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28 septembre 2021
FidesPost
CONTRIBUTION Nationale VIE CHRETIENNE

Germes d’ecclésiologie en hommage au Cardinal Joseph Ratzinger (Par Abbé Séraphin-Raphaël Ntab)

Qu’est-ce que l’Église ? Cette question, à laquelle beaucoup préfèrent « qui est l’Église ? », dit à souhait que la définition de l’Église doit être passée au crible, afin d’éviter la moindre erreur quant à la compréhension de cette institution pluriséculaire. Alors que l’Église célèbre, en ce jour, Saint Augustin, patron des théologiens, il est de bon ton de revenir, sans les épuiser, sur certains aspects de cette Église qu’il a mis tant d’ardeur à servir. La quantité non sans la qualité de ses écrits, tous de grande portée  théologique, suffisent à en témoigner. Aujourd’hui, ils sont encore nombreux à réfléchir sur le mystère de l’Église au sujet de laquelle Jésus, s’adressant à Pierre, déclare : « Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18). Il va sans dire que c’est « son » Église confiée à un pécheur, Pierre, qui n’était qu’un pêcheur, pour qu’elle soit le signe visible de sa présence aimante, sanctifiante et salvifique dans le monde. La Constitution Dogmatique sur l’Église, Lumen Gentium, fruit des travaux du Concile Vatican II, nous en offre un exposé des plus brillants. Ainsi se confirmeront les propos du Pape Paul VI selon lesquels ce Concile « de l’Église sur l’Église » aura marqué une « nouvelle époque pour l’Église » puisqu’il eut le mérite « de tracer et de découvrir avec plus de clarté le vrai visage de l’Épouse du Christ[1] ».  C’est dans cette optique et sur cette toile de fond, qu’il me plaît de partager cet extrait de la conférence de Carême du Cardinal Joseph RATZINGER donnée, en 2001, en la Cathédrale Notre-Dame de Paris. En effet, toujours préoccupé par la question de l’Église, j’ai souvent été amené à y méditer et, donc, à faire face au mystère qu’elle constitue. C’est ainsi qu’il m’a été donné de percevoir, à la faveur de ma formation au Grand Séminaire et des études de spécialisation qui ont suivi, quelques-unes de ses caractéristiques qu’il convient nécessairement de considérer pour entrer dans l’intelligence la plus profonde de ce signe visible de la présence invisible du Christ dans le monde. Quel mystère ! L’on comprend alors pourquoi la théologie de l’Église, autrement dit l’Ecclésiologie, ne peut qu’être passionnante. C’est dans cette « atmosphère ecclésiologique » que s’inscrivent ces paroles, à la richesse et à la profondeur inouïes,  de l’émient théologien allemand, qui me paraissent se présenter comme un testament voire une mine d’or pour chaque génération, dans son élan perpétuel de re-construction de l’Église de Jésus Christ.

« L’Église n’est pas là pour elle-même. Elle ne peut ressembler à une Association qui veut, dans des situations difficiles, se maintenir à flot. Elle a une mission pour le monde, pour l’humanité. Et c’est seulement pour cette raison qu’elle doit survivre, parce que sa disparition entraînerait l’humanité dans un tourbillon, celui des ténèbres, de l’obscurité et même de la destruction de ce qui fait l’homme. Nous ne nous battons pas pour notre conservation. Nous nous savons chargés d’une mission qui nous impose une responsabilité face à tous. C’est pourquoi, l’Église doit se mesurer à elle-même et être mesurée à la façon dont sont vivantes en elle-même la présence de Dieu, sa connaissance et l’acceptation de sa volonté. Une Église qui ne serait que l’appareil qui se dirige lui-même serait une caricature. Tant qu’elle tournera autour d’elle-même et qu’elle ne regardera que le but à poursuivre pour sa survie, elle sera superflue et dépérira, même si elle dispose de grands moyens et qu’on la manage habilement. Elle ne peut grandir et fructifier que si la primauté de Dieu est vivante en elle. L’Église n’existe pas pour elle-même, mais pour l’humanité. Elle existe pour que le monde soit un espace de la présence de Dieu ».

L’on voit bien que comprendre l’Église pour ce qu’elle est réellement, loin des approches subjectives et superficielles qui viseraient à en faire une société purement et simplement humaine, nous fait prendre conscience de sa grandeur et de sa mission dans le monde, mais encore du grand privilège que nous avons d’en être les fils et filles, tous envoyés annoncer la Bonne Nouvelle par-delà les frontières. En dernière analyse, la compréhension que nous avons de l’Église déteint jusque dans notre façon de la voir, de croire et d’être chrétiens. À ce sujet, il n’est pas rare d’entendre : « Je crois en Jésus Christ, mais, de grâce, qu’on ne me parle pas de l’Église ! » De tels propos, que l’on peut s’employer à admettre, au regard des zones de turbulences que travers l’Église, relèvent toutefois d’une mauvaise compréhension de l’Église qui conduirait à séparer l’humain et le divin qui se meuvent conjointement en elle. « Qu’on n’imagine pas […] que le Corps de l’Église, ayant l’honneur de porter le nom du Christ, ne se compose, dès le temps de son pèlerinage terrestre, que de membres éminents en sainteté ou ne comprend que le groupe de ceux qui sont prédestinés par Dieu au bonheur éternel. Il faut admettre, en effet, que l’infinie miséricorde de notre Sauveur ne refuse pas maintenant une place dans son Corps mystique à ceux auxquels il ne la refusa pas autrefois à son banquet (Mt 9,11 Mc 2,16 Lc 15,2). Car toute faute, même un péché grave, n’a pas de soi pour résultat […] de séparer l’homme du Corps de l’Église. Toute vie ne disparaît pas de ceux qui, ayant perdu par le péché la charité et la grâce sanctifiante, devenus par conséquent incapables de tout mérite surnaturel, conservent pourtant la foi et l’espérance chrétienne, et à la lumière de la grâce divine, sous les inspirations intérieures et l’impulsion du Saint-Esprit, sont poussés à une crainte salutaire et excités par Dieu à la prière et au repentir de leurs fautes[2] ».

Par conséquent, l’Église, qui renvoie à Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, est un tout dont la sainteté tient plus à son fondateur et à ses mérites qu’à ses membres pécheurs sans cesse appelés à la sainteté. Donc, vouloir séparer l’Église du Christ, serait la dénaturer profondément. Cette belle et vieille définition  qu’en donne Monseigneur Jacques BÉnigne Bossuet, ancien évêque de Meaux, est digne des plus grands traités d’Ecclésiologie. Pour lui, l’Église n’est rien moins que « Jésus-Christ répandu et communiqué » par ses apôtres dans l’espace et le temps. Réfléchir sur l’Église, c’est finalement méditer le mystère de cette société humano-divine dont le Christ est la tête et nous, baptisés, les membres. Le Concile Vatican II, puisant à la source intarissable de la Tradition, en dira qu’elle est le Peuple de Dieu[3], le Corps mystique du Christ, selon les mots du Pape Pie XII. Et ce peuple de Dieu est appelé, tout entier, à coopérer à la mission de l’Église, chacun et tous ensemble, à l’image des membres d’un même corps qui ont chacun leur rôle. La question de la coresponsabilité dans l’Église revient ici d’une manière imparable.

En définitive, l’Église, souvent vue de l’extérieur comme une institution reposant sur une structure pyramidale, avec à sa tête le pape aidé dans sa charge par les évêques et les cardinaux qui, eux, s’appuient sur les prêtres et quelques laïcs engagés, c’est chacun de nous, baptisés, député à une noble mission dans le monde : annoncer Jésus Christ, Dieu fait homme pour nous sauver, qui nous appelle chaque jour à passer, par nos paroles et nos actes, du mal au bien et du bien au meilleur. Croire en l’Église, ainsi que nous le confessons dans notre credo, c’est aussi croire que Dieu nous invite, à travers elle, à prendre part activement à son œuvre pour sa plus grande gloire et le salut des hommes qu’il aime.

Le Cardinal RATZINGER, à travers l’extrait précité de sa conférence sur l’Église, nous en donne le sens, la direction et la mission. Que par la puissance de l’Esprit Saint, qui guide et soutient l’Église, les tribulations de ce monde ne nous amènent pas à les perdre de vue.

Abbé Séraphin-Raphaël NTAB

Professeur de Théologie Dogmatique

[1] Paul VI, Discours de clôture de la troisième période du Concile (21 novembre 1964) : AAS 56 (1964), p. 1012 ; La Documentation catholique 61 (1964), col. 1541.

[2] Pie XII, Mystici Corporis Christi (29 juin 1943), sur le Corps Mystique de Jésus Christ et notre union en lui avec le Christ, 22.

[3] Lumen Gentium, 2.

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