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26 novembre 2022
ACTUALITE FOI ET COVID19

Covid-19 : Non à la stigmatisation ! (Par Abbé Joseph Maïssa Gueye)

Dans son article « Covid-19 : oui à la solidarité et non à l’exclusion » publié sur Fidespost, le Père Donal ZAGORE, sma, écrivait au sujet des mesures d’isolement et de confinement adoptées dans de nombreux pays à travers le monde : « Ces mesures ne doivent pas devenir des chemins qui conduisent à favoriser l’exclusion, la stigmatisation… », avant d’ajouter : « La pandémie de Covid-19 ne doit pas devenir un terrain sur lequel le vivre-ensemble est sacrifié… »

Devant la stigmatisation de plus en plus accrue dont souffrent les personnes atteintes et les membres de leur famille, il est important d’attirer notre attention sur les conséquences d’un tel phénomène et de relancer un appel à la solidarité. Cet appel, nous l’espérons sera perçu par tous les hommes de bonne volonté.

La stigmatisation est un phénomène social basé sur la discrimination d’un individu ou d’un sous-groupe d’individus par un groupe dominant ou majoritaire. Dans le cadre de la maladie du Covid-19, elle se manifeste par la mise à l’écart des patients et des membres de leur famille. Si l’isolement est jugé nécessaire par les spécialistes, il n’en demeure pas moins qu’il donne lieu à des attitudes larvées de discriminations. Les personnes atteintes sont pointées du doigt même après leur rémission. On ne les approche qu’avec réserve tant la peur d’être contaminé par elles, est diffuse. Le dispositif de prise en charge des malades (signalement et récupération) est si impressionnant qu’il attire l’attention de tous et crée par la même occasion un malaise. Il y a là une dérive qui fait glisser du soin vers le contrôle social ou de la prévention à une précaution discriminante inutile et injustifiée. La stigmatisation est mise en acte par les médias qui dans leur majorité parlent des patients en termes de « cas » (cas importé, cas contact, cas communautaire …). Elle se manifeste aussi par un mécanisme d’auto stigmatisation des patients qui, de manière inconsciente, tendent à refuser de se signaler pour ne pas s’exposer, eux et les membres de leur famille. Elle est présente enfin par la suspicion qui gagne de plus en plus du terrain. On n’ose plus tousser ou éternuer en public et on évite les personnes habitant les zones à fort taux de contamination.

Ces contre-attitudes nuisent grandement à la qualité de vie des patients et des membres de leur famille et sont un grave manquement au respect de leur dignité. Elles les placent dans une situation de souffrance qui ne devrait laisser personne indifférent.

A l’heure du déconfinement où le monde prend conscience de la nécessité de vivre avec le virus et appelle à la responsabilité personnelle et collective dans la mise en application des mesures-barrières, il est important de repenser notre vivre-ensemble quelque peu mise en mal par cette pandémie. Heureusement que de nombreuses voix, à travers le monde, se lèvent pour inviter à cette réflexion pour que rien ne soit plus comme avant. A cet élan, la pensée chrétienne participera pour donner des orientations majeures. Elles relèvent, selon nous, de deux ordres :

Le premier est celui de l’impératif de la foi qui nous indique les motivations au nom et en vertu desquelles nous œuvrons pour un meilleur vivre-ensemble. La première motivation concerne le respect de la dignité de toute personne. C’est à cela que nous invite Jésus dans les évangiles lorsqu’Il entoure d’attention ceux que la lèpre avait défigurés et qui étaient exclus de la société1 ; lorsqu’Il appelle à Lui publicains et pécheurs de mauvaise réputation2.

La deuxième motivation concerne le commandement de l’amour du prochain au sujet duquel nous avons un bel enseignement dans la parabole du bon samaritain3. Le Bon Samaritain, c’est d’abord Jésus, Lui qui s’est, sans cesse, fait proche du monde de la souffrance humaine. Son action l’a porté vers ceux qui souffraient et qui avaient besoin d’aide. Il guérissait les malades et consolait les affligés. Les bons samaritains de nos jours, sont ceux dont le dévouement auprès des malades du coronavirus a forcé l’admiration de tous : le personnel soignant, ceux qui ont répondu favorablement à l’appel à la solidarité pour la prise en charge effective des malades et pour soutenir les couches sociales les plus défavorisées. Les bons samaritains de demain seront tous ceux qui sauront faire montre des vertus cardinales que sont la prudence, la justice, la tempérance et la force :

  • La prudence en ce qu’elle éveille à la responsabilité de tous et de chacun face au virus afin de limiter sa propagation. Entre se préserver et exclure les autres, il existe une voie médiane qui est celle de la prudence qui prédispose à la responsabilité et à la solidarité.
  • La justice, pour ce qu’elle œuvre en faveur du respect des droits des patients et des membres de leur famille. Il est important de les prémunir contre la perte de droit social.
  • La tempérance en ce qu’elle nous permet de gérer les émotions provoquée par la pandémie de Covid-19.
  • La force en ce qu’elle rend l’âme affermie contre les périls de mort. Si la peur de la maladie et de la mort a été le terrain fertile de l’exclusion et de la stigmatisation, la force quant à elle nous dispose à sortir de nous-mêmes malgré les risques pour aider, accompagner et soutenir les malades. Saint Charles Borromée pendant la peste de Milan nous a laissé, en cette matière, un exemple parlant.

Le deuxième ordre est celui du besoin du cœur de chaque homme. Face à la masse d’informations quelques fois contradictoires, que nous recevons au quotidien et face à l’urgence de répondre aux attentes de ceux qui souffrent de la stigmatisation, il y a lieu de :

  • Travailler encore à un approfondissement des connaissances et informations au sujet de cette maladie tant il est vrai qu’on a moins peur de ce qu’on connait.
  • Œuvrer à la réinsertion des patients dans leur communauté en leur donnant la parole pour qu’ils mettent des mots sur leur expérience vécue.
  • Continuer la sensibilisation contre toute forme de stigmatisation.

Ces orientations majeures sont à tenir ensemble pour qu’une nouvelle manière de vivre-ensemble voie le jour. C’est là notre vœu le plus ardent.

Abbé Joseph Maïssa GUEYE

Théologien

Curé de la Paroisse Saint Charles Lwanga

Diocèse de Thiès

1 Cf. Mt 8, 1- 4 ; Lc 5, 12 – 14.

2 Cf. Lc 5, 27- 32.

3 Cf. Lc 10, 29 – 37.

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