaire pour assumer pleinement leur vocation chrétienne quel que soit les lieux et les espaces.

La contribution lue de Mgr Samuel Kleda qui rentre dans cette approche pastorale a porté sur la réception de l’enseignement du SCEAM dans les églises locales à partir de l’exemple de l’ACERAC. Les églises locales font réception de cet enseignement dans ses thèmes majeurs de communion, de pastorale sociale et d’inculturation. Ainsi, les aspects qui témoignent de cette réception au niveau local sont entre autres : la coopération missionnaire entre les églises locales, la commission justice et paix, l’apostolat biblique et la formation des laïcs qui sont désormais des réalités dans nos églises locales.

Le quatrième et dernier axe a porté sur le SCEAM face aux nouveaux défis et perspectives d’avenir. Organisées autour d’un panel pluridisciplinaire, les interventions ont parcouru les défis du SCEAM à partir des approches systématique, morale, biblique, auto-évaluative et pastorale.

Le Dr Abbé Augustin Messomo Ateba dans l’approche systématique a situé les défis du SCEAM dans un horizon de sa mission déployées en cinq thématiques : proposer un christianisme africain ; promouvoir l’inculturation ; promouvoir un laïcat responsable et bien formé ; la promotion humaine et le souci des périphéries.

Dans l’approche morale, l’exposé du Dr Abbé Thomas Tchoungui s’est focalisé sur la crise du mariage et de la famille, et de ses aspects multiformes ; une crise dont la racine est la crise de l’humain et ses pernicieux corollaires d’idéologie du genre, les anthropologies alternatives. En puisant dans l’enseignement conciliaire pour dénoncer ces risques, le SCEAM promeut le mariage et la famille en insistant sur la pédagogie communautaire et l’ouverture à la vie.

L’approche biblique du Dr Père Patrice Mekana a mis l’accent sur la pastorale biblique et l’importance de la connaissance de l’Ecriture Sainte comme points d’ancrage de toute œuvre d’évangélisation. Ainsi, l’appropriation de la Parole, une saine relation à la Bible, et la connaissance de Jésus sont donc autant de défis pour le SCEAM aujourd’hui.

Dans l’approche auto-évaluative, Mgr Mathieu MADEGA en assumant tout ce qui a été exposé depuis le premier jour du colloque, s’est attardé sur les grands objectifs du SCEAM pour saluer la réussite de cette structure dans ses missions que l’ensemble du colloque a relevé depuis l’axe du contexte historique jusqu’à l’axe pastoral en passant par l’approche théologique. Il a ensuite profité pour faire une note sur la méthodologie du SCEAM qui articule, à partir de ses deux structures, les axes de structure et évangélisation.

Et enfin, de l’approche pastorale prononcée par anticipation dans l’après-midi du 16 mai par Mgr Jean Mbarga, il ressort que le SCEAM est un outil efficace de l’action pastorale en Afrique, par l’Afrique et pour l’Afrique. Sa voix qui résonne aujourd’hui, avec crédibilité dans les champs de la politique, des droits de l’homme, de la famille est une voix prophétique de l’Eglise d’Afrique qui annonce et dénonce. Pour bien jouer ce rôle, le SCEAM doit relever un ensemble de défis répertoriés dans la phase des résolutions et recommandations.

II. Résolutions et recommandations

En guise de résolutions : des conférences, échanges et débats tenus les 16 et 17 mai sur le cinquantenaire du SCEAM résultent les résolutions et souhaits suivants : 

  1. Que le SCEAM facilite et encourage la coopération entre les instances universitaires et les évêques, afin que soit promue dans toutes les sphères du savoir universitaire comme cela se fait déjà en théologie, une anthropologie chrétienne capable de déconstruire ce que Jean Paul II dénonce comme anthropologies alternatives promotrices d’une vision erronée de l’homme et de sa mission en société ;
  • Que soient promus au niveau local, des Conseils de laïcs avec pour projet de les étendre au niveau régional, afin de mieux impliquer les laïcs dans les missions du SCEAM ;
  • Que l’appel à la sainteté soit au cœur de la mission du SCEAM et un souci permanent de la pastorale des églises locales.
  • Que le SCEAM conscientise les Eglises locales sur l’urgence de la création des richesses à partir de leurs réalités naturelles et socioculturelles propres, afin d’atteindre l’autonomie financière qui est l’une des expressions de la maturité de la foi et d’une Eglise debout ;
  • Que les églises locales cherchent à mieux connaitre le SCEAM à travers les colloques comme l’actuel et autres conférences de vulgarisation afin que cette structure soit mieux connue et pratiquée ;
  • Que le SCEAM soit intégré dans les programmes de formation académique comme thème et module d’étude afin de permettre une bonne réception et une exploitation optimale de sa riche documentation ; car le problème de la réception des documents du SCEAM n’est pas à négliger ;
  • Que la promotion d’un laïcat bien formé soit une priorité majeure du SCEAM appelé à œuvrer en faveur d’une ecclésiologie de communion ;
  • Que le SCEAM renforce la communication, en vivifiant notamment son site internet en vue de la vulgarisation et d’une large accessibilité aux riches textes de sa documentation abondante ;
  • Que les conférences épiscopales manifestent un intérêt réel pour le SCEAM, en encourageant sa rénovation infrastructurelle, sa santé financière et son renouvellement en ressource humaine de qualité. Cela est nécessaire pour un meilleur rayonnement du SCEAM sur le plan continental et mondial ;
  1.  Que le SCEAM, 50 ans après sa création, s’intéresse aussi aux questions économiques peu thématisées dans sa littérature, afin que les moyens suivent les plans d’action pastorale que se définissent les Diocèses d’Afrique ;
  1.  Que le SCEAM propage la vie des Saints et martyrs africains, spécialement ceux de l’Ouganda, afin de susciter une appropriation locale de leur exemple, inspirateur pour les églises d’aujourd’hui ;
  1. Que les conférences épiscopales mettent en place les organismes recommandés pour faciliter et implémenter la coopération missionnaire dans le sens de « la solidarité pastorale organique » (EIA n°5).
  1.  (Une dernière proposition qui vient du Pr Jean Paul MESSINA) : Que le centre de documentation en création sur Vatican II puisse héberger tous les documents officiels du SCEAM qui est une émanation de Vatican II ; et que l’UCAC via son Secrétaire Général Académique, se rapproche du SCEAM pour obtenir tous les documents produits par cette structure.

Abbé Dr François NDZANA

Enseignant Permanent

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