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Sénégal
26 novembre 2022
ACTUALITE

Comment préserver la laïcité positive au Sénégal à l’heure du pétrole et du gaz ?

Ouvrant le colloque sur la liberté religieuse organisé par la Fondation Konrad Adenauer (FKA), au début du mois de décembre, M. Emmanuel Diédhiou, Directeur de Cabinet du Ministre des Mines et de la Géologie, a soutenu que la préservation de la laïcité positive au Sénégal appelle « un devoir de veille citoyenne » au regard de la géopolitique sous-régionale marquée par un cercle vicieux de la violence aveugle au nom de la religion et l’exigence d’investir, entre autre, dans l’éducation et la formation des jeunes.

« Ce combat, il nous faut le gagner pour que notre pays, qui jusque-là comptait sur ses seules ressources humaines pour rayonner sur l’international, ne vienne, à l’heure du pétrole et du gaz, à se métamorphoser et à perdre son identité de pays de paix et de dialogue », a-t-il martelé devant un parterre d’éminentes personnalités dont des diplomates, universitaires, chercheurs, religieux de diverses obédiences et leaders d’opinion.

Venu représenter Madame Aïssatou Sophie Gladima, Ministre des Mines et de la Géologie, à la cérémonie d’ouverture, M. Emmanuel Diédhiou a d’abord appelé « à barrer la route à la vacuité morale et éthique qui avilit notre civilisation et exacerbe les antagonismes » et évoqué « l’urgence de mieux connecter notre rapport à Dieu et au prochain, quand, ça et là, des idéologies morbides font l’éloge de la folie meurtrière et nous présentent à l’adoration un Dieu qui prendrait plaisir au sang des innocents ».

Ce vide explique, selon lui, le fait qu’on « en arrive, dans certaines parties du globe, la conscience morale et éthique carrément anesthésiée, à croire que les boucheries humaines, exécutées avec une froide volupté, sont un culte rendu à Dieu ». « Hélas, même en 2019, on note encore ces théories d’un âge que l’on croyait révolu à jamais ! », a-t-il déploré.

« Au cercle vicieux de la violence aveugle, expression répugnante d’un mal vivre intérieur et d’une ignorance coupable, nous devons dessiner un cercle vertueux d’un commun vouloir de vie commune pour lutter plus efficacement contre tous ceux qui tirent des bas-fonds de notre nature humaine les armes perfides pour nous opposer », a recommandé le Directeur de Cabinet.

En effet, pour Emmanuel Diédhiou, parler de liberté religieuse « reviendrait, excepté les contingences géographiques et culturelles, à célébrer une valeur consubstantielle aux grandes traditions religieuses : il n’y a pas de contrainte en religion ; le dépôt de la foi se propose par l’éducation islamique, la catéchèse et l’instruction religieuse, mais jamais par l’épée tranchante et l’obscurantisme ».

Sur ce plan, estime-t-il, universitaires, hommes de Lettres, de Science et de Culture, chercheurs et guides religieux, pouvoirs publics et partenaires sociaux doivent trouver, par « la réflexion courageuse », « les moyens cognitifs, les outils théologiques et les mécanismes les plus socialement éprouvés pour démontrer qu’il y a bien une autre alternative à la barbarie rampante, qu’on peut vivre en paix en respectant l’autre dans sa différence, que Dieu, tel que nous l’enseignent les grandes traditions religieuses monothéistes est essentiellement Amour, Vie, Paix, Justice, Miséricorde et ne se laisse voir en l’Homme créé à son image et à sa ressemblance et dont la dignité est inaliénable ».

Revenant ensuite sur le cas spécifique du Sénégal, il a salué, d’une part, la contribution des guides religieux et coutumiers à la paix et au dialogue entre les différentes composantes de la nation et d’autre part la laïcité positive de l’Etat qui, tout en restant distinct, « sait, depuis toujours, ce qu’il doit au pouvoir spirituel maraboutique et clérical dans la stabilisation du climat social, dans la promotion des valeurs, dans l’exercice des libertés publiques et le renforcement de la citoyenneté… ».

Toutefois, prévient M. Diédhiou, « ce trait caractéristique de notre jeune nation appelle aujourd’hui, au regard de la géopolitique sous-régionale, un devoir de veille citoyenne, pour que nous préservions ce qui nous unit fondamentalement et rejetions, telles des balayures, tout ce qui nous divise et nous dresse les uns contre les autres ».

Il suggère, en outre, d’investir dans la formation et l’éducation des jeunes, de reconnaître, exalter et magnifier nos points communs, « mais aussi, avec courage et lucidité, de ne jamais négliger la responsabilité historique que nous avons de discuter plus sereinement de nos différences pour en faire des motifs d’enrichissement mutuel ».

« Cette grammaire du dialogue, selon l’expression du pape Benoit XVI, conclut-il, dans la recherche constante de la vérité sur nous-mêmes, sur l’autre, mon frère, ou le tout-autre, le Transcendant, a ceci de probant qu’il permet d’édifier sur le roc une société comme la nôtre, c’est-à-dire pleinement enracinée dans ses valeurs de civilisation et providentiellement ouverte aux apports fécondants des autres cultures. Voilà comment Senghor, qui en lui-même est une synthèse, voyait le banquet de l’universel et la nation culturellement émergente qu’est le Sénégal ».

1 commentaire

Dr Mouhamadou Bamba NDIAYE 23 décembre 2019 at 16 h 19 min

En vérité, en votant une Constitution qui exclut totalement Dieu dans la gestion de notre pays, nous avons délibérément refusé le développement et nous sommes engouffrés dans la voie de la perdition ; en témoigne la faillite dans tous les secteurs. Oui, dans l’article premier de notre Constitution, il est mentionné que notre République est laïque – c’est à dire qu’elle respecte toutes les religions – ce qui est une bonne chose, mais s’interdit de s’en inspirer ; pour ces républicains (laïcs), le Coran et les autres Livres Sacrés (Thora et Evangile) n’ont aucune espèce d’importance ; bref, pour eux, Dieu n’a pas sa place dans la République ! Et quel crédit pourrait-on accorder à leur projet de société ?
Nous espérons que nos hommes politiques, toutes obédiences et toutes générations confondues, comprendront enfin l’impérieuse nécessité d’un débat sur la laïcité, afin d’engager, avec lucidité et clairvoyance, les réformes constitutionnelles qui s’imposent véritablement dans notre pays. Et dans cette perspective, il faut qu’ils sachent que ‘’la séparation entre le pouvoir politique et la religion dans un contexte islamique (le nôtre) n’est pas considérée en soi comme le signe d’une modernité, contrairement en Occident’’ … ; oui ‘’ce qui est considéré en Occident comme un acquis de la modernité à préserver n’a pas au regard de l’Islam, la garantie de la pérennité’’ (Serigne El Hadj Madior CISSE). Ainsi, au vu de l’évolution des rapports de forces et de la conscience islamique des Sénégalais, on peut dire, sans risque de se tromper, que le temps de la dé- laïcisation de notre République a sonné – Un préalable incontournable à l’émergence véritable !!! Les religions n’ont-elles pas vocation de nous expliquer et de nous apporter le salut tant dans la vie présente que future ?

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