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9 juillet 2020
FidesPost
ACTUALITE FOI ET COVID19

Covid19 et Bible : Peut-on parler de malédiction divine ou de signe de fin du monde ?

Alors que plusieurs pays mettent en place des mesures de déconfinement des populations, le temps est peut-être favorable à une relecture plus sereine de cette pandémie de la Covid19 à la lumière de la Bible. Peut-on parler de malédiction divine et de signe de la fin du monde face à cette crise sanitaire mondiale? Le Père Blaise Pascal Sagna, spiritain et bibliste, aborde cette question et invite à passer de la crainte à l’espérance.

Depuis le mois de novembre, l’épidémie de Covid-19 a figé le monde et son rythme de vie effréné. Dans leur grande majorité, les rues et les places des villes et des villages ont été désertées, les avions ont été cloués au sol, les usines étaient à l’arrêt, les frontières terrestres, maritimes et aériennes ont été barricadées pour empêcher la propagation de la pandémie. Bref, cette pause forcée a permis à la pollution de baisser considérablement et à la nature de reprendre ses droits.

Le déconfinement qui s’amorce dans beaucoup de pays ouvre la possibilité de retourner à la vie normale et de relancer surtout les activités économiques pour ne pas voir nos États s’effondrer. Mais la partie n’est pas encore gagnée. Le virus continue de circuler et de tuer, d’où l’intérêt de rester vigilants et de continuer à chercher les moyens d’éradiquer ce fléau. Il convient donc de comprendre ce qui se passe pour mieux en tirer les leçons.

  1. Selon la Bible, la pandémie est une sanction divine contre l’homme pécheur

Quand on parle de pandémie, on se tourne naturellement vers les scientifiques dont les recherches permettent de trouver un remède ; vers les autorités politiques et administratives chargées de prendre des décisions qui aident les populations à faire face à la crise ; vers les religions qui proposent une explication métaphysique des événements historiques.

Quand on parle pandémie, on ne peut donc s’empêcher de chercher aussi des explications dans les Écritures Saintes où cette réalité est omniprésente. Depuis le déluge (Genèse chap. 6-9) jusqu’aux sept fléaux (Apocalypse chap. 15-16), en passant par les dix plaies d’Égypte (Exode chap. 7-11), l’histoire de la Bible est ponctuée par des catastrophes naturelles considérées comme des sanctions divines à l’encontre de l’homme pécheur et complice du Mal (Jérémie 21,6 ; Ézéchiel 5,12-17). Le message qui en découle est systématiquement un appel à la conversion (1 Rois 8,37-38 ; 2 Chroniques 7,13-14 ; 20,9). En fait, les pandémies sont présentes depuis des millénaires et souvent les auteurs sacrés s’en emparaient pour relire les événements dans une perspective eschatologique de victoire finale du Bien sur le Mal.

  1. Selon l’Apocalypse de Jean, il faut persévérer dans la foi en période de pandémie

Prenons le cas de l’Apocalypse de saint Jean. Ce livre, qu’on a tort d’interpréter comme un livre apocalyptique au sens négatif du terme (c’est-à-dire annonçant la fin du monde), est en fait un livre qui révèle pleinement (« apocalypse » signifie étymologiquement « révélation, dévoilement ») la gloire du Christ entrevue dans les Évangiles à des chrétiens du premier siècle soumis à la persécution et à toutes les tribulations propres à ces temps de guerre et de pandémie que nous connaissons. Le livre de l’Apocalypse commence par un message de bonheur et se termine sur la même note : Ap 1,3 : « Heureux celui qui lit, heureux ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et gardent ce qui est écrit en elle, car le temps est proche. » ; Ap 22,14 : « Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d’avoir droit à l’arbre de vie, et d’entrer par les portes dans la ville ! » (Il y a en tout 7 béatitudes dans ce livre. Les autres sont : Ap 14,13 ; 16,15 ; 19,9 ; 20,6 ; 22,7). Ainsi donc au milieu des épreuves les plus catastrophiques, comme la pandémie actuelle, saint Jean nous invite à persévérer dans la foi au Christ (Ap 2,10 ; 13,10 ; 14,12), et à espérer le bonheur qu’il va finir par nous donner, car notre monde est promis à un avenir de plénitude éternelle et non de terreur finale (Ap 22,3).

Le Covid-19 semble montrer que les puissances maléfiques et destructrices règnent plus que jamais sur le monde. Mais ce n’est qu’une impression, car Dieu accomplit ses plans dans l’histoire humaine qu’il conduit inexorablement vers un but. De ce fait, « la puissance contestatrice de la pensée apocalyptique constitue un terrain naturellement favorable à la proclamation, non pas tant de la « fin du monde » que de la « fin d’un monde », celui de la puissance romaine et de l’organisation de la société qui l’accompagne, organisée et imposée par la séduction ou la répression » (Élian Cuvillier, « Jean de Patmos, prophète de la fin d’un monde », dans ACFEB, Les prophètes de la Bible et la fin des temps, Paris, 2010, Cerf, p. 271-272)

  1. Relire la pandémie du Covid-19 comme un appel à changer de temps et de monde

En définitive, la pandémie actuelle n’annonce pas la fin du monde, car après avoir fait tomber le déluge, Dieu n’a pas détruit l’humanité, mais il lui a donné l’occasion de repartir sur de nouvelles bases plus conformes à son projet de salut. Après avoir fait vivre à l’Égypte la calamité des dix plaies, Dieu a réduit sa puissance destructrice et permis à Israël, un peuple opprimé à l’époque, de retrouver la liberté. En déversant les sept coupes de la colère, Dieu n’entend pas exterminer la création, mais la faire basculer vers un ciel nouveau et une terre nouvelle (Ap 21,1), ceux que le Christ inaugure par sa résurrection.

Si la pandémie actuelle n’annonce pas la fin des temps et du monde, elle annonce donc au moins, comme le livre de l’Apocalypse, la fin d’un temps et d’un monde : le monde de la surconsommation et de l’exploitation abusive des ressources de la planète ; le monde de l’injustice, des guerres, de l’égoïsme et des plaisirs qui dénaturent la beauté de la création ; le monde dominé et régi par le Mal.

La pandémie actuelle nous offre ainsi d’inaugurer avec le Ressuscité un nouveau temps : le temps d’une cohabitation pacifique et harmonieuse entre l’homme et la nature comme aux premiers jours de la création ; le temps du retour aux valeurs essentielles telles que la foi, la paix, la fraternité et l’unité ; le temps où la santé et la vie de l’homme priment sur la spéculation pharmaceutique et le commerce très lucratif des armes ; le temps où la politique de nos États n’est pas déterminée par les lobbys de tous bords qui ne défendent que leurs intérêts, et non ceux du peuple ; le temps où tout homme est enfin considéré comme une histoire sacrée.

Alors comme nous le demande le Christ lui-même, persévérons dans la foi jusqu’à son retour glorieux (Mt 24,13) et invoquons-le sur cette pandémie en disant : « Viens Seigneur nous délivrer du Mal sans tarder ! » (Ap 22,20).

Père Blaise-Pascal SAGNA, Saint Christophe – Dakar-Yoff

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