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24 octobre 2020
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VIE CHRETIENNE

« Est-il permis à un catholique de renvoyer sa femme ? » : libre propos d’un fidèle laïc

Libre propos d’un fidèle laïc sur le dialogue entretenu entre Jésus et les pharisiens à propos du divorce : observations sur l’Evangile de ce vendredi 14 août 2020

A la veille de cette fête de l’Assomption1 commémorant l’élévation de la Vierge Marie au ciel, l’Eglise catholique nous propose des textes bibliques, objet de méditation, sur un sujet particulièrement intéressant et qui est d’une brulante actualité. Le problème du divorce catholique se pose alors avec acuité.

Il convient d’entrée de jeu, de préciser qu’il ne s’agit pas pour nous de proposer une homélie2 pour une raison très simple, nous n’en avons ni la qualité ni la compétence pour y procéder. Notre propos ne se trouve pas donc sur ce terrain. Mais comme l’intitulé l’indique, il s’agit de libres propos sur un sujet qui nous intéresse particulièrement et qui suscite en nous une certaine curiosité. Nous nous sommes donc prêté à l’exercice à la suite de l’invitation de notre ami propre monsieur l’Abbé Phillip Dibocor NGOM3, à l’endroit de qui nous réitérons nos civilités et notre haute considération.

Après ces quelques observations préliminaires, il faut dire que c’est l’évangéliste Saint Mathieu4 qui, très audacieux, nous livre en substance le dialogue entretenu par le Christ avec les pharisiens à ce propos. Ce sont sans doute les mêmes pharisiens qui amèneront à Jésus une femme prise en flagrant délit d’adultère en disant que Moïse leur a ordonné de lapider ces femmes là5. Dans ce flagrant délit, le partenaire masculin fait défaut et Jésus prend sa place, à terre, auprès de la condamnée, au risque de se faire lapider avec elle.

Jésus dans notre texte renvoie les pharisiens aux prescriptions de Moïse qui a édicté ces règles en raison de la dureté de leurs cœurs.

A l’origine, il s’agissait pour les pharisiens de mettre Jésus à l’épreuve comme ils l’ont toujours fait d’ailleurs. Non pas qu’ils (les pharisiens) veuillent s’instruire dans les voies de Dieu mais ils veulent le piéger pour provoquer une crise. Leur hostilité est intensifiée et ils cherchent à le faire mourir. Ils sont donc venus avec une question très controversée, une de celles qui intéressaient les gens au plus haut point. L’éternelle question du divorce. Question à première observation insolite, elle présente néanmoins pour le Christ un intérêt tout particulier au regard du cours magistral à eux donné. Mais avant d’exposer à la une cette réponse magistrale à biens des égards, il convient d’examiner le contexte dans lequel les pharisiens ont agi.

En ce temps exactement, en Israël, il y avait deux écoles dites rabbiniques qui soutenaient deux points de vues différents sur le divorce. Une des écoles soutenait l’enseignement du rabbin Hillel. Selon Deutéronome 24, Moïse a dit « lorsqu’un homme aura pris et épousé une femme qui viendrai à ne pas trouver grâce à ses yeux, parce qu’il a découvert en elle quelque chose de honteux, (d’inconvenant, la colombe) il écrira pour elle une lettre de divorce, et après la lui avoir remise en main, il la renverra de sa maison.»6

Hillel interprétait ce texte comme signifiant, quoi que ce soit qui déplaisait au mari ! cela pouvait aller du petit déjeuner mal préparé, à la maison mal nettoyée. Il pouvait divorcer. C’était le point de vue libéral7.

A l’opposé, il y avait l’école de Shammai, un autre grand rabbin hébreux qui enseignait que le divorce devait être strictement limité, qu’il ne devait être accordé que sous certaines conditions bien définies8.

A l’époque le nation d’Israël était divisée entre ces deux écoles de pensée.

Ces deux points de vues s’opposent fondamentalement à bien des égards et nous nous sommes pressés des deux cotés. Que faire du divorce ? Est-ce quelque chose de pas tellement important et doit-il être permis pour une simple incompatibilité ? Ou bien est ce une chose très sérieuse qui ne peut être acceptée que sous certaines conditions très limitées ?

C’était là le problème, et notre Seigneur était confronté à cette question.

« Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour n’importe quel motif ? » lui demandèrent-ils d’entrée de jeu. A cette interrogation, Jésus apporte une réponse sans ambigüité en invoquant les écritures à titre de caution. Comme pour dire qu’on ne tente pas le Seigneur. Il développe donc dans sa réponse deux arguments très importants. « N’avez-vous pas lu ceci : dès le commencement le Créateur les fit homme et femme » et il ajoute le pourquoi de l’indissolubilité de cette union « c’est à cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, il ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc ce que Dieu a unit, que l’homme ne le sépare pas. » Cette réponse est une affirmation catégorique du caractère indissoluble du lien conjugal dans le mariage sacramentel.

A travers cette réponse Jésus maintient l’autorité des écritures, indiscutablement. Il a alors toujours fait référence à l’ancien testament comme étant le livre qui contient les réponses aux problèmes de la vie. Il les renvoie à Moïse et à la loi. C’est la raison pour laquelle il renvoie ces pharisiens vers Moïse pour avoir la réponse à leur interrogation piège.

Mais Jésus ne s’arrête pas à un simple renvoie peut-être au premier degré d’autant plus que les pharisiens reviennent quand même à la charge avec une question qui révèlent leur véritable intention consistant à tenter le Christ. Il va clarifier le texte invoqué « Pourquoi donc Moïse a prescrit la remise d’un acte de divorce avant la répudiation ? », Avec un argumentaire d’une particulière consistance, Jésus répond « C’est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n’en était pas ainsi. Or je vous le dis si quelqu’un renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime et qu’il en épouse une autre, il est adultère.» Il est alors clair que le remariage pour l’Eglise catholique Romaine n’existe pas.

Mais qu’est ce qu’un cœur endurci ?

Quel est le contraire d’un cœur endurci ? c’est sans doute un cœur adouci, souple, aimable et ouvert. C’est souvent que les écritures parlent de cœur endurci. Quand vous êtes déterminé à faire les choses selon votre propre volonté sans tenir compte de la volonté de Dieu sur une question, vous endurcissez votre cœur. Voilà ce qui se passait exactement en Israël. Ce précepte révélait qu’il y avait de la dureté dans le cœur.

Si son cœur n’est pas endurci, le mari va suivre les conseil que donne l’apôtre Pierre : « Et vous les maris, prenez soin de votre femme dans la vie commune. Les femmes sont plus fragiles, vous devez en tenir compte. Traitez-les avec respect puisque comme vous, elles recevront le don de la vrai vie. Si vous faite cela, rien ne vous arrêtera dans vos prières. »9

A titre illustratif, Pierre SEGURA donne un exemple particulièrement édifiant pour les couples d’aujourd’hui qui rencontrent des difficultés.

Une femme est allée voir un avocat et a dit « je veux divorcer. Je déteste vraiment mon mari, et je veux que cela lui fasse mal. Donnez moi quelques conseils. »

L’avocat lui a dit « si vous voulez vraiment le faire souffrir alors écoutez moi ; dans tous les cas vous allez divorcer d’avec cet homme, alors pendant trois mois ne le critiquez pas. Dites seulement du bien en parlant de lui. Donnez lui de l’importance. Chaque fois qu’il fait quelque chose d’agréable, félicitez-le. Dites lui que c’est un type bien, et faite cela pendant trois mois. Après cela il pensera qu’il a votre confiance et votre amour, à ce moment là, balancez lui la nouvelle du divorce, et c’est cela qui le fera souffrir le plus. »

La femme se disait « je ne peux pas me tromper en faisant cela. Après tout je vais divorcer. Pourquoi continuer à parler mal de lui ? Je vais dire seulement du bien.»

Donc elle a complimenté son mari pour tout ce qu’il faisait. Pendant trois mois, elle lui a dit qu’il était un homme bien. Savez-vous ce qui s’est passé suite à cela ? Après trois mois, ils ont oublié le divorce et ont recommencé une deuxième lune de miel.

Mais le Seigneur ne s’arrête pas là. Après avoir mis le doigt sur la raison qui fait que les mariages échouent, c’est à dire à cause de la dureté du cœur, il va nous montrer maintenant comment ils peuvent être guéris en nous révélant le but du mariage. « Mais au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux seront une seule chair, ainsi ils ne sont plus deux mais une seule chair. Donc ce que Dieu a unit que l’homme ne le sépare pas. » Nous connaissons tous ces paroles et elles sont citées à chaque mariage.

C’est dire que dans cet entretien fort heureux, Jésus nous amène bien au delà des pharisiens, de Moïse, de la loi et de l’histoire des hébreux, mais au début de la création, le commencement de la race humaine. Voilà le facteur déterminant. La loi est venue plus tard à cause de l’existence d’un problème.

Le but du mariage c’est donc de devenir UN. Deux personnes disparates, distinctes, deux individus avec des personnalités différentes, des dons différents, qui unissent leur vie afin que durant le cours des années, ils deviennent une seule chair. C’est cela le mariage catholique expliqué par Jésus. Il s’agit par voie de suite d’un processus. C’est un projet qui est au delà de notre nature, de nos forces, un projet qui est à l’image de Dieu.

Devenir une seule chair avec la personne aimée est un projet divin, à l’image de Dieu dont l’amour maintient le Père, le Fils et le Saint-Esprit dans l’unité. Une seule chair mais pas un seul être10. Si Dieu n’est pas le moteur du couple, il ne reste que la carrosserie du mariage, un corps dont le cœur ne bat plus. Alors la vie nouvelle que nous propose le Christ présuppose que la dureté de notre cœur ait été transformé par l’Evangile.

Cependant, l’introduction d’une troisième personne dans le mariage peut conduire au divorce11 catholique. C’est ce que le Christ appelle « sauf pour cause d’infidélité ». Il se pose alors forcément la question de l’excommunication du divorcé dans l’Eglise catholique. Question très sensible et d’une brulante actualité. Il faut convenir dans cette perspective que l’Eglise ne vous excommunie pas, bien au contraire. De plus, un récent document du pape François a affirmé fortement l’appartenance de tous les baptisés à la communauté ecclésiale. Le Pape écrit « Il est important de faire en sorte que les personnes divorcées engagées dans une nouvelle union sentent qu’elles font partie de l’Eglise qu’elles ne sont pas excommuniées et qu’elles ne sont pas traitées comme telles car elles sont inclues dans la communion ecclésiale. Ces situations exigent aussi que ces divorcés bénéficient d’un discernement attentif et qu’ils soient accompagnés avec beaucoup de respect, en évitant tout langage et toute attitude qui fasse peser sur eux un sentiment de discrimination. Il faut encourager leur participation à la vie de la communauté ».12

En définitive, une interrogation piégée pour mettre Jésus à l’épreuve a tournée en un cours magistral particulièrement édifiant. Il faut dire qu’aujourd’hui encore, que cette question que bien de croyants aimeraient poser volontiers à Jésus et à son Eglise n’a rien perdu de son actualité. Pour lui, dans cet entretien, le problème ne porte pas sur la règles de la loi fussent-elles données par Moïse, ni sur les quelconques subtilités casuistiques. Pour lui, la question porte sur le fond, sur ce monde au cœur dur qui ne cesse de séparer ce que Dieu a uni, qui pourtant au commencement avait clairement exprimer sa volonté de ne pas laisser l’homme seul car Il s’était dit qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul13. Il lui a alors taillé sur mesure une femme qui devait lui être assortie. Et Il vit que cela était très bon.

Au delà de la réponse de Jésus à l’endroit des pharisiens, ne devons nous pas voir une invitation, un appel pressant à ne jamais s’arrêter trop tôt, à remonter sans cesse à la source d’où coulent les fleuves d’eau vive sur l’homme et la femme que Dieu a crée ? Là où rien ni personne ne pourra jamais séparer son plan d’amour de l’humanité tombée mais éternellement rachetée.

Il est tant de croire corps et âme à la fidélité absolue de Dieu.

Gilbert Coumakh FAYE

Docteur en droit privé

Université Cheikh Anta Diop de Dakar

Paroisse Christ-Roi de l’Univers de Diouroup

1 L’Assomption est une des grandes fêtes de la vie chrétienne célébrée chaque 15 Aout. Marie a été enlevée de la vie terrestre pour entrer dans la vie en Dieu.

2 L’homélie c’est l’explication de la parole de Dieu prononcée par des personnes habilitées (Pape, Cardinal, évêque, prêtre, diacre etc.) au cours de la messe après la lecture de l’Evangile.

3 Responsable de l’économat au Grand Séminaire François Libermann de Sébikotane.

4 Il est le premier des quatre évangélistes et un des tout premiers disciples de Jésus. Il fut avant d’être appelé un percepteur d’impôts.

5 Jean 8, 1-11.

6 Deutéronome 24,1.

7 Yanki TAUBER, Quand faut-il divorcer, chabad.org, 1993-2020.

8 Ibid.

9 1 Pie, 3 :7 parole de vie.

10 Père MARXER, Homélie du 7 octobre 2018, Questions sur le divorce, Rueil, Malmaison, 27e Dimanche du temps ordinaire Année B.

11 Sur la question du divorce, voir notamment Jean WERCKMEISTER, Quelques observations sur les personnes en situation matrimoniale irrégulière dans le droit de l’Eglise Catholique, in revue des sciences religieuses, N° 81/1/ 2007, Institut de droit canonique Strasbourg.

12 Propos rapportés par le Père Michel HIBAUT, in Eglise Catholique romaine-Genève, pastorale familiale, page 3.

13 Voir Genèse 2, 18.

1 commentaire

SDS Simon Diatta SENGHOR ; Serviteur Du Seigneur 14 août 2020 at 8 h 57 min

Celui ou celle qui veut divorcer dans l’église n’a qu’à donner des cartes d’invitation de divorce et rassembler tous les personnes qui étaient présents au jour de son mariage ; dans ce cas y’aura divorce. Et il est impossible de faire se rassemblement car déjà y’aura des personnes qui étaient présentes et qui sont morts ou ne vont jamais venir répondre cette invitation. Au commencement,… le mariage chrétiens est très sacré. L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les 2 ne feront qu’une seule chaire. …Que personne ne sépare ce que Dieu a unit. Il faut un bon cheminement et digne de son nom. Merci vraiment Docteur Faye, un plaisir de t lire vraiment

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