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5 décembre 2022
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Comment les Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie sont-elles arrivées au Sénégal ?

Fondées en Inde en 1877 par une religieuse nantaise, Mère Marie de la Passion, les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie (FMM) sont arrivées au pays de la Téranga par un jour de Pâques, le 28 mars 1948. 75 ans après, elles entendent « dans l’action de grâce continuer de manifester le visage de l’Amour de Dieu », à travers une année jubilaire lancée en début septembre. Une occasion pour Fidespost de revenir sur l’histoire de l’entrée en terre sénégalaise de ces religieuses particulièrement présentes à l’hôpital Principal ainsi qu’à l’hôpital Aristide Le Dantec (actuellement en reconstruction), à la Pouponnière de la Médina et dans bien d’autres localités du pays.

« Arrivée à Dakar ce matin de Pâques, 28 mars 1948, les Franciscaines Missionnaires de Marie sont attendues sur le quai du môle II, où accoste habituellement le Médie II. Au bas de l’échelle, le médecin-chef est là. Il amène sans tarder mère de Notre Dame d’Albert et mère de Notre Dame de Jumièges à la Cathédrale de Dakar où Monseigneur Marcel Lefebvre célèbre la messe pontificale de Pâques. Quatre (04) places nous sont réservées au premier rang. Quelle émotion ! », se souviennent encore les religieuses dans un document parcouru par Fidespost.

« Après la messe la procession : le célébrant, le clergé, les religieuses suivis de nombreuses personnalités nous amène au presbytère situé à la place de la cathédrale. L’accueil fut très fraternel de la part de Monseigneur Lefebvre qui présente les sœurs à l’assistance », ajoute-on.

Mais cette première en terre sénégalaise n’est pas tout à fait une première en Afrique pour les FMM. En effet, avant de s’installer au Sénégal, les FMM séjournaient déjà dans le Maghreb, en Tunisie, en 1885, où Monseigneur Lavigerie souhaitait les voir s‘implanter dans la ville de Carthage. Elles rayonnent une dizaine d’années plus tard en Afrique noire, à la Nouvelle – Anvers (ex Congo Belge – 1896), à Boma et à Beira au Mozambique (1897) d’où elles seront expulsées dix ans plus tard par le régime en place.

Les FMM se sont également signalées au Madagascar où leur arrivée le 9 juillet 1900 coïncidait avec le martyre de sept de leurs membres, le même jour, à Taï Yen Fou. Auprès des malgaches, elles s’occupent des lépreux avant d’être chassées cinq ans après. En 1903, la fondatrice envoie des sœurs en Afrique du Sud pour le service des Zoulous. Après sa mort, les fondations se multiplient en Angola (San Salvador) en 1908 ; au Congo (au Nord du fleuve par Boundji) en 1910 ; au Maroc (Casablanca) en 1912 ; en Algérie (Alger) en 1920 à ; en Égypte en 1924, chez les Coptes du Sud ; en Lybie (Tripoli) en 1925.

C’est par la suite, en 1936, que le FMM commencent leur percée en Afrique de l’Ouest, en abordant le Liberia par Monrovia. Peu de temps après, soit trois ans plus tard, elles mettent en œuvre deux fondations : celles de Jirapa en Gold Coast (Ghana actuel) et de Dissin au nord de la Côte d’Ivoire en Haute Volta (Burkina Faso actuel). Elles projettent alors de s‘installer à Dakar, où elles étaient demandées, mais elles sont freinées par le début de la seconde guerre mondiale. Leur espoir d’ouvrir une école sociale à Rufisque, malgré la situation, en 1942, fut alors de courte durée. Il faudra attendre la nomination de Monseigneur Marcel Lefebvre, en 1947, comme Vicaire apostolique de Dakar, pour reprendre les démarches.

Le début de la mission au Sénégal

Les premières à débarquer à Dakar sont au nombre de quatre : les Mères Notre Dame d’Albert (Élisabeth Gilquin), Notre Dame de Jumièges (Denise Chevalier), Notre Dame de la Charité (Madeleine Voron) auxquelles s’était ajoutée Mère saint Jean de Capistran (Simone Cardoni de Bessonies). Elles arrivent de Marseille et de Casablanca pour lancer la fondation décidée avec Monseigneur Marcel Lefebvre, nommé Vicaire Apostolique un an plus tôt.

Après son installation, Monseigneur Lefebvre qui « connaissait les Franciscaines Missionnaires de Marie de Paris, dont la maison est proche de la maison généralice des spiritains » ne mettra pas beaucoup de temps à leur manifester son désir de les voir à l’œuvre à Dakar. Sa lettre leur parvient à Paris, le 1er janvier 1948 avec plusieurs propositions dont le Service de Santé de l’hôpital militaire français. Il informe que l’Hôpital Principal (où les médecins et infirmières sont encore français) était prêt à embaucher des religieuses infirmières pour la salle d’opérations, à condition qu’elles sachent faire fonctionner les nouveaux appareils d’anesthésie ‘‘en circuit fermé’’ qu’ils viennent de recevoir.

Même si le projet de la salle d’opérations change par la suite, la présence des religieuses à l’hôpital Principal est confirmée.  La première convention datée du 20 mai 1948 concerne six (06) religieuses dont trois (03) diplômées d’état. Le logement de fonction de la sage-femme, « merveilleux petit pavillon sur la terrasse de la maternité avec une vue sur l’île de Gorée » est mis à leur disposition.

Peu après le 15 août 1948, le logement définitif des sœurs, le bâtiment qui se situe près de la morgue et de la chapelle, avec une petite galerie et un petit jardin, est achevé. La messe est célébrée à la chapelle tous les dimanches pour le personnel et les malades qui ne peuvent pas se déplacer.

Le 17 août 1948, la Supérieure Générale, Mère Marguerite du Sacré Cœur, accepte l’ouverture d’une nouvelle communauté d’infirmières pour l’hôpital Aristide Le Dantec. Un logement (la maison actuelle) est rapidement offert aux premières religieuses qui sont sur place dès janvier 1949. Une messe est célébrée dans la chapelle ouverte le 20 mars 1949 avant d’être inaugurée le 30 avril 1950.

Par ailleurs, il faut noter qu’avec le travail de l’école d’Infirmiers d’État vers 1954, les FMM avaient la responsabilité de la chirurgie-femmes ; la pédiatrie ; la médecine-hommes et la médecine-femme ; la maternité ; le service des opérées et de la crèche avec les enfants en couveuse.

La Pouponnière de la Médina et le premier poupon

Après la mise en place de leurs deux premières fondations sénégalaises, le FMM mettent en route « La Maison de l’Enfant Jésus », à la Médina, portée par une vision prophétique de Monseigneur Lefebvre : « Dans cette maison de la médina, je vois deux œuvres importantes à réaliser :  Une assistance médicale et sociale en Médina où les religieuses éduqueraient les femmes à la puériculture et Un accueil des jeunes travailleuses chrétiennes leur procurant des places en ville, leur apprenant à cuisiner, à coudre, etc … » Foyer et pouponnières sont donc des œuvres jumelles.

Le 05 août 1955, en la fête de Notre Dame des Neiges, trois religieuses quittent l’hôpital pour rejoindre la Médina. « Le 14 août, on attendait Monseigneur Lefebvre à son retour du Canada et des Etats Unis. Vers 17 heures 30, il arrive seul en conduisant lui-même. Il semble si heureux de l’œuvre naissante, parle quelques instants et bénit la maison, si paternel, si détendu, si simple ! Puis, il écrit sur le Livre d’Or : « Deo Gratias ! Merci aux sœurs FMM de l’ouverture de la maison de l’Enfant Jésus qui sera celle des enfants pauvres et délaissés ». Il ne faut pas longtemps pour que les locaux soient occupés, autant chez les filles qu’à la pouponnière. Les 03 premières sont Joséphine, Élisabeth et Thérèse. Elles paraissent avoir 18 ans … Le premier poupon vient de saint Louis et a quatre (04) mois. Il se prénomme Christian. Le 22 octobre, Monseigneur Lefebvre revient, récite le rosaire avec les filles et donne le biberon à Christian ‘qui ne se doute guère de l’honneur qui lui est fait ! », racontent encore les FMM.

Les enfants pensionnaires de la pouponnière sont des convalescents de l’hôpital, les dénutris à traiter et à rééduquer, les premiers vaccinés du BCG qu’il fallait soustraire deux (02) mois à la contagion. Il y a aussi des orphelins de mère des 9 différentes missions, amenés par les curés et, enfin, les abandonnés pour lesquels l’organisation d’une filière d’adoption sûre et légale n’a pas été facile.

Le Foyer s’organisant peu à peu accueille un groupe d’internes, d’environ trente (30) jeunes filles, partagées en équipe. Elles sont formées aux soins du ménage, des bébés et même aux gardes de nuit, dûment encadrées par les sœurs. Elles sont par ailleurs, au nombre des premiers membres de la chorale saint Joseph lancée par Julien Jouga dans la discipline et l’exactitude … militaires !

Le dispensaire saint Martin

Après cette fondation de la Médina, les FMM s‘enfoncent un peu plus dans les quartiers dakarois sur invitation de Mgr Lefebvre. En effet, celui-ci inspiré par les visites dans les quartiers et les soins à domicile qu’effectuaient les religieuses dans leurs zones d’implantation, demande la collaboration d’une religieuse pour une œuvre semblable à Rebeuss, déjà initiée par un prêtre de la Cathédrale, le père Dujardin, avec quelques bénévoles. Un local était déjà disponible pour les soins et conseils en hygiène et diététique. « L’avait-il déjà appelé Saint Martin ? Nous ne savons pas. Mais lorsque fut construit l’actuel bâtiment, les sœurs qui lui succédèrent apportèrent chacune quelque chose qui l’améliorait. Sœur Miren est celle qui est restée le plus longtemps jusqu’à la remise du dispensaire au diocèse qui l’a confié aux Filles du Saint Cœur de Marie ». Saint Martin est le premier dispensaire privé catholique de Dakar.

Dans ce même quartier de Reubeuss, les FMM ouvre en 1977 une maison d’insertion sociale « Ker u leer gi » dans un contexte de grande pauvreté avec certains enfants déjà connus dans la pastorale.

On les retrouve aussi à la Patte d’oie avec « Keur Mariama » fondée en 1986 et « Ker Fara », une maison d’accueil en vue d’une communauté de formation initiale.

Autres œuvres apostoliques en dehors de Dakar

Recherchant toujours une plus grande proximité avec les pauvres, les FMM cherchent à « rejoindre les périphéries », à sortir de Dakar, la capitale. Après une première installation plusieurs fois reportées, elles se présentent à Joal en 1966. A la demande de Mgr Thiandoum, elles participent, quelque temps plus tard, à la formation scolaire des petits séminaristes de Ngassobile, en 1972.

En 1975, pour être encore plus proche des populations, la communauté FMM du Finio, à Joal, détache quatre (04) sœurs pour implanter la fraternité de Béthanie, au centre du village de Joal, dont les missions principales sont : le Jardin d’enfants ; le catéchisme ; les visites apostoliques ; la Formation féminine ; et des tournées régulières dans les villages environnants pour offrir les mêmes services. Malheureusement, le manque de personnel apostolique ne permettra de maintenir cette œuvre qui sera fermée en 1982.

Répondant également à la sollicitation de Mgr François Xavier Ndione, elles s‘installent à partir de 1973, à Ngohé, dans le diocèse de Thiès.

Sigalons que les FMM se sont installées dans le diocèse de Kaolack, plus précisèment dans la localité de Mbar.

Sur demande de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, à laquelle elles étaient rattachées comme Institut missionnaire, les FMM se rendent à Salémata en 1980, au Sénégal Oriental, dans le diocèse de Tambacounda, pour « une première évangélisation ».

Le parcours missionnaire des FMM en Afrique de l’Ouest a aussi connu une expérience en Mauritanie marque par deux étapes. D’abord avec la Fondation de Taga à titre temporaire et la présence de sœur Christiane en Mauritanie de 1982 à 1984 et ensuite l’autorisation d’ouverture de la fraternité Sarepta à Toufoundé en 1985 après un intervalle d’expérience et le vote positif de la Province.

C’est ainsi que depuis 1988, les FMM présentes au Sénégal et en Mauritanie sont regroupées en une seule province dénommée « Mauritanie-Sénégal » qui compte 10 communautés dont 08 sur le territoire sénégalais.

Fidespost souhaite un heureux et fructueux jubilé à toutes les Franciscaines Missionnaires de Marie de la Province Mauritanie-Sénégal.

Fidespost

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