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15 janvier 2021
FidesPost
ACTUALITE CONTRIBUTION Nationale

Hommage à Monseigneur Joseph Faye, premier Préfet Apostolique de l’Église de Ziguinchor (Par Abbé Séraphin-Raphaël NTAB)

Abbé Séraphin-Raphaël Ntab a tenu à rendre hommage à celui qui fut le premier Préfet Apostolique du diocèse de Ziguinchor qui a donné naissance à celui de Kolda en l’an 2000. Saluant l’esprit missionnaire de cet homme « sans qui, peut-être, l’Eglise de Jésus-Christ qui est à Kolda serait une île lointaine et encore vierge du message de l’Évangile », il estime que c’est toute l’Eglise du Sénégal qui devrait s’employer à re-découvrir sans cesse cet homme qui se présente à nous comme un « grand frère dans la foi ».

À vrai dire, je n’ai pas connu Monseigneur Joseph Faye. Je suis trop jeune pour avoir connu cet homme légendaire dont le nom résonne encore en moi comme s’il avait été un contemporain. Cela suffit à dire combien j’en ai entendu parler dans le diocèse de Ziguinchor, qui a assuré ma formation, du pré Séminaire Saint Jean de Nyassia au Grand Séminaire Saint Jean-Marie Vianney de Brin. Voilà qui dit tout le respect et l’admiration qu’ont les hommes et les femmes de cette belle partie de Casamance pour cette figure, volens nolens, hors du commun et que j’aurais tant aimé rencontrer pour apprendre l’art de missionner qui, par la force de l’Esprit-Saint, protagoniste de la mission et auteur des énergies nouvelles, l’a conduite à poser les jalons d’une Église sans cesse grandissante, faisant ainsi de nous ses héritiers : l’Église de Jésus-Christ qui est en Casamance. Monseigneur Maixent Coly, de si regrettée mémoire, par ailleurs préfaceur de Itinéraire de Monseigneur Joseph Faye. De la mission à la communion, du Frère Robert Blanc, l’exprime d’une fort belle manière : «  Le Père Robert Blanc situe la figure de Monseigneur Joseph Faye dans le contexte de la mission de l’Église au Sénégal et en Afrique et nous pouvons voir que loin d’être relativisée, elle y trouve sa densité spirituelle et parle aujourd’hui encore à tous, spécialement, à ceux qui s’intéressent à ce temps de l’Église de la Casamance, temps de semailles et de germinations où le bon grain, toujours mêlée à l’ivraie, a préparé les fruits que nous connaissons aujourd’hui1». Il devient évident que ce qu’il y a de plus marquant chez cet homme, figure d’Église à la beauté éblouissante, c’est son esprit missionnaire. Le Frère Robert Blanc en fait mention dans son écrit précité, en le présentant comme un véritable missionnaire « amené à exercer sa tâche dans des conditions difficiles2 ». En effet, « la question centrale de l’activité missionnaire à l’époque, la rencontre de cultures différentes pour l’évangélisation, va soudain se poser de manière cruciale pour lui […]. Il avait assimilé et exprimé la foi chrétienne dans l’Église missionnaire d’origine française. Mais devait maintenant avec des Français, poser les bases de l’Église en Casamance. La réflexion missionnaire n’avait pas encore posé la question en termes d’inculturation et c’était déjà cette question qui surgissait sans que ni les missionnaires français ni leur supérieur africain n’aient les moyens de l’aborder en profondeur3 ». Cette question, alors naissante, ne se pose-t-elle pas encore aujourd’hui ? Le dialogue entre foi et culture n’est-il pas de la plus brulante actualité ? À ce propos, Monseigneur Barthélémy Adoukounou nous fera remarquer que « le Serviteur de Dieu Paul VI déplorait et attirait fortement l’attention sur ce qu’il dénommait « le drame de notre temps » : le divorce entre l’évangile et la culture. L’Exhortation post-synodale Evangelii Nuntiandi (1975) qui faisait ce constat synthétisait les travaux d’un Synode de l’Église Universelle portant sur l’évangélisation dans notre monde contemporain ». Pour une Église profondément marquée par son caractère missionnaire, il est bon que ce rapport entre foi et culture soit examiné à nouveaux frais afin que le message de l’Évangile parle à tous. De fait, « entre le message de salut et la culture, il y a de multiples liens. Car Dieu, en se révélant à son peuple jusqu’à sa pleine manifestation dans son Fils incarné, a parlé selon des types de culture propres à chaque époque. De la même façon, l’Église, qui a connu au cours des temps des conditions d’existence variées, a utilisé les ressources des diverses cultures pour répandre et exposer par sa prédication le message du Christ à toutes les nations, pour mieux le découvrir et mieux l’approfondir, pour l’exprimer plus parfaitement dans la célébration liturgique comme dans la vie multiforme de la communauté des fidèles. Mais en même temps, l’Église, envoyée à tous les peuples de tous les temps et de tous les lieux, n’est liée d’une manière exclusive et indissoluble à aucune race ou nation, à aucun genre de vie particulier, à aucune coutume ancienne ou récente. Constamment fidèle à sa propre tradition et tout à la fois consciente de l’universalité de sa mission, elle peut entrer en communion avec les diverses civilisations : d’où l’enrichissement qui en résulte pour elle-même et pour les différentes cultures4 ».

Pour nous chrétiens d’Afrique et du Sénégal, repenser et réactualiser la figure de Monseigneur Joseph Faye contribuerait à rendre un vibrant hommage à ce prélat qui, d’une façon prophétique, s’est laissé consumer par le feu de la mission dans un contexte où la foi et la culture semblaient, à bien des égards, incompatibles. Comment donc arriver à gagner le pari de la « ré-conciliation » entre ces deux réalités qui touchent profondément chaque homme ? Voilà une bonne part de notre mission aujourd’hui. Et Monseigneur Joseph Faye a passé sa vie de pasteur à nous y introduire en étant au la de la mission d’une Église qui ne saurait s’envisager sans les nombreux défis qu’elle a à affronter pour changer l’eau fade, parfois saumâtre, de plus d’un homme et d’une femme de notre temps, en un vin joyeux qui délivre leurs âmes de toute peur, tristesse et angoisse car n’étant rien de moins que le signe de la présence de Jésus-Christ Sauveur, Dieu parmi nous, Dieu avec nous.

Le diocèse de Kolda, né en l’an 2000, du démembrement de celui de Ziguinchor, ne peut que se réjouir de l’esprit missionnaire d’un homme d’une telle envergure sans qui, peut-être, il serait une île lointaine et encore vierge du message de l’Évangile. Cela dit assez toute la reconnaissance que l’Église de Jésus Christ qui est à Kolda doit à cet homme choisi par le Seigneur pour accomplir son œuvre de salut dans cette partie enchanteresse du pays de la Téranga, c’est-à-dire, sans tout dire, de l’hospitalité. Il serait bon, donc, que l’Église de Jésus Christ, qui est au Sénégal et particulièrement en Casamance, s’emploie à re-découvrir sans cesse cet homme qui se présente à nous comme un « grand frère dans la foi », une figure d’une richesse inouïe qui a su échapper, sans jamais s’y dérober, à la trappe d’une mission trop lourde et de plus en plus exigeante pour s’abandonner à la Trappe où il n’a sans doute jamais cessé de prier pour que la mission continue sur toute l’étendue d’un Sénégal qui s’escrime à donner le meilleur de ses ressources pour que le Christ soit connu, aimé, imité et annoncé en tant qu’il est Bonne Nouvelle pour toutes les nations et toutes les cultures.

Que par la grâce de Dieu il ne soit jamais oublié les mains, de quelque origine que ce soit, qui ont pétri la première pâte de l’Évangile de Jésus Christ chez nous. Amen.

Kolda, le 27 novembre 2020

Abbé Séraphin-Raphaël NTAB,

Prêtre diocésain de Kolda

Vicaire épiscopal chargé de la formation

1 R. Blanc, Itinéraire de Monseigneur Joseph Faye. De la mission à la communion, JOFOM/Ordre des Prêcheurs, Dakar, mai 2005, p. 4.

2 Ivi, p. 21.

3 Ibid.

4 Gaudium et Spes, 58.

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