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Sénégal
21 janvier 2022
CONTRIBUTION EGLISE UNIVERSELLE VIE CHRETIENNE

Clin d’œil à mes frères prêtres ! Confiance à tous ceux qui sont méjugés… (Par Abbé Raphaël-Séraphin Ntab)

« Peut-on être pleinement prêtre sans être tant soit peu hostie ? L’esprit d’immolation fait partie intégrante de l’esprit sacerdotal et le prêtre qui n’aura pas compris cela n’aura qu’un sacerdoce mutilé. Se révoltant à la première épreuve, il ira de frustration en amertume et négligera le trésor que j’ai mis entre ses mains. Seul le sacrifice paie. Sans lui, l’activité la plus généreuse devient stérile. Certes, ce n’est pas tous les jours Gethsémani, ce n’est pas tous les jours le Calvaire, mais le prêtre digne de ce nom doit savoir que, « tôt ou tard », il rencontrera l’un et l’autre… Ces instants sont les plus précieux et les plus féconds ».

Ces paroles de Notre Seigneur au Père Gaston Courtois me paraissent s’adresser à tout prêtre. Elles disent, à leur manière, quelque chose du mystère sacerdotal qu’il serait grand temps de re-découvrir dans un monde profondément marqué par une culture de plus en plus ecclésiophobe voire « prêtricide ». Il se pose, dès lors, la question de « l’être prêtre aujourd’hui ». Oui, prêtre, qui es-tu ?

Par les temps qui courent, une telle question n’est sans doute pas dénuée de sens. En effet, notre monde est ce théâtre aux visages multiples où obligation est faite au prêtre de décliner soigneusement son identité qui semble se perdre dans le tourbillon des fonctions que lui assignent l’Écriture, la Tradition, quelque théologien et j’en oublie. Cela dit, je n’ambitionne pas de rallumer le flambeau des divers débats et discussions ayant trait à la simple définition du prêtre. Je n’ai pas non plus la prétention d’offrir un traité de théologie du sacrement de l’Ordre. Ce que je voudrais, c’est attirer, non nova sed nove, l’attention des hommes et des femmes de notre temps sur quelque dimension du prêtre aux éclats à tout le moins merveilleux. J’ai pleine conscience de ce qu’un projet comme celui-ci, audacieux et peut-être même téméraire, pourrait susciter de réticences et d’incertitudes en raison des zones de turbulences que traverse l’Église. Mais c’est avec lucidité, réalisme, foi et espérance que je m’y engage, dans le seul but de re-présenter au monde cet homme fragile, choisi d’entre les hommes pour faire briller le visage du Christ aux quatre vents : le prêtre.

Sans les absoudre de leurs limites connues ou inconnues, je ne peux que regretter amèrement que, par endroits, les prêtres soient accusés de tous les péchés d’Israël. D’où ces quelques lignes qui se veulent un message de soutien et d’encouragement à tous mes confrères qui se trouvent dans des situations objectivement éprouvantes.

Courage à tous les prêtres qui tombent et qui cherchent à se relever. Force à tous ceux qui souffrent d’être traqués, incompris et rejetés. Confiance à tous ceux qui sont méjugés…

Le tableau n’est guère des plus reluisants. Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir qu’il est de plus en plus difficile d’être et de rester prêtre. À côté de ceux qui s’emploient encore à tenir la dragée haute, il en est qui perdent pied et succombent, régalant ainsi les hommes et les femmes, de plus en plus nombreux, qui se délectent des chutes, souvent fracassantes, des prêtres. Les fragilités de ces derniers sont alors étalées sur la place publique ou vendues à vil prix, lorsqu’elles ne sont pas mises aux enchères. Certains d’entre eux sont épiés jour et nuit qui vivent dans le silence et la peur. J’en connais même, horresco referens, qui ont sombré, malgré eux, dans le gouffre sans fond d’exutoires qui les éloignent chaque jour un peu plus de ce qu’ils sont ou devraient être. Et que dire donc de ceux qui luttent contre le burn out ou qui sont aux prises avec le découragement ? Le procès du prêtre se fait permanent, lourd et sans pitié.

Mais nous, prêtres, choisis par pure miséricorde, avons le devoir de rester forts, malgré tout, afin d’être des témoins intrépides de la foi, de l’espérance et de la charité, au milieu d’un monde qui en a tant besoin. Le Christ, qui nous appelle à son service, demeure un compagnon fidèle qui nous murmure sans cesse : « Vous trouverez dans le monde la détresse, mais n’ayez pas peur. Car j’ai vaincu le monde » (Jn 16,34) et « moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,20), c’est-à-dire « à chaque instant et dans toutes les situations de notre vie ». Quoi qu’il advienne, ne désespérons pas. Faisons-lui confiance et avançons, par la force de l’Esprit Saint !

Abbé Séraphin-Raphaël NTAB

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