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25 mai 2022
ACTUALITE EGLISE UNIVERSELLE Nationale VIE CHRETIENNE

Ce qui doit changer entre les dimanches des Rameaux que nous avons vécus précédemment et celui cette année ? (Homélie)

Fidespost vous propose l’intégralité de l’homélie prononcée par l’Abbé Séraphin-Raphaël Ntab, à l’occasion du Dimanche Rameaux et de la Passion, le 10 avril 2022, en la Cathédrale Notre-Dame des Victoires des Kolda.

Frères et sœurs bien-aimés,

C’est le dimanche des Rameaux. C’est encore le dimanche des Rameaux et, dans quelques jours, nous nous réjouirons, tous ensemble, de célébrer la Pâques de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous venons de procéder à un rituel qui ne nous est pas du tout étranger, et d’entendre des textes qui ne nous sont pas inconnus. L’on a l’impression de sacrifier à une certaine routine où les choses vont et viennent sans pour autant nous émouvoir, tant on finit par s’y habituer. Certains d’entre nous, ici présents, connaissent par cœur la liturgie de ce jour solennel et les textes qui l’accompagnent. Je pense aux chefs de chœurs, aux catéchistes, aux religieux et religieuses, aux prêtres, aux évêques, ainsi qu’à tous les chrétiens qui mettent un point d’honneur à méditer les textes sacrés. C’est dire que ce dimanche des Rameaux s’inscrit dans une longue chaîne de dimanches des Rameaux précédents et à venir. D’où la nécessité de se demander ce qui a changé entre temps. Oui, qu’est-ce qui a changé entre les dimanches des Rameaux que nous avons vécus précédemment et celui d’aujourd’hui ? Qu’est-ce qui doit changer, ai-je envie de dire ? À ce propos, qu’il me soit permis de partager cette observation d’un ami qui ne partage plus notre foi. « Mon père, me dit-il, lorsque vous serez sortis de votre routine qui consiste à toujours faire la même chose et à lire les mêmes textes, dans la même liturgie, je vous rejoindrai de nouveau. »

Venant d’un homme de son rang, voilà des propos bien intelligents, mais hélas, peu sages. En réalité, notre liturgie n’est pas synonyme de répétition machinale. Elle est vivante. Il va sans dire que chaque nouvelle liturgie est une liturgie nouvelle où nous célébrons à nouveaux frais l’unique mystère de notre foi en Jésus-Christ, Dieu fait homme pour nous sauver. Ne nous y méprenons donc pas. Par voie de conséquence, chaque dimanche des Rameaux est un nouveau dimanche des Rameaux où nous sommes invités à nous réapproprier le visage du Christ sur ce chemin qu’il endure avec humilité et courage, dans une obéissance totale au plan salvifique du Père.

Sur ce chemin, où tragédie et joie se mélangent, Jésus rencontre plusieurs visages connus ou inconnus. Certains d’entre eux lui parlent pendant que d’autres l’interrogent. Il fait l’expérience des honneurs, mais sera, sous peu, soumis au déshonneur le plus atroce : accusation, condamnation, violence et mise à mort. L’on pourrait se demander encore ce que cet épisode de la vie de Jésus a à voir avec notre vie si différente et si tranquille de chrétiens du vingt et unième siècle. Eh bien, il a tout à voir avec nos vies, si diverses soient-elles. Autrement dit, devenus chrétiens, et donc disciples du Christ, nous sommes par le fait-même concernés par tout ce qui touche à la vie de Jésus. Sa gloire devient la nôtre, tout comme ses outrages et ses souffrances. Aujourd’hui, il est acclamé, lui qui, dans un délai très proche, sera trahi par les mêmes qui l’acclamaient. Le récit de sa Passion, que nous venons d’écouter, est glaçant. C’est la métaphore de notre vie qui est tantôt rose, tantôt obscure, tantôt couronnée d’acclamations, tantôt marquée par la trahison. Au nombre de ceux qui disent à Jésus, ce matin, « Hosanna, Fils de David », figurent ceux qui crieront demain, contre lui, « Crucifie-le ! »

Quelle contradiction ! Chacun de nous en a fait l’expérience ou y sera confronté, tôt ou tard. Mais que faut-il retenir, en définitive ? Ce qu’il faut retenir, c’est que « le disciple n’est pas plus grand que son maître » et que, si nous sommes vraiment du Christ, notre vie comprendra immanquablement les traits de la sienne : incompréhension, calomnie, accusation, haine, complot, agression physique ou verbale, mort, mais surtout, à la fin, résurrection et gloire, si nous avons foi en lui. Cette fin, dans la logique de la semaine sainte qui s’ouvre maintenant, est synonyme d’un nouveau départ, d’une nouvelle naissance, pour une vie qui n’aura pas de fin.

Jésus, faisant ce chemin mystérieux vers Jérusalem, rencontre plusieurs visages, disais-je plus haut. Il convient que nous nous demandions : « Jésus m’a-t-il rencontré ? A-t-il rencontré mon visage ? » À cette question, la réponse est toute simple : « Jésus, en ce jour, comme toujours, rencontre tout homme et toute femme qui lui dit : « Je cherche ton visage, Seigneur. C’est ton visage que je cherche. C’est ton visage que je cherche à travers mes petits ou grands efforts, et même à travers mes faiblesses, que tu n’ignores pas et que je t’offre avec foi et espérance » ». Et cet homme, cette femme, qui exprime ainsi son besoin vital de Jésus, c’est l’esclave, le prisonnier, la femme stérile, l’accusé, le condamné injustement, celui ou celle qui lutte contre l’impudicité ou qui est pris dans les filets du mal, sous toutes ses formes, celui ou celle qui, craignant son passé, a peur de l’avenir, celui ou celle qui, tellement accablé par les coups et les blessures de la vie, a fini par baisser les bras.

Chacun de ces visages, qui sont les nôtres, toutes proportions gardées, et de ceux que je ne saurais nommer, se retrouvent dans le visage du Christ montant à Jérusalem. Le comprendre nous amène à célébrer le dimanche des Rameaux de manière plus participative et plus vivante. Oui, le Christ qui avance, pour mourir à cause de l’hypocrisie et de la méchanceté des hommes, ressuscitera avec nous. C’est dire que l’histoire du Christ est notre histoire. Accusé, il sera blanchi, condamné, il sera restauré et tué, il ressuscitera.  Voilà toute la puissance de la Vérité que nous célébrons en ce jour. Que faudrait-il de plus pour nous rendre heureux, si Jésus-Christ nous offre ainsi un avenir où le mal et la mort n’auront jamais le dernier mot. Le défi, pour nous, reste d’y croire de tout notre cœur.

Ah, la foi ! Un mot soumis aux expressions les plus aléatoires, voire fantaisistes, de nos jours.

Nous avons foi en Jésus, et pourtant, recourons à d’autres puissances.

Nous avons foi en Jésus, et pourtant médisons, jugeons, haïssons et accusons.

Nous avons foi en Jésus, et pourtant sommes les premiers à jeter la première pierre.

Nous avons foi en Jésus, et pourtant peinons à aimer et à pardonner.

Nous avons foi en Jésus, et pourtant sommes incapables de nous émouvoir de la situation de l’autre.

Nous avons foi en Jésus, et pourtant sommes enclins à nous venger, rendant ainsi le mal pour le mal.

Nous avons foi en Jésus, et pourtant, et pourtant… Ce qui affaiblit l’Église, ce ne sont certainement pas les autres, ceux qui ne font pas partie d’elle, mais l’hypocrisie inventive de ses enfants qui, bien des fois, ressemblent à la foule qui acclame Jésus ce matin.

Quelle génération de chrétiens sommes-nous ? Quelle génération de chrétiens voulons-nous être, au milieu des mille manières d’être chrétiens aujourd’hui ?

En ce jour, le Seigneur, en nous appelant à re-faire ce chemin ardu avec lui, un chemin de mort qui deviendra chemin de Vie, nous invite en même temps à la conversion, qui est le mot suprême pour dire « changement ». Oui, nous devons changer, pour ne pas donner l’impression de tourner en rond comme des toupillés. Nous devons changer pour ne pas donner raison à ceux qui pensent que notre religion est une religion de « caaxaan ». Nous devons changer pour donner sens à tous nos efforts de Carême. Et je vois, ici, des hommes et des femmes qui vont assurer les 40 jours. Mais, à quoi bon, si cela n’aboutit pas à un réel changement de vie, à une conversion véritable ?

À ce sujet, j’ai accueilli, comme un clin d’œil du Ciel, les paroles d’un autre ami qui me disait, il y a quelques jours : « Légui koor gui jeex, ndax nu déluwaat ci sunuy baakaar ». Cette personne, qui garde toute mon estime, m’a interpellé vivement quant au sens que nous pouvons donner au Carême. Non, le carême n’est pas une halte au milieu de nos vices. Il n’est pas, non plus, une ritournelle mélancolique dans le concert des notes, souvent désaccordées, de nos vies de baptisés. Il est un temps de conversion, et chaque Carême devrait être un carême nouveau, avec de nouveaux défis, ceux passés ayant été gagnés, par la grâce de Dieu et nos efforts quotidiens.

Que le Seigneur, que nous suivons sur le chemin qui le mène à Jérusalem, nous donne la grâce de la conversion véritable, pour sa plus grande gloire et le salut du monde. Alors, notre « Hosanna », celui que nous venons de chanter, aura tout son sens, alors nos rameaux resteront toujours verts, signe d’une vie sans cesse renouvelée en Jésus-Christ, Sauveur du monde.  Amen !

Abbé Séraphin- Raphaël NTAB

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